- Tesla rebaptise son Full Self-Driving en Tesla Assisted Driving sur ses sites européens.
- Berlin juge l'ancien nom trompeur et soutient en échange une autorisation rapide dans l'Union.
- Le logiciel ne change pas, n'est pas encore autorisé en France et reste une simple aide à la conduite.
Fini le « Full Self-Driving » sur les sites européens de Tesla. Depuis le 9 octobre, le logiciel d'assistance du constructeur américain s'appelle « Tesla Assisted Driving », autrement dit conduite assistée. Le changement apparaît sur les pages allemande, espagnole, néerlandaise ou slovaque de la marque, et touche aussi la France.
Derrière ce simple jeu d'étiquettes se cache un vrai recul. Pendant des années, Tesla a défendu ce nom malgré les critiques, alors que son système impose toujours au conducteur de garder les yeux sur la route. Cette fois, c'est l'Allemagne qui a obtenu gain de cause, et le constructeur espère bien en tirer profit en retour.
Un nom jugé trompeur par Berlin
Le déclic est venu du ministère fédéral allemand des Transports. Mardi 6 octobre, il a estimé publiquement que l'appellation Full Self-Driving était quelque peu trompeuse. Son argument est simple : le système n'assure jamais l'ensemble de la tâche de conduite. Tesla a proposé un nouveau nom dans la foulée, et l'a affiché sur ses sites européens trois jours plus tard.
Pour les autorités, la question n'a rien d'un détail. Un nom qui promet une conduite autonome peut pousser certains conducteurs à relâcher leur attention, voire à lâcher le volant. Les mots ont une influence directe sur la sécurité routière, et c'est précisément ce que Berlin reproche au constructeur depuis des années.
Une conduite toujours sous surveillance
Le mot « Full » promettait une conduite entièrement automatique. La réalité est différente : même dans sa version la plus avancée, le logiciel reste une aide. Le conducteur doit surveiller la route en permanence et reprendre la main à tout moment. Tesla l'admettait d'ailleurs à demi-mot, en ajoutant la mention « Supervised » (supervisé) derrière le nom de son système.
Dans le jargon de l'automobile, on parle d'un système de niveau 2 : la voiture sait tenir sa voie, gérer sa vitesse ou changer de file, mais la responsabilité reste entièrement celle du conducteur. Le niveau 3, lui, permet à la voiture de prendre la responsabilité de la conduite dans certaines conditions précises. Tesla n'en est pas là.

Un vieux contentieux avec l'Allemagne
Ce n'est pas la première fois que l'Allemagne s'en prend aux mots de Tesla. En 2020 déjà, un tribunal de Munich avait interdit au constructeur de vanter dans ses publicités le « plein potentiel de conduite autonome » de ses voitures. Aux États-Unis, le régulateur automobile de Californie a lui aussi accusé la marque de présenter de façon trompeuse ses fonctions Autopilot et Full Self-Driving.
Malgré ces rappels à l'ordre, Tesla avait gardé son appellation partout ailleurs. Le site américain vend toujours le Full Self-Driving (Supervised), à 99 dollars par mois.
Le recul européen n'en est que plus marquant. Pour la première fois, le constructeur accepte de modifier le nom de son produit phare sur tout un continent.
Un recul qui cache un marchandage
Si Tesla cède aussi facilement, c'est qu'il y trouve son compte. En contrepartie du changement de nom, le ministre allemand des Transports, Steffen Bilger, s'est engagé à défendre une autorisation rapide du système dans toute l'Union européenne. L'enjeu est commercial : chaque pays qui ouvre ses routes au logiciel représente de nouveaux abonnés potentiels.
Une autorisation encore pays par pays
Pour l'instant, l'Europe avance en ordre dispersé. Les Pays-Bas ont été les premiers à autoriser le système cette année. Le Danemark, la Belgique, la Slovénie, la République tchèque et la Croatie ont suivi. En Suède et en Italie, les autorités examinent encore si l'ancien nom pouvait faire croire aux consommateurs que la voiture conduisait seule.
Un vote à l'échelle de l'Union européenne pourrait avoir lieu d'ici la fin de l'année. Le soutien de Berlin, premier marché automobile du continent, pèse lourd dans la balance.
Le logiciel, lui, ne change pas
Il faut être clair : seul le nom a changé. Le logiciel est le même qu'avant le 9 octobre. Les pages européennes reprennent d'ailleurs largement le contenu du site américain. Dans les pays où le système n'est pas encore autorisé, Tesla propose une version allégée, baptisée Tesla Assisted Driving Basic.
Certains experts jugent ce changement insuffisant. Missy Cummings, professeure d'ingénierie à l'université George Mason, estime qu'un nouveau nom ne règle rien, et reproche aux autorités européennes de ne pas tenir compte des enquêtes menées aux États-Unis sur ce système.
Ce que cela change pour les conducteurs
Pour les propriétaires de Tesla, le changement est surtout symbolique. Mais il dit beaucoup de l'état réel de la conduite autonome, très loin des promesses faites depuis des années. Il pose aussi la question de l'arrivée du système en France, où il n'est pas encore autorisé.
En France, il faudra encore patienter
La France ne figure pas encore parmi les pays qui ont autorisé le système. Les conducteurs français doivent donc se contenter des fonctions déjà disponibles, en attendant une éventuelle autorisation européenne. Si le vote à l'échelle de l'Union aboutit, le déploiement pourrait ensuite s'accélérer, mais aucun calendrier précis n'est connu à ce stade.
Pour ceux qui envisagent d'acheter une Tesla, mieux vaut se renseigner précisément sur les fonctions réellement actives en France au moment de l'achat, plutôt que sur celles présentées sur les sites étrangers de la marque.
Un nom plus honnête, une vigilance inchangée
Le nouveau nom a au moins un mérite : il dit la vérité sur ce que fait le système. Le logiciel s'est nettement amélioré au fil des années. Certains propriétaires l'utilisent pour la quasi-totalité de leurs trajets quotidiens. Mais il reste une aide, et non un chauffeur.
En cas d'accident, c'est toujours le conducteur qui est responsable. Garder les mains près du volant et les yeux sur la route reste la règle, quel que soit le nom affiché sur l'écran.