- Le frisson est une série de contractions musculaires qui servent à produire de la chaleur.
- Avec la fièvre, le cerveau relève son thermostat : le corps grelotte pour atteindre cette cible.
- Des frissons violents avec une forte fièvre justifient un avis médical rapide.
Une porte qui s'ouvre sur un vent glacial, une grippe qui s'installe, un refrain qui prend aux tripes : dans les trois cas, le corps réagit de la même façon. Il frissonne. Ce réflexe banal cache pourtant une mécanique assez fine, pilotée depuis le cerveau.
Le frisson est une série de contractions musculaires involontaires et rapides, déclenchée par l'hypothalamus pour produire de la chaleur. C'est la définition qu'en donnent les manuels de physiologie. Mais cette réponse au froid ne dit pas tout, car on peut aussi frissonner bien au chaud, sous une couette ou dans une salle de concert.
Un chauffage d'appoint piloté par le cerveau
Le corps humain fonctionne au mieux autour de 37 °C. Quelques degrés de moins et les organes commencent à souffrir. Pour garder ce cap, l'organisme dispose de plusieurs leviers, et le frisson n'est pas le premier qu'il actionne. Il intervient quand les mesures plus discrètes ne suffisent plus.
Un régulateur pas plus gros qu'une amande
Situé à la base du cerveau, l'hypothalamus fait office de thermostat. Il reçoit en permanence les informations de capteurs de température répartis dans la peau et à l'intérieur du corps. Quand l'air se refroidit, il réagit d'abord en resserrant les petits vaisseaux de la peau. Le sang reste ainsi au centre, autour des organes vitaux, et la chaleur s'échappe moins.
Si cela ne suffit pas, l'hypothalamus passe à l'étape suivante. Il envoie aux muscles l'ordre de se contracter, encore et encore. C'est le frisson, qu'on appelle aussi grelottement quand il devient franc.
Un effort qui ne sert qu'à chauffer
Pendant un frisson, des muscles opposés se contractent en même temps, très vite et sans coordination. Le corps ne fait aucun geste utile, mais toute cette énergie dépensée se transforme en chaleur. Selon les études de physiologie, un grelottement intense peut multiplier par 5 la production thermique du corps au repos. Les dents qui claquent en sont la version la plus visible : ce sont les muscles de la mâchoire qui s'y mettent.
Ce chauffage coûte cher en énergie et ne peut pas durer indéfiniment. Il existe d'ailleurs un signal d'alarme méconnu : lors d'une hypothermie sévère, quand la température du corps descend vers 32 °C, les frissons s'arrêtent. Une personne transie qui cesse de trembler sans s'être réchauffée ne va donc pas mieux, bien au contraire.

Pourquoi grelotte-t-on quand on a de la fièvre ?
C'est le paradoxe que tout le monde a vécu un jour de grippe. Le thermomètre affiche 39 °C, et pourtant on claque des dents sous trois couvertures. Ce n'est pas un bug du corps. C'est au contraire le signe que la fièvre se met en place, exactement comme prévu.
Un thermostat relevé par l'infection
Face à un virus ou une bactérie, le système immunitaire libère des messagers chimiques, les cytokines. Ils déclenchent dans le cerveau la production de prostaglandines, qui agissent directement sur l'hypothalamus. Résultat : le thermostat est relevé, par exemple de 37 à 39 °C.
À cet instant, le corps est toujours à 37 °C, mais le cerveau le juge désormais trop froid. Il lance donc tout l'arsenal habituel : peau qui pâlit, mains glacées, frissons. D'après le manuel médical MSD, ces mécanismes continuent jusqu'à ce que le sang qui irrigue l'hypothalamus atteigne la nouvelle valeur visée. La fièvre n'est pas une maladie mais une défense, qui freine la multiplication de nombreux microbes.
Le phénomène inverse se produit quand la fièvre tombe. Le thermostat revient à sa position normale, et le corps, devenu trop chaud, se met à transpirer pour évacuer l'excédent. D'où les sueurs qui suivent souvent une nuit fiévreuse. Le paracétamol agit d'ailleurs à ce niveau : il freine les prostaglandines et ramène le réglage vers le bas.
Les frissons qui doivent alerter
La plupart des grelottements fiévreux accompagnent une infection banale. Les médecins distinguent toutefois une simple sensation de froid de vrais frissons, intenses, avec tremblements et claquements de dents. Ces derniers évoquent davantage une infection bactérienne et méritent plus d'attention.
Un avis médical rapide s'impose quand ces frissons s'accompagnent d'une forte fièvre et d'un état général qui se dégrade : confusion, essoufflement, taches sur la peau, douleur en urinant ou dans le bas du dos. La vigilance doit être plus grande chez un nourrisson, une personne âgée, après une opération, pendant une chimiothérapie ou au retour d'un voyage en zone tropicale, où le paludisme se manifeste souvent ainsi. Au moindre doute, le 15 reste le bon réflexe.
Peut-on frissonner sans avoir froid ?
Le frisson ne sert pas qu'à réchauffer. Il accompagne aussi la peur, la surprise ou une émotion forte, sans aucun lien avec la température. Ces réactions passent par d'autres circuits du système nerveux. Elles s'expliquent en partie par un passé très lointain.
La chair de poule, un héritage de nos ancêtres
Sous chaque poil se cache un minuscule muscle, appelé arrecteur. En se contractant, il le redresse et soulève la peau autour : c'est la chair de poule. Chez nos lointains ancêtres couverts de fourrure, ce réflexe emprisonnait une couche d'air isolante. Il permettait aussi de paraître plus gros face à un danger, comme le chat qui hérisse son dos.
L'être humain a perdu sa fourrure, mais pas le réflexe. Lors d'une frayeur, l'adrénaline libérée par le système nerveux déclenche la même réaction. D'où cette sensation de frisson dans le dos devant un film d'horreur, alors que la pièce est parfaitement chauffée.
Un refrain qui donne des frissons de plaisir
Le cas le plus étonnant reste celui de la musique. Entre la moitié et les deux tiers des gens ont déjà ressenti un frisson en écoutant un morceau, souvent lors d'une montée ou d'un changement inattendu. En 2011, une équipe de l'université McGill, à Montréal, a montré dans la revue Nature Neuroscience que ces frissons s'accompagnent d'une libération de dopamine, la molécule du plaisir et de la récompense.
Plus surprenant encore, le cerveau en libère déjà quelques secondes avant le passage attendu, par simple anticipation. C'est ce qui explique qu'une chanson connue par cœur continue de donner la chair de poule au même endroit, à chaque fois. Une preuve de plus que le frisson, loin d'être un simple tremblement, raconte beaucoup de ce qui se passe à l'intérieur.