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Pourquoi Waze et Google Maps ne proposent plus toujours le trajet le plus rapide ?

Vie pratique Publié le 29/08/2026 par Charline -  5 min - 185 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Waze et Google Maps doivent mettre en avant les trajets qui émettent le moins de CO2.
  • C'est l'effet d'un décret de 2022, appliqué depuis le 1er janvier 2023.
  • Le trajet le plus rapide reste accessible, à condition de le choisir.

Beaucoup d'automobilistes ont remarqué le même phénomène ces derniers temps : Waze ou Google Maps proposent parfois un itinéraire qui semble plus long ou moins logique, alors qu'un trajet plus rapide existe manifestement. Ce n'est pas un bug ni un caprice de l'algorithme. C'est la conséquence directe d'un texte réglementaire français, entré en application, qui change la façon dont ces outils doivent calculer leurs trajets.

Un décret qui change les règles du jeu

Le texte en cause est le décret n° 2022-1199 du 31 août 2022, dont les obligations s'appliquent depuis le 1er janvier 2023. Il impose aux services numériques qui facilitent les déplacements de mettre en avant les propositions d'itinéraires ayant le plus faible impact en matière d'émissions de gaz à effet de serre. Concrètement, l'empreinte carbone du trajet devient un critère prioritaire dans le calcul, à égalité ou presque avec le temps de parcours, qui était jusque-là le seul critère qui comptait vraiment pour la plupart des utilisateurs.

Autrement dit, quand on demande à Waze ou à Google Maps de nous emmener quelque part, la question posée à l'algorithme n'est plus seulement « quel est le chemin le plus rapide ? ». Elle devient aussi « quel est l'itinéraire qui pollue le moins ? ». Et ces deux réponses ne coïncident pas toujours, loin de là.

Itinéraire Waze ou Google Maps

Une seconde règle sur les grandes vitesses

Le décret va plus loin sur un point précis. Quand un parcours comporte une portion limitée à 110 km/h ou plus, typiquement une autoroute ou une voie rapide, l'application doit aussi proposer une variante. Celle-ci prévoit une allure réduite de 20 km/h sur ce tronçon. L'idée est d'inciter à une conduite plus sobre, puisqu'une vitesse plus basse réduit la consommation de carburant et les émissions de CO2.

Cette double contrainte explique pourquoi des trajets proposés par défaut paraissent aujourd'hui moins évidents qu'avant. L'application ne cherche plus uniquement à minimiser la durée, elle doit composer avec un objectif environnemental qui peut, dans certains cas, entrer en contradiction avec ce que l'utilisateur attend spontanément d'un GPS.

Pourquoi ce choix fait-il débat ?

Sur le principe, l'objectif ne surprend personne : réduire les émissions de CO2 liées aux déplacements routiers, qui pèsent lourd dans le bilan climatique des transports en France. Mais la mise en pratique divise davantage. Des commentateurs et des utilisateurs pointent un paradoxe : quand quelqu'un ouvre un GPS, la demande de départ est presque toujours la même, arriver le plus vite possible. Le choix de privilégier un autre critère par défaut, sans que l'utilisateur l'ait explicitement demandé, passe pour certains comme une décision prise à leur place.

D'autres analyses, plus techniques, soulignent aussi la complexité que cela impose aux plateformes. Un trajet rapide emprunte en principe l'autoroute, où l'allure reste constante. Paradoxalement, la consommation au kilomètre peut y être plus faible que sur des routes secondaires, avec leurs nombreux freinages et accélérations. Les algorithmes doivent alors arbitrer entre plusieurs façons de mesurer ce qui est réellement le plus polluant, ce qui n'a rien d'évident techniquement.

Le poids réel de la mesure fait aussi partie des critiques. La France ne représente qu'une fraction minime des émissions mondiales de CO2, et le secteur routier français une part encore plus réduite du total. Pour les détracteurs du texte, l'effort technique demandé aux plateformes de navigation serait donc disproportionné par rapport au bénéfice environnemental concret qu'on peut en attendre.

Comment retrouver le trajet le plus rapide ?

Bonne nouvelle pour les automobilistes pressés : rien n'empêche de continuer à choisir le trajet le plus rapide, il faut simplement le sélectionner soi-même. Sur Waze comme sur Google Maps, une fois l'itinéraire calculé, d'autres propositions restent affichées, sous forme de tracés de couleurs différentes sur la carte. Il suffit de comparer les durées indiquées sous chaque option et de choisir la plus courte. Mieux vaut éviter de valider par défaut la proposition mise en avant en premier.

Les deux applications permettent aussi, dans leurs paramètres, d'ajuster certaines préférences de calcul d'itinéraire, comme éviter les péages ou les autoroutes. Ces réglages ne changent pas directement le critère écologique imposé par le décret. Ils aident en revanche à comprendre pourquoi tel ou tel trajet est proposé, et à naviguer plus facilement entre les options affichées. Sur Google Maps, la préférence pour les itinéraires économes en carburant peut d'ailleurs être désactivée dans les paramètres de navigation.

Pour l'instant, aucune des deux applications ne semble avoir supprimé la possibilité de choisir manuellement un autre itinéraire que celui mis en avant par défaut. La liberté de choix reste intacte, elle demande simplement un clic ou un regard de plus qu'auparavant, le temps de repérer la bonne option dans la liste.

Un exercice loin d'être terminé

Les équipes techniques de Waze et de Google Maps continuent visiblement d'ajuster leurs algorithmes pour se conformer à cette réglementation, tout en essayant de préserver une expérience qui reste lisible pour l'utilisateur final. L'équilibre est délicat : trop insister sur le critère environnemental risque de rendre l'application moins utile au quotidien, alors que l'ignorer reviendrait à ne pas respecter le texte en vigueur.

Ce type de réglementation, propre à la France, illustre aussi une tendance plus large en Europe. Plusieurs textes cherchent à intégrer des critères environnementaux dans des outils numériques du quotidien, qui n'avaient jusque-là qu'une seule mission : être efficaces. Reste à voir si d'autres pays suivront un chemin similaire, ou si la France restera un cas isolé sur ce point précis de la navigation routière.