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Carburants : les ruptures s’étendent dans les stations-service françaises

Actualités 6 min de lecture par Pascal - 55 lectures

La situation se tend dans les stations-service françaises. Au dimanche 20 septembre au matin, 15% des stations de l’Hexagone étaient considérées comme étant en difficulté d’approvisionnement, avec au moins un carburant indisponible. Le chiffre progresse rapidement : il était de 11% deux jours plus tôt et de 13% la veille. Cette évolution intervient alors que les prix à la pompe atteignent eux aussi des niveaux particulièrement élevés.

Le chiffre de 15% ne signifie toutefois pas que 15% des stations sont totalement à sec. L’indicateur du ministère de l’Économie considère une station comme étant en difficulté lorsqu’elle ne peut plus proposer au moins une catégorie de carburant, essence ou gazole. Pour l’essence, une station qui dispose encore d’au moins l’un des carburants qu’elle distribue n’est pas comptabilisée comme étant en rupture d’essence. Le E85 et le GPL ne sont pas pris en compte.

Cette nuance est importante pour comprendre la situation réelle des automobilistes. Une station peut continuer à fonctionner tout en ayant perdu une partie de son offre. Pour un conducteur, cela peut se traduire par l’impossibilité de trouver son carburant habituel, par l’obligation de se reporter sur une autre station ou par un détour supplémentaire.

Une progression particulièrement rapide

Les chiffres des derniers jours montrent surtout une accélération. Le 18 septembre, 11% des stations étaient en difficulté. Le taux est passé à 13% le 19 septembre, puis à 15% le 20 septembre. En quelques jours, la proportion a donc augmenté de quatre points. La grande majorité des stations restent cependant encore approvisionnées.

Pénurie de carburants dans certaines stations

La situation varie fortement selon les régions. Le Grand Est est la région métropolitaine la plus touchée, avec 20% des stations en difficulté. Les Pays de la Loire suivent à 17%. Le Centre-Val de Loire, la Normandie et l’Occitanie atteignent chacune 16%. L’Île-de-France se situe à 13%, tandis que les Hauts-de-France et la Provence-Alpes-Côte d’Azur sont à 12%. La Corse ne compte aucune station en difficulté dans le relevé du 20 septembre.

Ces écarts montrent que les automobilistes ne sont pas confrontés partout à la même situation. Dans les territoires où la proportion de stations touchées est élevée, la recherche d’une pompe disponible peut devenir plus compliquée, surtout lorsque les clients se concentrent sur les établissements encore capables de les servir.

Le plafonnement des prix crée un afflux dans certaines stations

Une partie des tensions observées est liée au fonctionnement du marché. Depuis le 22 juillet, TotalEnergies maintient un plafond de 1,99 € le litre pour l’essence et de 2,25 € pour le gazole dans son réseau. Avec des prix moyens nettement supérieurs ailleurs, ces tarifs attirent davantage d’automobilistes vers les stations concernées.

Le gouvernement explique que cet afflux peut provoquer des tensions logistiques. Les volumes vendus dans certaines stations deviennent beaucoup plus importants que d’habitude et les cuves peuvent se vider avant le passage suivant du camion-citerne. Le 16 septembre, le gouvernement indiquait qu’environ neuf stations en difficulté sur dix appartenaient au réseau TotalEnergies, en reliant cette situation à l’afflux de consommateurs et aux difficultés de réapprovisionnement.

Cette situation ne signifie pas que toutes les difficultés sont identiques. Certaines stations peuvent manquer temporairement d’un produit alors que d’autres rencontrent des problèmes plus persistants. Les données quotidiennes permettent surtout de suivre l’étendue géographique du phénomène et son évolution.

Des approvisionnements sous pression

La question dépasse néanmoins les seules files d’attente provoquées par les différences de prix. Le marché des produits pétroliers est actuellement soumis à de fortes tensions internationales, dans un contexte de perturbation des flux énergétiques. Ces tensions se répercutent sur les produits raffinés et compliquent l’organisation des approvisionnements.

Le gouvernement a indiqué avoir accordé des dérogations destinées à soutenir la production et la circulation des produits pétroliers. Certaines opérations de maintenance ont notamment été décalées afin de maintenir les capacités de production, tandis que des dérogations ont été accordées pour faciliter la circulation des camions-citernes certains dimanches et jours fériés.

L’objectif est d’éviter qu’une difficulté ponctuelle de transport ou de production ne se transforme en problème plus large. Mais la progression du nombre de stations touchées montre que la chaîne reste sous tension. Tant que les volumes disponibles, les capacités de raffinage, les importations et les besoins des automobilistes ne se rééquilibrent pas, les situations locales peuvent continuer à apparaître.

Le prix du gazole atteint un nouveau record

Cette tension sur l’approvisionnement s’accompagne d’une nouvelle flambée des prix. Dimanche 20 septembre, le prix moyen du gazole en France atteignait 2,4097 € le litre à 10h30, selon une moyenne calculée à partir des tarifs affichés dans plus de 8 700 stations sur le site gouvernemental Prix-carburants.gouv.fr. Il s’agit d’un nouveau record.

Le SP95-E10 dépassait de son côté 2,17 € le litre en moyenne, tandis que le SP98 franchissait 2,28 €. Pour les automobilistes, la combinaison de prix élevés et de disponibilités variables complique donc davantage la gestion des déplacements quotidiens. Un plein de 50 litres de gazole représente désormais plus de 120 € au tarif moyen observé dimanche.

Cette hausse intervient alors que les ménages ont déjà commencé à réduire leur consommation de carburant. La flambée actuelle peut donc accélérer les arbitrages entre déplacements, modes de transport et budget consacré à la voiture.

Pas de pénurie nationale à ce stade

Malgré l’augmentation du nombre de stations touchées, le gouvernement continue de distinguer les difficultés d’approvisionnement locales d’une pénurie nationale. Au 20 septembre, 85% des stations ne rencontraient aucune difficulté selon l’indicateur suivi par le ministère. L’immense majorité du réseau reste donc opérationnelle.

La situation mérite néanmoins d’être surveillée, car le rythme de progression est rapide. Une hausse de 11% à 15% en deux jours ne permet pas à elle seule de conclure à une pénurie généralisée, mais elle montre que les tensions se diffusent. L’évolution des prochains relevés sera particulièrement importante pour savoir si le phénomène reste concentré dans certaines régions ou s’étend davantage.

Pour les automobilistes, le réflexe le plus utile reste de vérifier la disponibilité du carburant avant de se déplacer spécifiquement pour faire le plein, surtout dans les secteurs où les taux de stations en difficulté sont les plus élevés. La carte officielle du ministère est actualisée régulièrement.

Une situation à suivre dans les prochains jours

Le problème des carburants ne se résume donc plus à la hausse du prix du litre. Il concerne désormais aussi la disponibilité de certains produits dans une partie croissante du réseau. Les deux phénomènes se renforcent : des prix élevés poussent les automobilistes à rechercher les tarifs les plus bas, tandis que la concentration de la demande peut accentuer les difficultés de réapprovisionnement dans certaines stations.

Le seuil de 15% atteint dimanche constitue surtout un indicateur de tension. Il ne permet pas encore de parler de pénurie nationale, mais il montre que l’approvisionnement est devenu un sujet concret pour une partie des Français. La prochaine évolution des chiffres dira si cette situation reste temporaire ou si les difficultés continuent de gagner du terrain.