- Depuis le 1er septembre 2026, les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques.
- Environ 4 millions d'entreprises assujetties à la TVA passent par une plateforme agréée.
- Le PDF envoyé par mail n'est plus la norme, et le coût inquiète les indépendants.
Depuis mardi, les entreprises françaises ne peuvent plus s'envoyer leurs factures comme avant. La réforme de la facturation électronique interentreprises est officiellement entrée en vigueur le 1er septembre 2026, selon le calendrier fixé par la loi de finances 2024 après plusieurs reports. Concrètement, le PDF envoyé par mail à un client professionnel n'est plus la norme. Toutes les sociétés assujetties à la TVA, soit environ 4 millions d'acteurs économiques, doivent désormais être en capacité de recevoir ces documents via une plateforme agréée par l'État.
Une réforme repoussée plusieurs fois
Le calendrier initial prévoyait une entrée en vigueur dès juillet 2024. Le texte a été retardé à plusieurs reprises, le temps que l'administration fiscale mette en place l'écosystème de plateformes nécessaire et que les éditeurs de logiciels de comptabilité adaptent leurs outils.
Un décret peut encore repousser certaines échéances de trois mois maximum si besoin. Mais cette fois, le gouvernement a tenu la date du 1er septembre 2026 pour le premier volet d'obligations.

Qui est concerné et à quelle échéance ?
Le calendrier avance en deux temps. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, quelle que soit leur dimension. Les grands groupes et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont en plus l'obligation de les émettre sous ce format. Ils transmettent aussi leurs données de transaction à l'administration fiscale, ce qu'on appelle l'e-reporting.
Au sens de cette réforme, une ETI compte entre 250 et 4 999 salariés, avec un chiffre d'affaires inférieur à 1,5 milliard d'euros. Au-delà, on parle de grande entreprise. Pour les PME, les TPE et les micro-entreprises, l'obligation d'émission n'arrive que le 1er septembre 2027. Elles ont donc un an de répit, mais sont déjà tenues d'accepter les factures au nouveau format.
Comment fonctionne le nouveau circuit ?
Fini l'échange direct par e-mail. Les factures transitent désormais par des plateformes agréées par l'État, plus de 140 à ce jour. Celles-ci s'occupent à la fois de transmettre la facture au client et de faire remonter les données de la transaction à la Direction générale des finances publiques.
L'objectif affiché par Bercy est double : simplifier les obligations déclaratives et mieux lutter contre la fraude à la TVA, en donnant à l'administration une visibilité quasi immédiate sur les échanges commerciaux. Chaque structure doit désigner sa propre plateforme. Celle-ci devient en quelque sorte son guichet unique pour l'émission, la réception et la déclaration de ses factures.
Pas de sanction immédiate
Le ministère des Comptes publics a choisi la carotte plutôt que le bâton pour démarrer. Une phase de tolérance, sans sanction, court jusqu'à la fin de 2026 pour ceux qui rencontrent des difficultés à se mettre en conformité.
Passé ce délai, les amendes prévues par la loi sont bien concrètes. Il en coûtera 50 € par facture non émise au format électronique, dans la limite de 15 000 € par an. L'absence totale de connexion à une plateforme agréée sera, elle, sanctionnée de 500 €. De quoi inciter les retardataires à s'y mettre avant que la tolérance ne prenne fin.
Le vrai point de friction, c'est le coût pour les indépendants
Sur le papier, la réforme promet de la simplification. Dans les faits, une partie des petites structures grince des dents. Beaucoup d'indépendants et de micro-entrepreneurs émettent et reçoivent moins de dix factures par mois. Pour eux, s'inscrire sur une plateforme, payer un abonnement et se former à un nouvel outil pour un si faible volume paraît disproportionné.
Le président de l'Union des auto-entrepreneurs pointe un manque de pédagogie dans le déploiement de la réforme. Le reproche est d'autant plus vif que l'État avait initialement évoqué une solution publique gratuite, finalement abandonnée. Dans les faits, 58 % de ceux qui ont déjà choisi leur plateforme ont opté pour une offre payante.
Ce que dit l'expérience belge
La France n'est pas pionnière sur le sujet. L'Italie s'y est mise il y a plusieurs années, la Belgique au 1er janvier dernier. C'est justement l'expérience belge qui rassure un peu le Conseil national de l'ordre des experts-comptables. Chez nos voisins, une période de tolérance similaire a permis des progrès nets dans la mise en conformité.
L'idée derrière cette approche progressive est de laisser le temps aux acteurs de s'adapter, plutôt que de sanctionner d'emblée un changement de cette ampleur. Les retours des pays déjà passés par cette transition servent de test grandeur nature, avant que la France ne généralise l'obligation à toutes les tailles d'entreprises.
Un sujet aussi sensible côté cybersécurité
La bascule vers des flux de facturation entièrement numériques et centralisés soulève une autre question, moins souvent évoquée : celle de la sécurité de ces plateformes. Concentrer les données de facturation de millions de sociétés sur un nombre limité d'acteurs agréés en fait des cibles particulièrement intéressantes pour d'éventuelles attaques.
C'est une raison de plus pour choisir une plateforme sérieuse plutôt que la première option venue. Ce choix ne doit pas être traité comme une simple formalité administrative. Vérifier les certifications de sécurité et le lieu d'hébergement des données fait partie des bons réflexes.
Ce que ça veut dire pour les petites entreprises
D'ici septembre 2027, ce sera au tour des PME et des micro-entreprises d'émettre elles aussi leurs factures au format électronique. Autant commencer à s'y intéresser maintenant : choisir une plateforme agréée, vérifier qu'elle est compatible avec son outil de comptabilité, et se familiariser avec le principe avant que l'obligation ne devienne stricte. La Direction générale des finances publiques met à disposition un guide pratique de démarrage pour accompagner cette transition. Un an, ça paraît long. Mais entre le choix de la plateforme, la formation et les premiers couacs à corriger, mieux vaut ne pas s'y prendre à la dernière semaine.
Reste une question pratique que beaucoup de dirigeants se posent : que devient la vieille habitude d'archiver ses factures sur papier ou en PDF sur un disque dur ? Avec la facturation électronique, l'archivage devient en théorie plus simple, puisque les plateformes agréées gardent elles-mêmes une trace structurée de chaque échange. Cela ne dispense pas de vérifier les conditions de stockage proposées par sa plateforme. La durée légale de conservation reste en effet fixée à dix ans en France.