- Taka Kigawa est un luthier spécialiste de la viole de gambe, installé en Bretagne.
- Formé à Crémone, il est diplômé Maestro Liutaio de la lutherie italienne.
- Son atelier est aussi un lieu de rencontre, où l'on peut acheter ou louer un instrument.
Taka Kigawa, luthier en Bretagne : l'art de la viole de gambe entre tradition et création
Il est des métiers qui résistent au temps, non par inertie, mais par nécessité. La lutherie en fait partie. Et parmi les luthiers qui exercent aujourd'hui en France, Taka Kigawa occupe une place singulière. Ce spécialiste de la viole de gambe et des instruments baroques à cordes frottées a établi son atelier en Bretagne. Son parcours l'a mené du Japon à Crémone, de l'Espagne à la Provence, avant qu'il ne pose ses outils dans cette région où la musique ancienne trouve un terreau fertile.
De Crémone au monde baroque
Tout commence au Japon, où Taka Kigawa découvre très tôt la fascination pour les instruments. À seize ans, il prend une décision radicale : rejoindre Crémone, ville sacrée de la lutherie italienne, pour y suivre une formation exigeante. Il en ressort diplômé du titre de Maestro Liutaio, reconnaissance qui ouvre les portes des meilleurs ateliers européens. Direction l'Espagne d'abord, où il travaille aux côtés de Rodolfo Salerno, puis la Provence en 2006, où une rencontre va changer le cours de sa carrière.
C'est là qu'il croise Pierre Jaquier, luthier spécialiste des violes de gambe, depuis disparu. Cette rencontre est décisive. Elle ouvre à Taka Kigawa les portes d'un univers qu'il ne quittera plus : celui des instruments baroques. Il découvre leur acoustique particulière, leur construction minutieuse, leur rapport intime avec le répertoire de la musique ancienne. Il se perfectionne ensuite en restauration, passant par les ateliers de Versailles, Paris, puis Lyon chez Alexandre Snitkovski, où il côtoie des instruments italiens des XVIIe et XVIIIe siècles. L'exigence, le respect du matériau et la rigueur du geste lui sont transmis pour ce qu'on appelle la haute restauration.
En 2013, il ouvre son propre atelier en France, en Bretagne, et continue de se perfectionner dans la fabrication des violes de gambe, tout en poursuivant son activité de restauration.
Écouter avant de construire
La philosophie de Taka Kigawa tient en trois mots qu'il pose lui-même en ouverture de son site : créer, c'est écouter. Prêter l'oreille au musicien, au son qu'il cherche, aux silences entre les notes. Pour lui, le rôle de l'artisan n'est pas d'imposer une vision, mais d'être disponible, attentif, humble face aux attentes de celui qui jouera l'instrument. Trouver un son fidèle à la personnalité du musicien, qui respecte ses contrastes et ses nuances, voilà ce qui guide chaque étape de la fabrication.
Cette approche se retrouve dans son travail. Taka Kigawa fabrique des instruments historiques à cordes frottées : violes d'amour, de la famille des violons, mais aussi et surtout basses, ténors, dessus et pardessus de viole. Il s'appuie sur les grands modèles d'époque (Henry Jaye, Joachim Tielke, Rombouts, Guersan) en effectuant un travail d'observation et de mesure dans les musées pour s'approcher au plus près de la précision historique. Il propose à la fois des répliques fidèles pour le répertoire ancien et des versions modernisées adaptées à une plus grande variété de styles musicaux.
La sculpture, moment le plus libre
Ce qui distingue le travail de Taka Kigawa, c'est la place accordée à la création personnelle dans l'ornementation et la sculpture. La tête de l'instrument (volute, figure sculptée, mascaron) est pour lui le moment le plus artistiquement libre de toute la fabrication. Ses têtes sculptées sont de véritables miniatures : visages féminins aux coiffures complexes, figures baroques, personnages casqués, lions, angelots. Chaque coup de gouge est une décision esthétique. Les rosaces découpées dans la table d'harmonie témoignent du même soin : géométriques, florales, gothiques, elles sont réalisées à la main avec une précision d'orfèvre.
Un atelier ouvert, un lieu de rencontre
L'atelier breton de Taka Kigawa n'est pas un espace fermé sur lui-même. Il le conçoit comme un lieu de partage : on peut y venir pour demander un conseil, essayer un instrument, faire réparer une viole ou simplement parler musique autour d'un établi. Il propose également des instruments d'étude soigneusement montés à l'atelier : violes de gambe et d'amour, violons et altos baroques. Un service de location permet aussi aux musiciens de découvrir ces instruments avant de s'engager dans l'achat.
Pour tout achat d'une viole de sa fabrication, il propose même le prêt d'un instrument d'étude pendant le délai de réalisation, un geste qui dit beaucoup sur sa conception du métier.
Prendre contact
Que vous soyez musicien professionnel à la recherche d'un instrument sur mesure, amateur désireux de vous lancer dans la viole de gambe, ou simplement curieux de ce savoir-faire rare, l'atelier Ponticello est accessible sur rendez-vous. Taka Kigawa vous conseille sur le choix de l'instrument, les cordes, l'archet, et accompagne chaque projet avec la même attention portée à l'écoute qui fonde toute sa démarche.
Acheter, louer, s'équiper
L'atelier Ponticello ne se limite pas à la fabrication sur mesure. Taka Kigawa propose une sélection d'instruments d'étude soigneusement montés à l'atelier : violes de gambe basse six et sept cordes, ténor et dessus, violons et altos baroques, ainsi que violes d'amour à tête sculptée. Chaque instrument passe entre ses mains avant d'être proposé, ce qui garantit une qualité de jeu immédiate. Les cordes, étuis et archets peuvent être adaptés selon les préférences du musicien.
Pour ceux qui souhaitent découvrir la viole avant de s'engager dans l'achat, un service de location est disponible. Il faut compter 40 euros par mois pour un dessus, 50 pour un ténor et 60 pour une basse. Côté violons, les tarifs démarrent à 20 euros mensuels. Pour toute commande d'un modèle de sa fabrication, Taka Kigawa propose en outre le prêt d'un instrument d'étude pendant toute la durée de réalisation. Une attention rare dans le métier, qui dit beaucoup sur sa conception de la relation avec le musicien.