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Recherche : la France chute à la 10e place mondiale

Sciences par Charline -  5 min - 27 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • La France recule de la 5e à la 10e place mondiale pour l'audience de sa recherche.
  • Sa part des publications scientifiques mondiales chute de plus de moitié en vingt ans.
  • Les mathématiques restent son point fort, mais la physique et l'ingénierie décrochent.

Le constat tombe comme un couperet. Selon l'Observatoire des sciences et techniques (OST), la France ne pointe plus qu'au dixième rang mondial pour l'audience de ses travaux scientifiques, contre la cinquième place en 2005. L'organisme dépend du Hcéres, l'autorité publique chargée d'évaluer l'enseignement supérieur et les laboratoires. Publié fin août et remis en lumière par Les Échos, le rapport ne laisse guère de place au doute : la recherche française recule, « quels que soient les indicateurs retenus ».

Ce décrochage ne date pas d'hier. Il s'installe depuis deux décennies, pendant que la Chine poursuit une progression spectaculaire et que les États-Unis conservent la tête. Mais la France ne perd pas seulement du terrain face aux nouvelles puissances : elle se fait aussi doubler par des pays de taille comparable.

L'audience scientifique, baromètre de l'influence

Derrière ce terme un peu abstrait se cache un indicateur assez simple. L'audience scientifique d'un pays correspond à la part des références mondiales, c'est-à-dire des citations, faites aux travaux de ses chercheurs. Autrement dit, elle mesure à quel point la communauté scientifique internationale lit et s'appuie sur ce que publient les laboratoires d'un pays. C'est un baromètre de l'influence bien plus que du volume.

Une influence en repli de 37 %

Les chiffres de l'OST sont sans appel. En 2005, les travaux français représentaient 4,3 % des citations mondiales. En 2024, cette part tombe à 2,7 %, soit une baisse de 37,2 %. Parmi les grandes nations scientifiques historiques, seul le Japon enregistre un recul plus marqué. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne voient eux aussi leur part s'éroder, mais la France reste l'un des pays où la chute est la plus nette.

Le Canada, l'Italie et l'Inde passent devant

Le plus douloureux tient peut-être à l'identité des pays qui ont doublé la France. Son audience a d'abord été dépassée par celle du Canada, puis par celles de l'Italie, de l'Australie et de l'Inde. Et le mouvement pourrait se poursuivre : l'Espagne et la Corée du Sud se rapprochent à leur tour. La France ne recule donc pas uniquement à cause de l'essor chinois, elle perd du terrain face à des voisins qu'elle devançait nettement il y a vingt ans.

La France recule au classement de la recherche

Pourquoi la recherche française décroche-t-elle ?

Le rapport ne se contente pas d'un classement. En croisant la production, les citations et la présence dans les revues les plus exigeantes, il dessine un recul de fond. Plusieurs facteurs se conjuguent, et aucun ne suffit à lui seul à tout expliquer.

Une production qui a fondu de moitié

Premier signal, le volume. La part de la France dans les publications scientifiques mondiales passe de 4,1 % en 2005 à 1,9 % en 2024, soit un recul de près de 54 %. Mécaniquement, moins d'articles publiés, c'est aussi moins de travaux susceptibles d'être cités. L'OST évoque un essoufflement relatif de la production française, alors que d'autres pays accélèrent leur effort.

Physique et ingénierie en première ligne

Toutes les disciplines ne souffrent pas de la même façon. Les sciences physiques et de l'ingénieur sont les plus touchées, avec une audience en baisse de 40,8 % en vingt ans. Un coup dur pour des domaines stratégiques, au cœur de l'industrie, de l'énergie ou de la défense, où l'avance se gagne justement par la recherche.

Des moyens qui ne suivent pas

Reste la question de l'argent, qui revient dans toutes les analyses. Le président-directeur général du CNRS, Antoine Petit, la résume d'une formule : « Si la France investit moins dans la recherche, elle a moins de résultats. » La loi de programmation de la recherche devait pourtant rapprocher le pays de l'objectif de 3 % du PIB consacrés à la R&D. Lors de l'examen du budget 2026, plusieurs rapporteurs de l'Assemblée nationale s'alarmaient déjà du décrochage et du retard pris sur cette trajectoire.

Des chercheurs courtisés à l'étranger

S'y ajoute la bataille des talents. La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a récemment alerté sur des transferts de savoir-faire vers l'étranger, certains acteurs internationaux étant parvenus à débaucher de nombreux chercheurs français. Former des scientifiques de haut niveau ne suffit plus : encore faut-il leur donner l'envie et les moyens de rester.

Les mathématiques, un bastion qui résiste

Tout n'est pas sombre pour autant. La France conserve de solides points d'appui, à commencer par une discipline où elle reste une référence mondiale. C'est aussi dans le grand domaine des sciences exactes que le pays obtient ses meilleurs résultats aux appels à projets du Conseil européen de la recherche, parmi les plus sélectifs du continent.

Une spécialité bien française

Les mathématiques restent la première discipline de spécialisation de la France, selon l'OST. La tradition est ancienne, et elle se mesure aussi en médailles Fields, la plus haute distinction de la discipline. Le probabiliste Hugo Duminil-Copin l'a reçue en 2022 pour ses travaux sur les transitions de phase. Dans les revues les plus prestigieuses, la position française reste d'ailleurs meilleure que son rang global ne le laisse penser.

Un sursaut encore possible ?

Pour l'OST, le temps presse : sans réaction, les tendances observées pourraient s'amplifier et se diffuser plus largement dans la recherche française. Le diagnostic est posé, chiffres à l'appui. Reste à savoir si les prochains budgets en tiendront compte, car en matière de science, les choix d'aujourd'hui dessinent le classement de demain.