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Les sites d'info perdent 23 % de visites avec l'IA de Google

Internet par Hervé -  6 min - 48 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Les sites d'information perdent 22,9 % de visites en un an selon l'ACPM.
  • Les applications, qui ne dépendent pas de Google, ne reculent que de 9,4 %.
  • Le Point, Marianne et Le Parisien sont parmi les titres les plus touchés.

Le classement des marques numériques de l'ACPM pour septembre 2026 confirme ce que beaucoup d'éditeurs redoutaient. Deux mois après le lancement en France des AI Overviews, les résumés générés par l'intelligence artificielle de Google, la fréquentation des principaux sites d'information recule nettement. Le média spécialisé The Media Leader a comparé ces chiffres certifiés avec ceux du même mois de 2025, sur un panel de 40 marques d'actualité nationales et régionales.

Le résultat est sans appel. Ces 40 marques passent de 2,14 à 1,70 milliard de visites en un an. La baisse atteint 20,8 %, et elle frappe surtout les pages consultées depuis un moteur de recherche.

Des sites désertés, des applications épargnées

Le détail par support éclaire le phénomène. Un lecteur qui ouvre l'application de son journal arrive directement, sans passer par Google. Celui qui tape une question dans le moteur de recherche lit désormais une réponse toute faite avant même de voir les liens. Les deux publics ne réagissent donc pas de la même façon, et les chiffres le montrent clairement.

Un écart de plus de 13 points

Les sites du panel perdent 22,9 % de leurs visites sur un an. À périmètre comparable, les applications ne reculent que de 9,4 %. Chez Franceinfo, le site baisse de 32,9 % alors que ses applis limitent la casse à 9,9 %. Le réseau local ici, l'ancien France Bleu, voit les visites de son site divisées par plus de deux, mais son application progresse de 21,8 %.

RFI, France 24 et L'Obs suivent le même schéma : leurs applications gagnent du terrain pendant que leurs sites reculent de 18 à 29 %. L'audience fidèle, celle qui vient sans intermédiaire, tient bon.

La presse pénalisé par l'IA Overview

Aucun grand titre n'est épargné

Certains titres perdent la moitié de leur trafic. Marianne recule de 51,7 %, Le Point de 51,6 % et L'Express de 43,8 %. Le Parisien chute de 40,9 % sur l'ensemble de ses supports, avec un site en baisse de 43,5 %. En région, La Provence, Midi Libre et L'Indépendant décrochent eux aussi, avec des reculs compris entre 29 et 40 %.

Les leaders ne sont pas épargnés. Ouest-France limite la baisse à 9,6 % et monte à la troisième place du classement général, porté par ses services de petites annonces et de shopping. Le Figaro perd 21,8 % et Le Monde 19,6 %. L'Équipe, seul quotidien sportif national, recule de 28 % et réalise désormais 57 % de ses visites sur ses applications.

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Le classement des marques d'information

Le tableau ci-dessous réunit les marques d'information les plus connues et celles qui enregistrent les plus fortes baisses. L'Équipe, seul quotidien sportif national en France, y a toute sa place, même si l'ACPM ne la range pas dans la presse d'information générale. La dernière colonne isole l'évolution des seuls sites, applications exclues. C'est elle qui montre le mieux l'effet des moteurs de recherche sur la fréquentation.

Les chiffres de septembre sur un an

Marque Visites en septembre 2026 Évolution totale Évolution des sites
Ouest-France 191,9 millions -9,6 % -9,1 %
L'Équipe 168,7 millions -28,0 % n.c.
Le Figaro 167,2 millions -21,8 % -22,7 %
Le Monde 151,9 millions -19,6 % -22,9 %
Franceinfo 149,0 millions -29,1 % -32,9 %
BFMTV 121,3 millions -28,2 % -28,6 %
20 Minutes 100,4 millions -12,0 % -11,1 %
Le Parisien 61,2 millions -40,9 % -43,5 %
Midi Libre 36,4 millions -35,8 % -36,8 %
ici 28,2 millions -49,7 % -55,8 %
Libération 22,4 millions -32,6 % -34,4 %
Le HuffPost 18,8 millions -30,5 % -31,8 %
Le Point 12,0 millions -51,6 % -57,5 %
La Provence 11,0 millions -40,1 % -42,9 %
L'Express 6,4 millions -43,8 % -44,7 %
Marianne 4,1 millions -51,7 % -51,7 %

Source : ACPM, classement des marques numériques de septembre 2026 et septembre 2025, panel établi par The Media Leader. L'Équipe est classée hors presse d'information générale par l'ACPM ; l'évolution de son seul site n'est pas communiquée (n.c.).

Pourquoi Google est-il mis en cause ?

Lancés en France le 22 juillet 2026, les AI Overviews s'affichent tout en haut de la page de résultats. Ils résument en quelques lignes la réponse à la question posée. L'internaute obtient l'essentiel sans cliquer, et le site qui a produit l'information ne reçoit plus la visite.

Une base de comparaison très haute

Les chiffres demandent tout de même de la prudence. Septembre 2025 avait été un mois record pour l'information en ligne. Il avait été marqué par la chute du gouvernement Bayrou, la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon et la mobilisation du 10 septembre. Ce pic gonfle mécaniquement la baisse d'une année sur l'autre.

Il n'explique pas tout pour autant. Les applications ont profité du même pic d'actualité, et elles reculent beaucoup moins. Le mois d'août, sans événement comparable, le confirme : les sites y baissaient déjà de 18,8 % sur un an. Les applications ne perdaient que 2,5 %.

Google conteste, les éditeurs saisissent la justice

Google affirme de son côté que ses résumés n'ont entraîné aucune baisse significative du trafic. Certains spécialistes avancent d'autres pistes : une mise à jour anti-spam déployée au même moment et des variations de Google Discover. D'après eux, les résumés touchent surtout les recherches sur des sujets intemporels, moins l'actualité chaude.

Les éditeurs n'ont pas attendu pour agir. Le 11 août, l'Alliance de la presse d'information générale a saisi l'Autorité de la concurrence. Elle reproche à Google d'avoir lancé la fonctionnalité sans négocier avec la presse, contrairement aux engagements pris en 2022.

Ce que les éditeurs peuvent faire

La tendance pousse les médias à revoir leur dépendance au moteur de recherche. Les titres qui résistent ont un point commun : un lien direct avec leurs lecteurs. Plusieurs leviers se dessinent déjà dans les chiffres de l'ACPM.

Faire revenir le lecteur sans passer par Google

L'application, la newsletter et les alertes ramènent un public qui ne dépend d'aucun algorithme. Radio France et La Croix restent stables sur un an grâce à leurs applications, alors que leurs sites reculent. Un lecteur qui revient de lui-même vaut désormais plus qu'une visite venue d'une recherche.

Miser sur l'information que l'IA ne remplace pas

Un résumé automatique répond facilement à une question générale. Il remplace beaucoup moins bien un reportage, une enquête ou une information locale de dernière minute. Les Echos, dont le site ne recule que de 1,5 %, illustrent ce que peut peser un contenu spécialisé que l'on vient chercher directement chez l'éditeur.