- Depuis le 1er juillet 2026, l'Europe taxe de 3 € par catégorie les petits colis importés.
- Deux mois plus tard, Temu envoie moitié moins de colis.
- En 2024, 4,6 milliards de colis de moins de 150 € étaient entrés dans l'Union.
En 2024, 4,6 milliards de colis d'une valeur inférieure à 150 € sont entrés dans l'Union européenne. Douze millions par jour, trois fois plus qu'en 2022. Selon Bruxelles, 91 % d'entre eux partaient de Chine, et chaque nuit, 600 avions gros-porteurs décollaient vers l'Europe avec des sacs de petits paquets à bord. Derrière ces chiffres, trois noms : Shein, Temu et AliExpress, dont le modèle repose sur l'envoi direct d'un article à quelques euros depuis un entrepôt chinois jusqu'à la boîte aux lettres du client.
Ce modèle tenait sur une règle vieille de 2010 : en dessous de 150 €, un paquet venu de l'extérieur de l'Union n'acquittait aucun droit de douane. La règle avait été écrite à une époque où le commerce en ligne transfrontalier était marginal. Elle est devenue la faille par laquelle est passée toute la fast fashion à 3 €, et les douanes, physiquement incapables de contrôler douze millions de paquets par jour, laissaient passer. En 2026, le ministre délégué au Commerce Serge Papin donnait le résultat des contrôles ponctuels : 70 % des produits examinés non conformes, 45 % dangereux.
La France a essayé seule, et ça n'a pas marché
La première réponse a été française. Le 1er mars 2026, une taxe nationale de 2 € par article est entrée en vigueur sur les petits colis venus de pays tiers. Elle a duré quatre mois. Les plateformes ont simplement fait atterrir leurs cargaisons en Belgique et aux Pays-Bas, dédouanées là-bas, puis acheminées par la route vers la France sans passer par la caisse. Une taxe nationale sur un marché unique sans frontières intérieures ne pouvait pas tenir, et Bercy l'a suspendue le 1er juillet, le jour où la mesure européenne prenait le relais.

Le 1er juillet 2026, 3 euros par catégorie
La décision européenne s'est prise en deux temps : accord politique des ministres des Finances le 12 décembre 2025, adoption définitive par le Conseil le 11 février 2026, application le 1er juillet. Depuis cette date, tout envoi de moins de 150 € importé dans l'Union paie un droit de douane forfaitaire de 3 € par catégorie tarifaire d'articles qu'il contient. Un achat de trois tee-shirts paie 3 €. Un panier qui mélange un haut, une paire de baskets, une coque de téléphone et une guirlande paie 12 €, même si chaque article vaut deux euros. Le montant est le même pour un paquet à 8 € et pour un autre à 120 € : c'est un forfait, pas un pourcentage.
Ce droit s'ajoute à la TVA, qui était déjà due sur ces achats via le guichet européen IOSS et qui continue de s'appliquer séparément. Il est facturé aux plateformes, qui le répercutent : Temu affiche désormais une ligne de 3 € sur chaque commande au moment du paiement, là où le prix était auparavant tout compris.
Deux mois plus tard : moitié moins de colis chez Temu
Les premiers chiffres sont tombés en août. Selon Bercy, les importations de petits colis dans l'Union ont chuté de 30 à 40 % depuis le 1er juillet. L'application Joko, qui suit les achats d'un panel de 1,5 million de consommateurs français, donne le détail par plateforme entre juin et juillet. Les envois de Temu ont reculé de 50 % et ceux d'AliExpress de 37 %, contre 15 % seulement pour Shein.
L'écart entre les trois s'explique par la logistique. Shein a ouvert fin 2025 un entrepôt près de Wroclaw, en Pologne. Un article expédié depuis ce site est déjà dans l'Union : il ne passe pas la douane et ne paie pas le forfait. Temu et AliExpress, qui expédient encore l'essentiel depuis la Chine, prennent le droit de plein fouet. La riposte est en cours : les deux plateformes accélèrent l'ouverture d'entrepôts en Europe, ce qui neutralise la taxe mais leur impose les coûts du commerce classique, stockage, main-d'œuvre européenne, invendus.
Autre effet visible dans les données de Joko : le panier moyen augmente. Puisque le forfait est le même quel que soit le nombre d'articles d'une catégorie, les acheteurs regroupent leurs commandes, et les plateformes les y encouragent. Moins de colis, mais plus gros. Pour les douanes, qui voulaient d'abord réduire le nombre de paquets à contrôler, c'est le résultat recherché. Pour le petit achat d'impulsion à 4 €, c'est la fin : le forfait pèse presque autant que l'article.
Ce qui arrive ensuite
Le dispositif actuel est transitoire et le calendrier est déjà écrit. Au 1er novembre 2026, une redevance européenne de gestion doit s'ajouter au forfait de 3 € pour financer les contrôles douaniers dans les 27 États membres. Son montant n'est pas encore fixé officiellement ; plusieurs sources évoquent un total de 5 € par catégorie, mais la Commission n'a rien confirmé. Au 1er juillet 2028, la franchise des 150 € disparaîtra complètement, avec la mise en service du nouveau système douanier de l'Union, l'EU Customs Data Hub. Les droits de douane s'appliqueront alors dès le premier euro, en pourcentage de la valeur, comme pour toute autre importation.
En France, une deuxième mesure s'est ajoutée le 1er septembre : le malus fast fashion. Cette pénalité par article, prévue par la loi contre la mode jetable, vise les mêmes plateformes par un autre bout. Les deux dispositifs s'additionnent sur un même vêtement.
Qui y gagne, qui y perd
Les distributeurs européens, qui réclamaient la fin de la franchise depuis des années, y voient un rééquilibrage, mais partiel. La hausse du panier moyen montre que les plateformes savent déjà absorber le coût en regroupant les envois, et Shein a démontré qu'un entrepôt en Pologne suffit à contourner l'essentiel. Les acheteurs de petites commandes paient plus, sans ambiguïté. Les vendeurs français qui s'approvisionnent eux-mêmes sur AliExpress pour revendre, les dropshippers, doivent refaire leurs calculs de marge. Et les douanes ont gagné ce qu'elles cherchaient, moins de paquets, sans avoir réglé la question de fond. Même en recul d'un tiers, les flux se comptent encore en milliards de colis par an, et le contrôle physique reste l'exception.