Le référencement éditorial nouvelle génération

L'Union européenne mise 5 milliards d'euros sur les giga-usines d'intelligence artificielle

High-tech par Julie 11 lectures

Sept giga-usines pour rattraper le retard européen

L'Union européenne a franchi une nouvelle étape dans sa course à la souveraineté numérique. La Commission européenne a lancé un appel à projets destiné à financer jusqu'à sept « gigafactories » d'intelligence artificielle sur le territoire européen, avec une enveloppe publique pouvant atteindre 10 milliards d'euros, dont 5 milliards apportés directement par Bruxelles. L'objectif affiché est clair : doter le continent d'infrastructures de calcul suffisamment puissantes pour entraîner et faire tourner les modèles d'IA les plus avancés, sans dépendre exclusivement des acteurs américains ou chinois.

Ces giga-usines viendraient épauler un réseau déjà existant de dix-neuf « usines d'IA » plus modestes, réparties à travers l'Europe. Contrairement à celles-ci, les futures gigafactories seront conçues pour offrir une puissance de calcul nettement supérieure, avec la possibilité de répartir une même infrastructure sur plusieurs pays grâce à des architectures distribuées. Chaque site associera des processeurs d'IA de dernière génération, des piles logicielles avancées, une connectivité à très haut débit et des centres de données pensés pour limiter la consommation énergétique.

Un financement en deux lots, complété par les États

Le financement se répartit en deux lots. Le premier doit soutenir quatre projets, chacun pouvant bénéficier d'un financement européen allant jusqu'à 100 millions d'euros dans une première phase, complété ensuite par une enveloppe supplémentaire pouvant atteindre 400 millions d'euros par projet. Le second lot portera sur trois projets supplémentaires, dotés chacun d'un milliard d'euros. Dix-huit États membres, parmi lesquels la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, ont signé un accord de passation conjointe de marchés pour financer l'opération aux côtés de la Commission. Ensemble, ces engagements publics doivent servir de levier pour mobiliser au moins 20 milliards d'euros d'investissements privés supplémentaires.

Data-centers IA en Europe

La France candidate, avec 100 millions d'euros à la clé

La France a rapidement confirmé sa candidature pour accueillir l'une de ces infrastructures stratégiques. Le gouvernement s'est engagé à commander pour 100 millions d'euros de capacité de calcul auprès du projet qui sera retenu sur le sol français, à partir de 2027. Cet engagement doit répondre aux besoins futurs des administrations publiques, mais aussi de la recherche et du secteur hospitalier. Il s'ajoute, sans s'y substituer, aux investissements que l'État conduit déjà dans ses propres infrastructures de calcul dans le cadre du plan national pour l'intelligence artificielle.

Un consortium industriel de poids

La candidature française est portée par un consortium réunissant plusieurs poids lourds du numérique, des télécommunications et de l'énergie, parmi lesquels Bull, Capgemini, le groupe Iliad, Orange, EDF, Ardian, Artefact et Scaleway. Leur projet vise à constituer un réseau de plusieurs centres de données répartis sur le territoire, capable d'atteindre collectivement une puissance équivalente à un gigawatt. Le chantier est évalué à environ 10 milliards d'euros par ses porteurs, ce qui donne une idée de l'ampleur industrielle du projet, bien au-delà de la seule contribution publique française.

Une échéance à surveiller : novembre 2026

Pour la vice-présidente exécutive de la Commission chargée de la souveraineté technologique, Henna Virkkunen, disposer d'une telle puissance de calcul relève désormais d'une nécessité stratégique pour l'Europe, qui redoute un décrochage durable face aux États-Unis et à la Chine, où des infrastructures comparables sortent déjà de terre. Les candidatures doivent être déposées avant le 12 novembre 2026 auprès de l'entreprise commune EuroHPC, chargée de sélectionner les projets et de gérer les financements.

Reste une question qui n'a pas encore de réponse ferme : la moitié du financement public, celle apportée par les États membres, ne prend pas la forme d'un chèque immédiat mais d'un engagement à commander, dans la durée, du temps de calcul auprès des futures infrastructures. Chaque pays reste libre du volume et du calendrier de ses commandes, ce qui signifie que l'atteinte réelle des 5 milliards d'euros annoncés côté États dépendra des décisions prises progressivement dans chaque capitale au cours des prochaines années.

Un virage industriel, après des années de régulation

Au-delà des chiffres, cette initiative marque un tournant dans la manière dont l'Europe aborde la compétition mondiale autour de l'intelligence artificielle. Après avoir longtemps mis l'accent sur la régulation, avec l'entrée en application complète de l'AI Act au cours de l'été 2026, Bruxelles investit désormais massivement dans les capacités industrielles elles-mêmes. Pour les entreprises, chercheurs et administrations européens, l'enjeu est de disposer, à moyen terme, d'un accès concret à des infrastructures de pointe pour entraîner, affiner et déployer leurs propres modèles, sans avoir à s'en remettre systématiquement aux plateformes non européennes.

Ce virage industriel s'inscrit dans la continuité d'une annonce plus ancienne. Le projet des gigafactories avait en effet été esquissé dès février 2025, lors du sommet pour l'action sur l'IA organisé à Paris, avec une première enveloppe de 20 milliards d'euros évoquée pour cinq infrastructures. L'ambition a depuis été revue à la hausse, passant à sept sites, signe que les responsables européens considèrent le calendrier initial comme insuffisant face à la vitesse de déploiement observée outre-Atlantique et en Asie. Pour les acteurs français du numérique, l'enjeu dépasse la seule question du financement : il s'agit aussi de crédibiliser une offre de calcul souveraine, capable d'attirer aussi bien des startups que de grands groupes ou des organismes publics sensibles à la localisation de leurs données.

Pour les entreprises et collectivités qui suivent ce dossier, la prochaine échéance à surveiller reste la clôture de l'appel à projets, fixée à la mi-novembre 2026. C'est à ce moment que l'on saura quels consortiums ont été retenus, et donc où seront réellement implantées les futures gigafactories européennes, la France n'étant à ce stade qu'une candidate parmi d'autres pays participants.