- Un kit DDR5 de 32 Go vendu 119 € en octobre 2025 coûte aujourd'hui entre 400 et 500 €.
- Les usines privilégient la mémoire pour l'intelligence artificielle, au détriment du grand public.
- La hausse des prix de la RAM dépasse 170 % en un an.
Un kit de mémoire DDR5 32 Go vendu 119 € en octobre 2025 se négocie aujourd'hui entre 400 et 500 € chez certains distributeurs français. Ce n'est pas une exagération de comparateur de prix : c'est la réalité du marché de la RAM depuis le début de l'année 2026, rebaptisé RAMageddon par la presse spécialisée.
Une hausse qui dépasse 170 % en un an
Les chiffres donnent le vertige. Sur le marché spot, une puce mémoire DDR5 de 16 Go s'échangeait autour de 6,84 $ en septembre 2025. Fin décembre, le même composant dépassait 27 $, soit une progression de près de 300 % en trois mois. Le cabinet TrendForce, qui suit le secteur attentivement, a revu ses prévisions à la hausse. Il attend désormais des contrats en progression de 90 à 95 % rien que sur le premier trimestre 2026, et de 55 à 60 % pour la mémoire flash NAND.
Côté vente au détail, l'écart se creuse encore. Un kit de 16 Go, vendu 55 € à l'été 2024, coûte aujourd'hui environ 220 €. Un kit de 32 Go est passé de 75 à 450 €. Sur les plus grosses capacités, la progression est encore plus violente : un kit de 64 Go, à 160 € il y a deux ans, dépasse aujourd'hui les 900 €. Les revendeurs spécialisés français confirment un prix quadruplé en quatre mois sur certaines références, toutes générations confondues.
L'intelligence artificielle a changé les priorités des usines
Cette flambée n'a rien d'un accident de parcours ni d'une simple histoire d'offre et de demande classique. Elle vient d'un basculement structurel du marché de la mémoire. Trois entreprises fabriquent l'essentiel de la RAM mondiale : Samsung, SK Hynix et Micron. Ces géants ont massivement réorienté leurs lignes de production vers la HBM, une mémoire à haut débit utilisée spécifiquement pour faire tourner les modèles d'intelligence artificielle dans les centres de données.
La demande des grands groupes qui construisent ces centres de calcul a augmenté à un rythme que personne n'avait anticipé. Chaque puce détournée vers la HBM manque à la DRAM classique et à la mémoire NAND des disques SSD, celle qu'on retrouve dans un PC ou un smartphone grand public. Le marché de la mémoire fonctionne comme des vases communicants, et l'IA a siphonné l'essentiel du débit disponible.
Ce basculement rappelle un précédent connu du grand public : la pénurie mondiale de puces électroniques de 2021. Elle avait bloqué la production automobile et fait grimper le prix des consoles neuves pendant plus d'un an. La différence, cette fois, c'est que la cause n'est pas une usine à l'arrêt ou une rupture logistique ponctuelle. Il s'agit d'une réallocation volontaire et durable des capacités de production vers un usage plus rentable pour les fabricants. En 2021, il suffisait d'attendre que les chaînes reprennent un rythme normal. Cette fois, les usines tournent à plein régime, mais elles ne fabriquent plus la même chose.
Quelles conséquences sur les prochains achats ?
La conséquence directe touche tous les appareils qui embarquent de la mémoire : ordinateurs, smartphones, consoles de salon ou portables. Apple et Microsoft ont déjà répercuté une partie de cette hausse sur leurs prix de vente. Pour un joueur qui monte son PC lui-même, la mémoire peut désormais coûter plus cher qu'une carte graphique d'entrée de gamme ne coûtait l'an dernier.
Sur le marché de l'occasion et du préassemblé, la situation est un peu différente. Les PC déjà montés en usine ont souvent été fabriqués avec des composants achetés avant les dernières flambées de prix. L'écart peut être réel par rapport à l'achat de pièces séparées au tarif actuel du marché. Les stocks constitués en amont de la crise deviennent, pour un temps, plus intéressants que le neuf, et certains revendeurs le mettent déjà en avant dans leurs argumentaires commerciaux. Pour un particulier qui s'équipe, comparer les ordinateurs complets avec le coût d'une configuration assemblée soi-même devient donc un réflexe indispensable.
Les fabricants de smartphones ne sont pas épargnés non plus. Un téléphone contient moins de mémoire qu'un PC. L'envolée du coût des composants se répercute pourtant sur le prix final, surtout sur les modèles haut de gamme qui embarquent le plus de RAM et de stockage. Les consoles de jeu suivent la même logique. Plus une machine est richement dotée, plus elle est exposée à l'augmentation des coûts de fabrication, et plus vite celle-ci remonte jusqu'au prix affiché en magasin.
Combien de temps la pénurie va-t-elle durer ?
Les analystes ne parlent pas d'un pic ponctuel qui redescendra dans quelques mois. Counterpoint Research évoque une période de bouleversement sans précédent pour le secteur, qui devrait se prolonger au moins jusqu'en 2028. Les fabricants eux-mêmes présentent cette réorientation vers l'IA comme permanente, pas comme une parenthèse. La mémoire grand public repasse au second plan derrière les besoins des centres de données, et rien n'indique que cet ordre des priorités va s'inverser à court terme.
Il y a quelques années, c'étaient les cartes graphiques qui subissaient le même sort, portées d'abord par les cryptomonnaies puis par l'IA. La RAM traverse aujourd'hui exactement le même phénomène, et le scénario se répète à l'identique. Une poignée d'acteurs industriels contrôle la production, tandis qu'une demande extérieure au grand public absorbe l'essentiel des capacités. Le consommateur final se retrouve en bout de chaîne, sans réel pouvoir de négociation sur le prix qu'il paiera pour un composant devenu, du jour au lendemain, stratégique.