Le GPS est devenu si courant qu’il est facile d’oublier à quel point de nombreux véhicules dépendent des signaux envoyés par les satellites. Une voiture, un navire ou un avion peut ainsi déterminer sa position grâce à ces informations. Mais que se passe-t-il lorsque le signal est brouillé, dégradé ou tout simplement indisponible ?
C’est précisément dans cette situation que la navigation inertielle prend tout son intérêt. Cette technologie permet à un véhicule de continuer à déterminer sa position, sa vitesse et son orientation sans dépendre directement d’un signal GPS ou Galileo. En France, Exail Technologies s’est spécialisée dans ce domaine au point d’attirer l’attention de Thales, qui a annoncé son projet de rachat de l’entreprise pour une valorisation de 3,9 milliards d’euros.
Le principe de la navigation inertielle
La navigation inertielle repose sur des capteurs capables de mesurer les mouvements d’un véhicule. Des gyroscopes détectent ses rotations et des accéléromètres mesurent ses accélérations. Ces informations sont ensuite traitées par un système informatique afin d’estimer en permanence la trajectoire suivie.
L’intérêt principal est qu’aucune communication avec un satellite n’est nécessaire pour continuer à fonctionner. Le système connaît son état de départ, mesure ensuite chaque mouvement et calcule progressivement la nouvelle position. Il peut donc continuer à fournir des informations de navigation même dans un environnement où les signaux satellitaires ne sont plus disponibles.

Cette approche n’est toutefois pas une solution magique. Les petites erreurs de mesure peuvent s’accumuler avec le temps et provoquer une dérive de la position calculée. C’est pourquoi les systèmes les plus performants associent différentes sources d’information afin de maintenir une précision élevée. La navigation inertielle constitue ainsi une brique technologique particulièrement importante lorsque la continuité du positionnement est essentielle.
Des gyroscopes à fibre optique au cœur de la technologie
Exail s’est notamment développée autour des centrales de navigation inertielle utilisant des gyroscopes à fibre optique. Leur rôle est de mesurer avec une grande précision les mouvements de rotation d’un véhicule.
Ces équipements sont conçus pour fonctionner dans des environnements difficiles et peuvent être intégrés à différents types de plateformes. Ils sont notamment utilisés dans des applications maritimes, mais aussi terrestres, spatiales et de défense. L’entreprise développe également des solutions de positionnement acoustique et des systèmes destinés aux robots autonomes.
Cette spécialisation explique en partie pourquoi la technologie intéresse autant les industriels. La navigation sans dépendance permanente aux satellites devient particulièrement importante dans les zones où les signaux peuvent être perturbés. Elle permet également à des véhicules autonomes de poursuivre leur mission sans perdre complètement leurs capacités de positionnement.
Des applications qui dépassent largement le domaine militaire
La navigation inertielle peut sembler réservée aux sous-marins ou aux équipements militaires. En réalité, ses applications sont beaucoup plus larges.
Dans le domaine maritime, elle peut être utilisée par des navires, des robots sous-marins et des drones de surface. Sous l’eau, le problème est encore plus évident : les signaux GPS ne se propagent pas normalement et un véhicule autonome doit donc disposer d’autres moyens pour connaître sa position. Ces technologies sont utiles pour cartographier les fonds marins, inspecter des infrastructures ou surveiller certaines zones.
On retrouve également la navigation inertielle dans des applications civiles. Elle peut accompagner des opérations offshore, des travaux d’ingénierie, des applications ferroviaires ou encore certains équipements spatiaux. Son intérêt est toujours le même : disposer d’une information de positionnement fiable même lorsque les systèmes satellitaires ne peuvent pas être utilisés seuls.
Pourquoi Thales veut mettre la main sur Exail
L’intérêt de Thales pour Exail ne repose donc pas uniquement sur la robotique maritime. Le groupe français de technologies et de défense cherche également à renforcer ses capacités dans la navigation inertielle et la lutte sous-marine.
Thales a annoncé en juillet 2026 un accord avec la famille Gorgé pour acquérir sa participation de 35,51 % dans Exail, au prix de 134 euros par action, avec l’objectif de lancer ensuite une offre publique visant l’ensemble du capital. L’opération valorise Exail à environ 3,9 milliards d’euros. Sa finalisation reste soumise aux différentes étapes réglementaires et est prévue au plus tard au début de 2028.
Exail dispose par ailleurs d’une activité importante dans les drones maritimes autonomes, avec des véhicules de surface et sous-marins destinés notamment à la cartographie, à la surveillance et à la lutte contre les mines. Le rapprochement doit donc permettre à Thales de réunir plusieurs technologies complémentaires autour des opérations navales autonomes et de la navigation.
Une technologie appelée à devenir encore plus importante
La multiplication des brouillages de signaux de navigation rappelle une réalité souvent oubliée : un système de positionnement par satellite n’est pas infaillible. Dans certaines zones, les signaux peuvent être perturbés ou rendus indisponibles, volontairement ou non.
Pour les véhicules autonomes, les navires et de nombreux équipements spécialisés, conserver une capacité de navigation dans ces conditions devient donc un enjeu important. La navigation inertielle ne remplace pas nécessairement le GPS ou Galileo. Elle apporte plutôt une capacité supplémentaire permettant au véhicule de continuer à fonctionner lorsque ces systèmes ne peuvent plus fournir seuls une position fiable.
Le succès d’Exail illustre ainsi une évolution discrète mais stratégique de la technologie. Derrière un système que l’on associe souvent à la défense se trouve une question très concrète : comment continuer à savoir où l’on se trouve lorsque le signal qui nous guidait disparaît ? Les solutions de navigation inertielle apportent précisément une réponse à ce problème, et leur importance pourrait continuer à progresser avec le développement des véhicules autonomes.