- La tour Eiffel a été construite pour l'Exposition universelle de 1889, comme structure provisoire.
- Détestée par une partie du monde des arts, elle devait être démontée vingt ans plus tard.
- La radio l'a sauvée de justesse, avant qu'elle ne devienne le symbole de Paris.
Aujourd'hui symbole de Paris dans le monde entier, la tour Eiffel n'était au départ qu'une structure provisoire, construite pour une exposition et vouée à être démontée vingt ans plus tard. Retour sur l'histoire mouvementée d'un monument que presque tout le monde voulait voir disparaître à sa naissance.
Un pari pour l'Exposition universelle de 1889
Tout commence par un concours. En 1886, l'État français lance un appel à projets pour ériger, sur le Champ-de-Mars, une tour de 300 mètres à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889. L'événement doit célébrer le centenaire de la Révolution française.
C'est le projet de l'ingénieur Gustave Eiffel, déjà réputé pour ses ponts métalliques et sa participation à la structure interne de la statue de la Liberté, qui est retenu. Le concept d'origine vient en réalité de deux de ses ingénieurs, Maurice Koechlin et Émile Nouguier. L'architecte Stephen Sauvestre y ajoute ensuite les arches décoratives à la base et les touches qui donneront à la tour son allure définitive.
Un ingénieur déjà reconnu avant la Tour Eiffel
Gustave Eiffel n'en est pas à son coup d'essai lorsqu'il remporte le concours. Son entreprise s'est déjà fait un nom dans la construction de ponts et d'ouvrages métalliques à travers l'Europe. Parmi eux, le viaduc de Garabit, dans le Cantal, achevé en 1884 et longtemps considéré comme un chef-d'œuvre d'ingénierie. Ses ateliers ont aussi conçu la structure métallique interne de la statue de la Liberté, offerte par la France aux États-Unis et inaugurée en 1886, trois ans avant la tour parisienne.
C'est cette expertise reconnue en construction métallique qui pèse en sa faveur face aux autres projets soumis au concours de 1886. Certains proposaient des tours en pierre ou en briques, jugées irréalisables à une telle hauteur avec les techniques de l'époque.

Un chantier record pour l'époque
Les travaux démarrent en janvier 1887 et s'achèvent en mars 1889, soit deux ans, deux mois et cinq jours, un délai jugé extrêmement court pour une structure de cette ampleur. Environ 7 300 tonnes de fer puddlé sont assemblées à partir de 18 000 pièces métalliques, reliées entre elles par plus de deux millions et demi de rivets, posés pour beaucoup directement sur le chantier.
À son achèvement, la tour culmine à 300 mètres : c'est la plus haute structure jamais construite par l'homme. Elle conservera ce record jusqu'à l'inauguration du Chrysler Building à New York, en 1930. Avec les antennes ajoutées au fil du XXe siècle, elle atteint aujourd'hui environ 330 mètres.
Une inauguration précipitée
Le 31 mars 1889, Gustave Eiffel grimpe lui-même les marches jusqu'au sommet pour y planter le drapeau français, quelques jours seulement avant l'ouverture officielle de l'Exposition universelle. L'événement ouvre ses portes le 6 mai 1889, et la tour accueille ses premiers visiteurs le 15 mai. Certains aménagements intérieurs, comme les ascenseurs hydrauliques, ne sont finalisés que dans les semaines suivantes.
Le succès populaire est immédiat, malgré les critiques : près de deux millions de visiteurs montent dans la tour pendant les six mois de l'Exposition. Un chiffre qui contraste fortement avec le rejet exprimé par une partie des artistes deux ans plus tôt.

Une tour détestée par une partie du monde des arts
Le projet ne fait pas l'unanimité, loin de là. Dès les premières semaines du chantier, une pétition intitulée « Protestation des artistes contre la tour de M. Eiffel » circule et rassemble plusieurs signatures prestigieuses : l'écrivain Guy de Maupassant, le compositeur Charles Gounod, ou encore l'architecte Charles Garnier, à qui l'on doit l'Opéra de Paris.
Les signataires y comparent l'ouvrage à une tour de Babel de fer, jugée disgracieuse au milieu des monuments historiques de la capitale. Ils redoutent qu'elle n'écrase de son ombre Notre-Dame, le Louvre ou l'Arc de triomphe. Guy de Maupassant ira jusqu'à raconter qu'il déjeunait régulièrement au restaurant de la tour, non par goût pour l'endroit, mais parce que c'était le seul point de Paris d'où il pouvait manger sans la voir.
Sauvée de justesse... par la radio
L'autorisation de construire accordée à Gustave Eiffel prévoyait explicitement que la tour serait démontée au bout de vingt ans, une fois sa concession arrivée à son terme, soit vers 1909. Pendant plusieurs années, sa disparition programmée ne fait guère de doute.
Ce qui la sauve, c'est son utilité inattendue pour les communications sans fil. Dès le début du XXe siècle, la tour sert de support à des antennes de télégraphie, puis de radiodiffusion. Le général Gustave Ferrié, pionnier de la radio militaire française, joue un rôle décisif en installant sur la tour un poste capable de communiquer à très longue distance. Il démontre ainsi son intérêt bien au-delà du simple symbole touristique.
Pendant la Première Guerre mondiale, elle permet à l'armée française d'intercepter des communications ennemies, et aurait même contribué à l'arrestation de l'espionne Mata Hari. Ce rôle stratégique achève de convaincre les autorités de la conserver plutôt que de la démolir comme prévu initialement.

La tour Eiffel aujourd'hui
Plus d'un siècle après avoir échappé à la démolition, la tour Eiffel reste le monument payant le plus visité au monde, avec environ sept millions de visiteurs par an avant la pandémie de Covid-19. Elle compte 1 665 marches jusqu'au sommet, mais le public ne peut en gravir que 674, qui mènent au deuxième étage. La grande majorité des visiteurs empruntent les ascenseurs.
Repeinte tous les sept ans environ pour la protéger de la corrosion, elle change légèrement de teinte à chaque campagne, dans des nuances de brun-rouge baptisées brun Eiffel. Devenue un symbole international de Paris et de la France, elle continue d'accueillir de grands événements. Cela va des illuminations pour le Nouvel An aux compétitions sportives, comme lors des Jeux olympiques de Paris en 2024, où elle a servi de décor à plusieurs épreuves.