- Paris compte 37 ponts sur les 13 kilomètres de Seine qui traversent la capitale.
- Les premiers ponts ont été bâtis pour relier l'île de la Cité et résister aux Vikings.
- Malgré son nom, le Pont Neuf est aujourd'hui le plus vieux pont de Paris.
Paris compte aujourd'hui 37 ponts sur les 13 kilomètres de Seine qui traversent la capitale. Certains sont vieux de plusieurs siècles, d'autres beaucoup plus récents, mais tous racontent, à leur manière, un pan de l'histoire de la ville. Retour sur les grandes étapes de cette aventure, des premiers ponts de bois jusqu'aux ouvrages les plus emblématiques.
Les origines : deux ponts pour survivre aux Vikings
Bien avant Paris, la tribu celte des Parisii s'installe sur les rives de la Seine, avant que les Romains n'y érigent la cité de Lutèce. Très vite, la construction de ponts devient indispensable pour relier l'île de la Cité, cœur historique de la ville, aux deux rives du fleuve.
Entre 885 et 887, les Vikings assiègent Paris à plusieurs reprises, forçant les habitants à se replier sur l'île de la Cité, bien plus facile à défendre. Elle devient une forteresse. À cette époque, seuls deux ponts relient l'île au reste de la ville : le Grand Pont et le Petit Pont. Ce dernier sera détruit et reconstruit à de multiples reprises au fil des invasions et des crues, avant de renaître une dernière fois en 1850, sous son nom actuel de Petit-Pont-Cardinal-Lustiger. Avec ses 40 mètres de long, c'est aujourd'hui le plus petit pont de la capitale.

Des ponts habités, voués à l'effondrement
Au Moyen Âge, alors que la circulation entre les deux rives s'intensifie, les ponts parisiens ne sont pas de simples voies de passage. On y construit des maisons, des boutiques, parfois même des armureries entières, directement sur le tablier. Cette pratique, courante à l'époque dans plusieurs grandes villes européennes, s'avère catastrophique sur le long terme. Le poids cumulé de ces constructions finit régulièrement par avoir raison des structures, et de nombreux ouvrages s'effondrent au fil des siècles.
Au XIIe siècle, le roi Louis VII installe orfèvres et changeurs de monnaie sur l'un des ponts de la ville, contribuant à l'activité commerciale intense qui caractérise ces ouvrages à l'époque médiévale. Mais aucun pont construit durant cette période ne subsiste aujourd'hui : incendies, crues et poids excessif des constructions en auront eu raison les uns après les autres.
Le Pont Neuf, le plus vieux pont de Paris malgré son nom
C'est l'un des petits paradoxes les plus savoureux de la capitale : le Pont Neuf, malgré son nom qui évoque la nouveauté, est aujourd'hui le plus ancien pont encore debout à Paris. Sa construction est décidée en 1577 par Henri III, qui pose lui-même la première pierre le 31 mai 1578. Le chantier est interrompu entre 1588 et 1598 à cause des guerres de Religion. Il s'achève au tout début du XVIIe siècle, en 1607, sous le règne d'Henri IV, qui inaugure l'ouvrage et lui donne son nom.
Le Pont Neuf marque une vraie rupture avec les ponts parisiens qui l'ont précédé. C'est le premier ouvrage de pierre à traverser entièrement la Seine d'une seule volée. Il inaugure aussi les trottoirs, qui protègent les piétons de la boue et des calèches. Surtout, aucune habitation ne vient charger son tablier, contrairement à tous ses prédécesseurs. Il faudra attendre le règne de Louis XVI, près de deux siècles plus tard, pour que la construction d'habitations sur les ponts soit interdite dans tout le royaume. Le principe inauguré par le Pont Neuf devient alors la règle.
Avec ses douze arches en plein cintre et ses 384 mascarons, ces visages sculptés grimaçants qui ornent sa corniche, le Pont Neuf est classé monument historique depuis 1889. Il entre aussi au patrimoine mondial de l'Unesco en 1991, avec l'ensemble des quais de la Seine à Paris. En 1985, l'artiste Christo, avec Jeanne-Claude, en fait une œuvre d'art éphémère en l'empaquetant entièrement dans un tissu doré, un geste qui marquera durablement l'histoire artistique parisienne. Quarante ans plus tard, en juin 2026, l'artiste JR lui rend à son tour hommage avec « La Caverne du Pont Neuf », une installation immersive de 120 mètres transformant le monument en grotte urbaine.

Le pont Alexandre III, symbole d'une amitié diplomatique
Près de trois siècles plus tard, un tout autre ouvrage vient marquer l'histoire de la capitale, pour des raisons cette fois diplomatiques. Le pont Alexandre III est construit pour l'Exposition universelle de 1900, dans l'axe de l'esplanade des Invalides. Il symbolise l'amitié franco-russe scellée par l'alliance de 1891 entre le tsar Alexandre III et le président Sadi Carnot. Le symbole est fort.
Sa première pierre est posée le 7 octobre 1896 par le tsar Nicolas II en personne, accompagné de l'impératrice Alexandra Fedorovna et du président Félix Faure, venus spécialement à Paris pour l'occasion. La construction est confiée aux ingénieurs Jean Résal, Amédée Alby et Joseph Grison ainsi qu'aux architectes Cassien-Bernard et Gaston Cousin. Elle dure un peu moins de quatre ans : l'ouvrage est inauguré le 14 avril 1900 par le président Émile Loubet, en même temps que l'Exposition universelle elle-même.
Contrairement au dépouillement du Pont Neuf, le pont Alexandre III est conçu comme une véritable démonstration d'apparat. Quatre pylônes de 17 mètres de haut portent des groupes équestres en bronze doré représentant Pégase mené par la Renommée. Les clés de voûte sont ornées de nymphes de la Seine et de la Néva, symboles des deux nations amies. Rien n'est laissé au hasard. Depuis son inauguration, le pont a changé plusieurs fois de couleur au fil des campagnes de peinture, avant de retrouver son élégant gris perle actuel lors de sa restauration de 1998.
Des ponts toujours plus originaux
Le XXe siècle ajoute à la collection des ouvrages beaucoup plus fonctionnels. Le pont de Bir-Hakeim superpose ainsi un viaduc ferroviaire pour la ligne 6 du métro et une voie de circulation automobile. La passerelle Léopold-Sédar-Senghor, entièrement piétonne, relie quant à elle le musée d'Orsay au jardin des Tuileries.
Aujourd'hui, ces 37 ponts qui enjambent la Seine à Paris forment un véritable musée à ciel ouvert, du plus ancien au plus contemporain. Ensemble, ils racontent plus de mille ans d'histoire de la capitale, des sièges vikings jusqu'aux expositions universelles, en passant par les guerres de Religion et les grandes heures de l'art contemporain.