Une question qui dépend d'abord du type de piscine
Avant de trancher entre hivernage et démontage, un premier critère élimine souvent le débat de lui-même : le type de bassin. Une piscine enterrée ou une piscine hors sol rigide (acier, bois, coque) n'est de toute façon pas conçue pour être démontée chaque année. Pour ces modèles, la question ne se pose pas : c'est l'hivernage, actif ou passif selon la région, qui s'impose. La question ne concerne donc réellement qu'une partie du parc de piscines familiales, celles qui offrent un vrai choix entre les deux options.
Le vrai choix concerne les piscines hors sol souples, tubulaires ou autoportantes. Pour les petits modèles, en dessous de 3,66 mètres de diamètre, le liner est fin et supporte mal une exposition prolongée au gel : le démontage et le rangement au sec restent la solution la plus sûre. Pour les grandes tubulaires, à partir de 4 mètres, le démontage devient une opération longue et physique, et l'hivernage en place, bien préparé, est généralement préférable.

Hiverner sur place : ce que ça implique
Hiverner une piscine consiste à la protéger pour l'hiver sans la vider ni la démonter. Deux méthodes existent. L'hivernage actif maintient une filtration réduite, quelques heures par jour, ce qui limite les dépôts et facilite grandement la remise en route au printemps. Il convient surtout aux régions au climat doux, où le risque de gel reste limité. L'hivernage passif, à l'inverse, arrête complètement la filtration : l'eau est traitée avec un produit d'hivernage, le niveau est légèrement abaissé, et une bâche protège le bassin jusqu'au printemps. C'est la méthode recommandée dès que les gels deviennent fréquents.
L'avantage de l'hivernage est qu'il évite de tout remonter au printemps : pas de nouvel achat de structure, pas de remplissage complet, juste une remise en route. L'inconvénient, c'est l'espace occupé tout l'hiver et, pour l'hivernage passif, une préparation qui demande un peu de rigueur (niveau d'eau, produits, bâche adaptée) pour éviter les mauvaises surprises au dégel.
Démonter : l'option la plus radicale
Démonter complètement une piscine hors sol, c'est vider l'eau, sécher soigneusement le liner, plier la structure et tout ranger au sec jusqu'au printemps suivant. L'opération prend, selon la taille, entre trente minutes et quelques heures pour les petits modèles. Elle a un avantage net : la piscine ne subit aucune contrainte hivernale, ni gel, ni poids de neige sur une bâche, ni pression sur un liner fragilisé par le froid.
L'inconvénient principal, c'est qu'il faut tout remettre en eau au printemps, ce qui pose une question devenue centrale ces dernières années : la disponibilité de l'eau.
Le vrai frein : la sécheresse et les restrictions d'eau
C'est là que le choix entre hivernage et démontage a pris une tournure nouvelle. Les étés secs sont devenus la norme plutôt que l'exception, et la grande majorité des départements français passe désormais sous arrêté préfectoral de restriction d'eau à un moment ou un autre de la belle saison. Quatre niveaux existent, du plus léger au plus strict : vigilance, alerte, alerte renforcée, crise. Dès le niveau alerte, le remplissage complet d'une piscine privée est généralement interdit, seule la remise à niveau restant parfois tolérée.
Concrètement, une piscine démontée à l'automne n'a aucune garantie d'être remplie librement au printemps suivant si le département repasse en restriction avant la remise en eau. Une piscine simplement hivernée, elle, conserve son eau tout l'hiver et n'a besoin que d'un appoint au redémarrage, un geste presque toujours autorisé même en période de restriction. Sur ce seul critère, l'hivernage a pris un avantage qu'il n'avait pas il y a encore quelques années. Le non-respect d'un arrêté de restriction n'est d'ailleurs pas anodin : il s'agit d'une contravention pouvant atteindre 1 500 euros, portée à 3 000 euros en cas de récidive.
Un point mérite d'être connu : l'eau de pluie récupérée dans une cuve non raccordée au réseau public échappe à ces restrictions. Une réserve de récupération peut donc sécuriser un remplissage, même en cas d'arrêté sécheresse, à condition qu'elle soit alimentée uniquement par les eaux pluviales.
Comparer le coût réel des deux options
Sur le papier, démonter semble gratuit. Dans les faits, le calcul est plus nuancé. Un hivernage réalisé soi-même coûte peu : entre 20 et 60 euros de produits selon la méthode, auxquels s'ajoute, pour l'hivernage actif, une trentaine d'euros d'électricité sur la saison. Fait par un professionnel, comptez plutôt entre 150 et 380 euros pour la fermeture, autant pour la remise en route au printemps.
Le démontage, lui, n'a presque aucun coût direct l'automne venu. Mais le remplissage du printemps suivant en a un, et il augmente avec la sécheresse : à raison d'environ 1 000 litres par mètre cube de bassin, remplir une piscine de taille moyenne représente plusieurs dizaines d'euros d'eau, sans compter le risque, certaines années, de ne tout simplement pas avoir le droit de le faire au moment voulu.
Au global, l'hivernage revient souvent moins cher et plus sûr qu'un cycle complet de démontage puis remplissage, sauf pour les toutes petites piscines gonflables dont le liner ne supporterait de toute façon pas l'hiver dehors. Le choix le plus rationnel dépend donc moins d'une préférence personnelle que d'un croisement entre la taille du bassin, la région et, désormais, la disponibilité de l'eau au moment de la remise en service.