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L'Islande dit non à l'Europe : un scrutin qui rappelle le précédent français

Actualités 5 min de lecture par Pascal - 81 lectures

Un scrutin à suspense jusqu'au bout

Les Islandais étaient appelés aux urnes samedi 29 août pour répondre à une question simple : faut-il rouvrir les négociations d'adhésion à l'Union européenne, gelées depuis 2013 ? Environ 273 000 électeurs étaient concernés, dans un pays de moins de 400 000 habitants.

Le dépouillement a offert un vrai retournement de situation. Le "oui" était en tête dans les premières heures, porté par les résultats de Reykjavik, la capitale, plutôt europhile. Mais à mesure que les circonscriptions rurales du Nord-Ouest et du Sud du pays ont été comptabilisées, la tendance s'est inversée. Ces régions, tournées vers la pêche et l'agriculture, sont traditionnellement plus eurosceptiques.

Au final, le "non" l'a emporté avec 52,5 % des voix. Un écart resserré qui confirme, comme souvent en Islande sur ce sujet, une opinion publique coupée en deux.

Les Islandais disent non à l'UE

Un pays qui hésite depuis 2009

L'histoire de l'Islande avec l'Union européenne est ancienne. Le pays avait déposé sa candidature en 2009, dans le sillage de la grave crise financière qui avait frappé son économie. Mais les négociations avaient été mises à l'arrêt dès 2013, avec l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement eurosceptique.

Le référendum de ce week-end était consultatif, mais le gouvernement de la Première ministre sociale-démocrate Kristrun Frostadottir s'était engagé à en respecter le résultat, quel qu'il soit. Après l'annonce du "non", elle a indiqué ne pas vouloir relancer les négociations pendant son mandat, qui court jusqu'en 2028, et a évoqué la possibilité de saisir le Parlement sur un éventuel retrait formel de la candidature islandaise.

La question de la pêche, pilier historique de l'économie du pays, a pesé lourd dans le débat. Les Islandais tiennent à garder la maîtrise de leurs eaux et de leurs quotas, un sujet sur lequel Bruxelles affichait pourtant sa volonté de trouver des solutions sur mesure.

Un écho au non français de 2005

Ce résultat rappelle, à sa façon, un épisode marquant de l'histoire politique française. Le 29 mai 2005, les Français avaient rejeté par référendum le traité établissant une Constitution pour l'Europe, avec près de 55 % des voix contre. Les Néerlandais avaient fait le même choix quelques jours plus tard.

Deux ans et demi après ce vote, un nouveau texte a vu le jour : le traité de Lisbonne, signé le 13 décembre 2007. En France, ce traité n'a pas été soumis à un nouveau référendum. Le président Nicolas Sarkozy, élu entre-temps, a choisi de le faire ratifier par la voie parlementaire, via un Congrès réuni à Versailles le 4 février 2008, puis un vote de l'Assemblée nationale trois jours plus tard.

Le débat sur la nature exacte de ce traité de Lisbonne reste vif encore aujourd'hui. Pour une partie des opposants au non de 2005, il s'agissait d'une reprise quasi identique du texte rejeté par les Français, seulement présentée sous une autre forme juridique pour éviter un nouveau vote populaire. D'autres, y compris certains juristes constitutionnalistes, estiment au contraire qu'il s'agissait d'un texte substantiellement différent, avec plusieurs amendements destinés à répondre aux critiques exprimées en 2005. Ce qui est certain, c'est que le sentiment d'un résultat électoral contourné par la voie parlementaire est resté durablement ancré chez une partie des électeurs français.

Deux référendums, deux issues différentes

La comparaison entre les deux épisodes a ses limites. En France, le non de 2005 n'a pas été suivi d'un nouveau vote populaire sur le texte de remplacement. En Islande, le gouvernement s'était engagé publiquement, avant même le scrutin, à respecter le résultat des urnes, quel qu'il soit, et il l'a fait dès l'annonce des résultats.

Cette différence de méthode explique en partie pourquoi le dossier islandais, même perdu pour les partisans de l'adhésion, ne devrait pas laisser le même goût amer que le dossier français. Le débat reste ouvert, mais il aura, cette fois, été tranché directement par les électeurs, sans détour institutionnel.

Le camp du oui islandais, mené notamment par une partie de la coalition au pouvoir, devra désormais composer avec ce verdict pour les deux prochaines années au moins. Rien n'empêche, en théorie, un nouveau gouvernement de rouvrir le dossier après les prochaines élections, mais l'engagement pris par Kristrun Frostadottir de respecter le vote actuel ferme la porte à court terme.

Pour l'Union européenne, ce nouveau refus est aussi un signal. Elle n'a plus accueilli de pays riche et contributeur net à son budget depuis 1995. L'adhésion de l'Islande aurait pu servir de vitrine positive pour sa politique d'élargissement, et peut-être relancer le débat chez sa voisine norvégienne, elle aussi longtemps réticente à l'idée de rejoindre l'Union.

La participation, elle, est restée élevée pour ce genre de scrutin consultatif : elle a atteint un niveau au moins comparable à celle des élections législatives de 2024, qui avait dépassé 80 %. Un signe que le sujet européen, loin d'être secondaire pour les Islandais, continue de mobiliser largement l'opinion, dans un sens comme dans l'autre.

Reste une question ouverte des deux côtés de l'Atlantique nord : celle du poids réel donné à la parole populaire une fois le vote passé. L'Islande vient de montrer qu'un gouvernement peut s'engager à respecter un résultat serré sans chercher à le contourner. La France, avec le précédent de 2005 et 2008, a montré que ce n'est pas toujours le chemin choisi, quelle que soit l'appréciation portée sur les raisons de ce choix.