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Aperçus IA de Google : moins de clics pour les sites

High-tech par Hervé -  6 min - 117 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Selon Google, les règles européennes ont entraîné la plus grande dégradation de son moteur.
  • L'Aperçu IA, résumé généré en tête de page, progresse dans les résultats.
  • Pour les sites d'information, il signifie moins de clics.

Dans une interview publiée le 25 septembre 2026, Nick Fox, qui dirige la recherche chez Google, n'a pas mâché ses mots. Les changements imposés par l'Union européenne représentent selon lui la plus grande dégradation de l'histoire du moteur. Il a même confié que cela le rendait triste.

Au même moment, un autre module progresse sans bruit en haut des pages de résultats : l'Aperçu IA, ce résumé généré par l'intelligence artificielle de Google. Pour les sites qui produisent l'information, c'est lui qui pose problème. Voici comment ces deux mouvements se croisent.

Ce que Google a retiré de ses résultats en Europe

Depuis 2024, le Digital Markets Act encadre les très grandes plateformes numériques. Google fait partie des contrôleurs d'accès désignés par la Commission européenne, ces acteurs jugés incontournables. Le texte l'oblige à revoir certains de ses résultats en Europe, et la mise en conformité est visible depuis la rentrée.

L'interdiction de se favoriser

Le DMA interdit aux grandes plateformes de mettre en avant leurs propres services au détriment de ceux des concurrents. Pour un moteur de recherche, cela vise ses comparateurs maison de vols, d'hôtels ou de produits, longtemps affichés en tête de page. En juillet 2026, la Commission européenne a infligé au groupe une double amende de 890 millions d'euros au total, dont une pour ce favoritisme.

Les modules qui disparaissent

Depuis le 8 septembre, les internautes européens ne voient plus les prix en direct ni les dates de voyage proposés par Google pour les vols et les hôtels. Les fiches produits gratuites ont aussi disparu des résultats dans l'Espace économique européen. Pour la météo, les traductions ou les voyages, un carrousel renvoie désormais vers des services tiers. C'est cet ensemble que Google qualifie de dégradation.

Concrètement, celui qui prépare un week-end ne voit plus d'un coup d'œil le prix d'une chambre ou d'un billet dans la page de Google. Il doit passer par les liens des comparateurs pour connaître les tarifs. Un clic de plus pour l'internaute, mais une vitrine retrouvée pour les sites spécialisés que le DMA entendait protéger.

Aperçu IA dans Google

Comment fonctionne l'Aperçu IA ?

Pendant que ces modules s'effacent, l'Aperçu IA s'étend. Il ne fait pas partie des services visés par cette règle du DMA, puisqu'il ne s'agit pas d'un comparateur. C'est une réponse rédigée par une machine, à partir des pages du web.

Un résumé en tête de page

Quand l'internaute pose une question, l'Aperçu IA rédige une réponse de quelques paragraphes. Il s'appuie sur des contenus publiés par des sites, qu'il cite sous forme de liens. Le bloc s'affiche au-dessus des résultats classiques. Pour beaucoup de recherches, c'est la première chose que l'on lit.

Arrivé en France cet été

Google a lancé les Aperçus IA et son Mode IA en France le 22 juillet 2026, avec une extension progressive à l'ensemble des requêtes. La France avait été tenu à l'écart plus longtemps que les autres pays européens, en raison du contentieux sur les droits voisins avec les éditeurs de presse.

Une présence qui s'étend

Le module gagne du terrain chaque semaine. D'après le site spécialisé Search Engine Roundtable, la quasi-totalité des informations de l'encadré Autres questions posées trouve désormais sa réponse dans un Aperçu IA. Là où l'internaute dépliait une ligne pour découvrir l'extrait d'un site, il lit maintenant un texte écrit par Google.

Moins de clics pour les sites

Pour les éditeurs, le problème est simple. L'Aperçu IA répond à la question avec leurs contenus. L'internaute obtient ce qu'il cherchait et n'a plus forcément besoin de cliquer. Le site a fourni l'information, mais il ne reçoit pas la visite.

Les sites d'information en première ligne

Tous les sites ne sont pas exposés de la même manière. Les plus touchés sont ceux qui répondent à des questions : médias, guides pratiques, sites de conseils. Leur contenu se résume facilement en quelques lignes, et c'est précisément ce que fait l'Aperçu IA. Un artisan ou un commerçant qui vend un service s'en sort mieux, car l'internaute doit de toute façon le contacter pour aller au bout de sa démarche.

Les chiffres de la perte

Plusieurs mesures convergent. Une note de travail des services de l'Arcom évalue entre 33 % et 38 % la perte de visites attribuable à ces résumés, sur les marchés européens où ils étaient déjà déployés. Le Reuters Institute avait chiffré à 33 % la baisse du trafic envoyé par Google vers 2 500 sites d'actualité en un an. En France, le média spécialisé Mind a estimé à 19 % le recul de l'audience des sites dès le mois d'août, selon son propre calcul.

La presse saisit l'Autorité de la concurrence

Le 11 août 2026, l'Alliance de la presse d'information générale, qui regroupe près de 300 quotidiens, a saisi l'Autorité de la concurrence. Elle reproche à Google d'avoir lancé ses résumés avant toute négociation sérieuse. Les éditeurs se sont vu proposer une simple mise à jour de leur contrat de licence. La seule autre option consistait à retirer leurs contenus, au prix d'une perte de visibilité dans le moteur.

Ce que répond Google

Google conteste cette lecture sur plusieurs points. L'entreprise défend son produit, attaque une autre obligation du DMA et nie l'ampleur de la baisse des clics. Les deux discours coexistent, parfois dans la même interview.

Des études contestées

Dans l'interview du 25 septembre, Nick Fox a de nouveau rejeté les études sur la chute des clics. Selon lui, les internautes continuent de cliquer massivement vers le web. Il n'a pas avancé de chiffre public pour étayer cette affirmation.

Le partage des données attaqué en justice

Le dirigeant s'est aussi inquiété d'une autre exigence du DMA : transmettre des données de recherche aux moteurs concurrents. Google y voit un risque pour la vie privée des Européens, d'autant que la plupart de ces moteurs ne sont pas européens. Le 29 septembre, l'entreprise a officiellement fait appel de cette décision.

Pour l'internaute, le changement se voit déjà. Moins de comparateurs signés Google, plus de réponses toutes faites. Pour les sites qui vivent de leurs visiteurs, la question n'est plus seulement d'être bien classé. Il s'agit aussi d'être cité dans le résumé, puis de donner une raison de cliquer malgré tout.