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11 septembre 2001 : 25 ans après, le bilan santé des secours et des habitants de New York

Santé 6 min de lecture par Jean-Marc - 78 lectures

Le 11 septembre 2001, près de 3 000 personnes meurent dans les attentats de New York, de Washington et de Pennsylvanie. Vingt-cinq ans plus tard, les cérémonies rappellent ces morts. Elles parlent beaucoup moins de ce qui s'est passé ensuite, dans les poumons de ceux qui ont creusé les décombres et de ceux qui habitaient à côté. Ce bilan-là existe pourtant, il est tenu à jour tous les trois mois par les autorités sanitaires américaines, et il continue de grossir.

Un nuage toxique de poussière

Quand les deux tours s'effondrent, ce sont 110 étages de béton, de verre, de plâtre, de câbles et de mobilier qui sont broyés en quelques secondes. Le nuage qui envahit le sud de Manhattan n'est pas une fumée d'incendie classique. C'est une poussière très fine et très alcaline, chargée de béton pulvérisé, de fibres de verre, d'amiante, de plomb et de dioxines. Elle se dépose partout : dans les rues, dans les appartements, dans les bureaux, dans les écoles du quartier. Sous les gravats, les feux brûlent encore pendant une centaine de jours, jusqu'à la fin du mois de décembre 2001.

Le 18 septembre 2001, l'agence fédérale de l'environnement déclare que l'air de Lower Manhattan ne présente pas de danger. Des dizaines de milliers de personnes reviennent travailler et vivre sur place. En 2003, l'inspecteur général de cette même agence conclut qu'elle ne disposait pas des données nécessaires pour l'affirmer.

Casque de pompier

La toux du World Trade Center

Les premiers signaux arrivent vite. Dès l'automne 2001, les médecins des pompiers de New York décrivent une toux persistante chez les hommes qui ont travaillé sur les décombres, avec une chute mesurable de leur capacité respiratoire. Ils lui donnent un nom, la toux du World Trade Center, et publient leurs observations dans le New England Journal of Medicine en 2002.

Avec les années, d'autres maladies s'installent. Le programme fédéral de santé du World Trade Center, qui suit les personnes exposées, tient le compte des affections reconnues comme liées à cette exposition. Depuis sa création, il a certifié plus de 42 000 cas de sinusite chronique, plus de 39 000 cas de reflux gastro-œsophagien, plus de 23 000 asthmes et plus de 18 000 troubles de stress post-traumatique. Une même personne cumule souvent plusieurs de ces diagnostics.

Le cancer, arrivé plus tard

Le cancer n'était pas dans la liste au départ. Quand le programme de santé ouvre en 2011, après le vote de la loi Zadroga fin 2010, il couvre les maladies respiratoires, digestives et psychiques. Le cancer n'est ajouté qu'en 2012, une fois que les études ont établi un lien entre l'exposition et une hausse de certains cancers, notamment de la thyroïde, de la prostate et de la peau.

Aujourd'hui, c'est la première catégorie. Au 30 juin 2026, le programme compte 145 275 membres, dont environ 88 600 secouristes et 56 700 habitants, salariés ou élèves du quartier. Deux membres sur trois ont au moins une maladie certifiée. Depuis le début, 57 044 cancers ont été reconnus comme liés au 11 septembre, dont 10 393 sur les douze derniers mois. Un chiffre a basculé récemment : les cancers des habitants et employés du quartier, 28 913, dépassent désormais ceux des secouristes, 28 131. Ces civils ont été suivis bien plus tard que les pompiers et les policiers, beaucoup ignoraient même qu'ils y avaient droit.

Plus de pompiers morts après que le jour même

Le corps des pompiers de New York a perdu 343 membres le 11 septembre 2001. C'est le nombre qui est resté gravé dans la ville. En septembre 2023, un second compteur l'a rejoint : celui des pompiers et ambulanciers morts d'une maladie liée au World Trade Center a lui aussi atteint 343. Il ne s'est pas arrêté là. Cette semaine, lors de la cérémonie du 25e anniversaire, le corps des pompiers a honoré 453 membres emportés depuis par un cancer ou une maladie respiratoire contractée sur les décombres. Chaque année, de nouveaux noms sont ajoutés au mur du souvenir de la caserne centrale de Brooklyn.

Le 1er septembre 2026, la mairie de New York a publié un rapport qui résume 25 ans de suivi médical de ses pompiers. Plus de 10 500 membres, actifs ou retraités, sont reconnus pour au moins une maladie physique. 4 257 ont un cancer certifié, le plus fréquent étant le cancer de la peau, suivi du cancer de la prostate. Le rapport note aussi un résultat inattendu : 86% des pompiers exposés et atteints d'un cancer sont vivants cinq ans après le diagnostic, contre 63% des habitants de l'État de New York non exposés et touchés par les mêmes cancers. L'explication avancée est le suivi médical serré, qui permet de détecter les tumeurs plus tôt.

Ce que la loi a fini par reconnaître

Il a fallu neuf ans pour obtenir une loi. La loi Zadroga, votée fin 2010, porte le nom d'un policier mort en 2006 d'une maladie respiratoire après avoir travaillé sur le site. Elle crée le programme de santé et rouvre le fonds d'indemnisation des victimes. Elle est prolongée en 2015, puis rendue permanente pour le fonds en 2019, avec des demandes possibles jusqu'en 2090. Selon ce fonds, plus de 17 milliards de dollars ont été versés à plus de 72 000 personnes depuis sa réouverture. Cette année, le Congrès a de nouveau dû voter des crédits pour que le programme de santé puisse continuer à soigner ses membres jusqu'à la fin de leur vie. Et ce 11 septembre 2026 est aussi une date limite : celle donnée par l'État de New York aux ouvriers du déblaiement pour faire enregistrer leur présence sur le site.

Vingt-cinq ans après, le dossier n'est pas clos. Les inscriptions au programme continuent d'augmenter, environ 10 000 nouveaux membres pour la seule année 2025, portées surtout par les anciens habitants et salariés du quartier qui découvrent tardivement leur droit à un suivi. Et les cancers ont des délais de latence de dix, vingt, trente ans. Le rapport des pompiers insiste sur un point : la surveillance médicale de personnes exposées à une catastrophe commence le premier jour et ne s'arrête pas. C'est la question que se posent aussi, chez nous, les riverains de Notre-Dame après l'incendie et les habitants de Rouen après Lubrizol : ce qu'on respire dans les jours qui suivent, on ne le mesure vraiment que des années plus tard.