Lorsque les réserves d’eau sont au plus bas, laver une voiture fait évidemment partie des usages qui peuvent être réduits. Mais derrière les pistes de lavage, les portiques et les aspirateurs, il y a aussi des entreprises, des salariés et des investissements qui continuent d’exister lorsque les clients ne peuvent plus utiliser les installations.
C’est le problème rencontré par les exploitants des départements placés au niveau de crise. Au début du mois de septembre, 74 départements étaient concernés par ce niveau de restriction. À ce stade, le lavage des véhicules fait partie des usages non prioritaires pouvant être interdits. Pour une station, la conséquence est immédiate : plus de clients, donc plus de recettes, alors que les loyers, les emprunts, les assurances, la maintenance et une partie des charges salariales continuent de courir.
Des fermetures qui peuvent durer encore plusieurs semaines
Le problème devient particulièrement lourd lorsque l’interdiction se prolonge. En Côte-d’Or, Pauline Perrin, qui exploite sept stations de lavage, expliquait ainsi à l’AFP que son activité était à l’arrêt depuis le 3 août et que ses cinq salariés étaient placés en activité partielle. Sans amélioration de la situation, elle envisageait une réouverture seulement à la mi-novembre.
Le secteur représente environ 25 000 emplois dans quelque 10 000 stations, pour un chiffre d’affaires estimé à environ 1 milliard d’euros par an. Certaines stations sont également installées dans des stations-service indépendantes. Ces entreprises peuvent alors cumuler les difficultés : une activité de lavage interrompue et une fréquentation susceptible d’être affectée par le niveau élevé des prix des carburants.

Pourquoi les stations professionnelles sont-elles concernées ?
La logique des restrictions repose sur une hiérarchisation des usages. Lorsque la ressource devient exceptionnellement rare, les besoins prioritaires, notamment l’alimentation en eau potable, la santé, la salubrité et la sécurité, doivent être préservés avant les activités considérées comme moins indispensables.
La réglementation prévoit certaines possibilités de lavage en période d’alerte ou d’alerte renforcée, notamment pour des installations équipées de dispositifs permettant de réduire leur consommation. Mais lorsque le niveau de crise est atteint, le lavage des véhicules est interdit. Une station ayant investi pour économiser l’eau ne bénéficie donc pas automatiquement d’une exception lorsque son territoire passe à ce niveau de restriction.
Des stations qui ont pourtant investi pour économiser l’eau
Cette règle explique une partie des incompréhensions du secteur. Les stations professionnelles modernes peuvent récupérer, traiter et réutiliser une partie de l’eau employée pour le lavage. Certaines installations ont été conçues précisément pour limiter les prélèvements et traiter les eaux usées.
Une question écrite publiée à l’Assemblée nationale en septembre rappelle notamment que les stations disposent de systèmes de traitement des effluents et cite une étude estimant que l’ensemble des stations de lavage représenterait environ 0,2 % de la consommation nationale d’eau potable. Cela ne remet pas en cause la nécessité de restrictions locales lorsque la ressource manque, mais explique pourquoi les professionnels demandent que les performances réelles des installations puissent être davantage prises en compte.
Pour eux, la question n’est donc pas seulement de savoir s’il faut économiser l’eau, mais aussi de déterminer si toutes les stations doivent être soumises exactement aux mêmes contraintes lorsqu’elles n’ont pas le même niveau de consommation ou de recyclage.
Le risque de déplacer simplement la consommation
La fermeture des stations pose également une autre question : que font les automobilistes lorsqu’ils ne peuvent plus y laver leur véhicule ? Interdire une activité professionnelle ne signifie pas forcément que la demande disparaît.
Le Gouvernement rappelle que le lavage à domicile est lui aussi interdit dès le premier niveau d’alerte. Cette interdiction vise notamment à éviter qu’une économie réalisée sur les stations soit simplement déplacée vers les particuliers, avec une consommation d’eau qui peut être importante et des eaux chargées de produits et de saletés qui ne sont pas traitées de la même manière. Pour les professionnels, cela renforce toutefois le sentiment d’être placés dans une situation où leur activité est interdite sans qu’une véritable solution de remplacement existe.
Une activité sans fonds d’indemnisation spécifique
Reste la question la plus concrète pour les entreprises : comment absorber plusieurs semaines sans recettes ? Le Gouvernement a indiqué le 15 septembre qu’aucun fonds d’indemnisation spécifique n’était prévu pour les stations de lavage.
Les entreprises dont l’activité est ralentie ou interrompue à la suite d’un arrêté de restriction peuvent toutefois recourir au dispositif d’activité partielle dans les conditions prévues par le Code du travail. En cas de difficultés de trésorerie, elles peuvent également solliciter la Médiation du crédit ou les correspondants départementaux TPE-PME de la Banque de France. Ces dispositifs peuvent limiter les conséquences sur l’emploi, mais ils ne remplacent évidemment pas le chiffre d’affaires perdu pendant la fermeture.
La sécheresse devient aussi un risque économique
Pour les exploitants, la sécheresse est donc en train de devenir un risque économique à part entière. Investir dans des installations moins consommatrices permet de réduire l’impact environnemental et peut améliorer les performances d’une station, mais cela ne garantit pas la continuité de l’activité lorsque le territoire passe au niveau de crise.
Le sujet dépasse finalement le seul lavage automobile. Avec des épisodes de sécheresse susceptibles de se répéter, d’autres entreprises pourraient être confrontées au même problème : continuer à supporter leurs charges alors qu’une ressource indispensable à leur activité devient temporairement indisponible. La question sera alors de trouver le bon équilibre entre la protection d’une ressource rare et la capacité des petites entreprises à absorber des périodes d’arrêt qui peuvent durer plusieurs semaines.