- L'Insee prévoit une baisse de 0,4 % du pouvoir d'achat des Français en 2026.
- Les revenus d'activité progressent moins vite que les prix, une première depuis 1993.
- L'énergie, en hausse de 21,3 % sur un an, pèse le plus lourd dans la facture.
Le pouvoir d'achat des Français devrait reculer de 0,4 % en 2026. C'est la prévision de l'Insee, publiée dans sa note de conjoncture du 10 septembre. Le chiffre définitif de l'inflation, connu le 15 octobre, va dans le même sens : les prix montent de 3,1 % sur un an en septembre, leur plus forte hausse depuis février 2024.
Derrière ces pourcentages, le mécanisme est simple. Les revenus progressent, mais moins vite que les dépenses contraintes, au premier rang desquelles l'énergie. Et cette fois, la baisse ne se limite pas à quelques foyers.
Un recul qui touche presque tous les foyers
Une baisse de 0,4 % peut sembler modeste. Sur un revenu de 2 000 € par mois, elle représente pourtant près de 100 € perdus sur l'année. Surtout, elle ne frappe pas les mêmes ménages que l'an dernier, et c'est là que réside le vrai changement.
2025 et 2026, deux baisses très différentes
Le pouvoir d'achat mesure ce que l'argent d'un foyer permet réellement d'acheter, une fois l'inflation prise en compte. L'Insee le calcule à partir du revenu disponible : salaires, pensions, prestations et produits du patrimoine, moins les impôts et les cotisations.
En 2025, l'Insee mesurait déjà un recul de 0,4 %. Il s'expliquait surtout par les dividendes, dont une partie avait été versée par anticipation fin 2024. Peu de foyers étaient réellement concernés, puisque seule une minorité détient des actions.
En 2026, la situation change de nature. Selon l'Insee, la baisse affecterait cette fois une large partie des ménages. Sur le seul deuxième trimestre, le pouvoir d'achat par unité de consommation a reculé de 0,6 %.
Une première depuis 1993
Selon l'Insee, le pouvoir d'achat des ménages devrait reculer de 0,4 % en 2026, car les revenus d'activité progressent moins vite que les prix. Hors crise sanitaire, cela n'était pas arrivé depuis 1993.
Dans le privé, les négociations salariales suffisent tout juste à compenser l'inflation. Dans la fonction publique, les rémunérations reculeraient de 0,8 % une fois la hausse des prix déduite. Les agents de l'État, des collectivités et des hôpitaux figurent parmi les premiers perdants.
Concrètement, une augmentation de 2 % ne suffit plus quand la facture d'énergie grimpe de plus de 20 %. La fiche de paie progresse, mais le compte en banque se vide plus vite. C'est ce sentiment, largement partagé, que traduit aujourd'hui la statistique.

L'énergie fait grimper la facture
En 2025, la hausse moyenne des prix n'avait été que de 0,9 %, selon l'OFCE. Le rebond est net depuis l'été : 2,4 % en août, puis 3,1 % en septembre. Un seul poste explique l'essentiel de cette accélération, et il touche des dépenses que personne ne peut repousser.
Carburant et gaz en première ligne
Sur un an, les prix de l'énergie bondissent de 21,3 %. L'Insee pointe surtout les produits pétroliers et le gaz. Plein d'essence, chauffage, eau chaude : ces dépenses ne se reportent pas, et elles pèsent d'autant plus que le revenu est modeste.
Les ménages qui roulent beaucoup ou se chauffent au gaz ou au fioul sont les plus exposés. Un couple de salariés à la campagne, qui parcourt chaque jour plusieurs dizaines de kilomètres pour travailler, ressent la hausse bien avant de la lire dans les statistiques.
Contrairement à un vêtement ou à une sortie, ces achats ne s'ajustent pas d'un mois à l'autre. Il faut bien aller travailler, et chauffer son logement quand le froid arrive. Chaque passage à la pompe ou relevé de compteur rappelle cette réalité.
Le reste du panier reste sage
Hors énergie, le tableau est plus calme. L'alimentation progresse de 1,4 % sur un an et les services de 2,4 %. Les produits manufacturés, eux, baissent encore de 0,3 %.
| Poste | Évolution sur un an (septembre 2026) |
|---|---|
| Ensemble des prix | +3,1 % |
| Énergie | +21,3 % |
| Tabac | +3,3 % |
| Services | +2,4 % |
| Alimentation | +1,4 % |
| Produits manufacturés | -0,3 % |
| Inflation sous-jacente | +1,5 % |
L'inflation sous-jacente, qui exclut les prix les plus volatils, s'établit à 1,5 %. La flambée vient bien de l'énergie, et non d'une hausse généralisée de tous les produits. Une nuance qui compte : si le pétrole et le gaz se calment, l'inflation peut retomber vite.
Comment les ménages encaissent-ils le choc ?
Face à cette perte, les foyers disposent d'un matelas que les générations précédentes n'avaient pas toujours. Ils puisent dedans pour tenir. La marge n'est pourtant pas infinie, d'autant que l'emploi commence à flancher.
L'épargne joue l'amortisseur
Le taux d'épargne des ménages atteignait 17,2 % du revenu disponible au deuxième trimestre 2026. C'est nettement plus que la moyenne des années 2010, autour de 14,6 % selon l'OFCE.
Les Français mettent ainsi moins de côté pour maintenir leurs achats. Ce réflexe protège la consommation à court terme. Il a pourtant un revers : chaque euro prélevé sur l'épargne manquera demain pour un projet ou un coup dur.
Tous les foyers ne disposent pas de ce coussin. L'épargne reste très concentrée chez les plus aisés, tandis que les ménages modestes mettent peu de côté. Pour eux, la hausse de l'énergie se traduit directement par des arbitrages : moins de sorties, des courses resserrées, un thermostat baissé d'un degré.
Croissance en berne, chômage en hausse
L'Insee a abaissé sa prévision de croissance pour 2026, de 0,7 % à 0,4 %. Le PIB a stagné au deuxième trimestre, après un recul de 0,2 % au premier. Les entreprises suppriment plus de postes qu'elles n'en créent, et le chômage remonte.
Moins d'embauches, c'est aussi moins de marge pour négocier. Un marché du travail qui se dégrade affaiblit la position des salariés face à leur employeur. Le décalage entre revenus et prix risque de durer un peu plus longtemps.
Pour 2027, l'OFCE tablait au printemps sur un léger rebond, porté par un reflux attendu des prix de l'énergie. Tout dépendra du pétrole et du gaz dans les prochaines semaines. Le chiffre provisoire de l'inflation d'octobre, publié par l'Insee à la fin du mois, donnera une première indication.