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Pourquoi les fruits et légumes coûtent-ils si cher ?

Économie Publié le 25/10/2026 par Hervé -  5 min - 25 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Le Sénat a rejeté un texte imposant 80 produits sains vendus sans marge en grande surface.
  • Selon un rapport sénatorial, les fruits et légumes frais portent souvent des marges élevées.
  • Le bio y coûte en moyenne 57 % plus cher que le non bio, contre 12,5 % en circuit court.

Un filet de tomates à prix d'or d'un côté, un pack de soda en promotion de l'autre. Dans les allées d'un hypermarché, le contraste saute aux yeux. Beaucoup de foyers ont l'impression que manger sainement coûte toujours plus cher. Jeudi 22 octobre, le Sénat a pourtant rejeté une proposition de loi qui voulait imposer un panier de 80 produits sains vendus sans marge. Derrière ce vote, une question très concrète reste posée : pourquoi le rayon frais pèse-t-il autant sur le ticket de caisse ?

Que prévoyait le texte rejeté par le Sénat ?

La proposition était portée par l'écologiste Antoinette Guhl, élue de Paris. Elle avait déjà été écartée en commission des affaires économiques quelques jours plus tôt. En séance, la majorité des élus a confirmé ce refus. Une quarantaine d'associations, dont Foodwatch et Familles rurales, soutenaient pourtant la mesure.

80 produits sains vendus sans marge

Le texte visait les magasins de surface supérieure à 400 m² appartenant à une enseigne comptant 5 points de vente ou plus. Ils auraient dû proposer en permanence au moins 80 références à prix coûtant, sur environ 6 000 en rayon. Le choix devait suivre les repères du Programme national nutrition santé : fruits et légumes, féculents complets, poisson, lentilles ou pois chiches.

Le prix coûtant ne signifiait pas vendre à perte. Il incluait la manutention, le stockage, le personnel et l'énergie liés à la vente. Ces produits auraient aussi échappé à la majoration de 10 % du seuil de revente à perte, instaurée par la loi EGalim en 2018. Enfin, les enseignes n'auraient pas eu le droit de reporter ce coût sur les agriculteurs.

Les raisons d'un rejet

Les opposants ont surtout invoqué la liberté d'entreprendre et celle des prix, inscrites dans le Code de commerce. Hors crise exceptionnelle, aucune obligation durable de vente à prix coûtant n'existe en France. Des élus ont aussi douté qu'un tel tarif puisse être calculé, puis contrôlé en magasin. Le sénateur Joseph Francis a jugé que l'État ne devait pas résoudre chaque difficulté en imposant des obligations aux entreprises.

D'autres craignaient un effet pervers : un panier rempli de produits importés bon marché, au détriment des agriculteurs français. Les petits commerces de proximité, non concernés, auraient enfin pu être poussés à s'aligner. Le gouvernement, par la voix d'Anne Le Hénanff, a dit partager l'ambition du texte, tout en préférant une démarche incitative.

Fruits et légumes sont de plus en plus chers

Pourquoi le rayon frais pèse-t-il autant ?

Le débat ne sort pas de nulle part. En mai 2026, une commission d'enquête du Sénat sur les marges des industriels et de la grande distribution a publié son bilan, après 189 auditions. Antoinette Guhl en était la rapporteure, et Anne-Catherine Loisier, sénatrice centriste de la Côte-d'Or, la présidente. Ses conclusions éclairent ce que chacun constate en faisant ses courses.

Des marges qui varient selon les rayons

Les grandes enseignes ne gagnent pas la même somme sur tout ce qu'elles vendent. Le rapport décrit une péréquation des marges. Des produits d'appel, comme des grandes marques ou des aliments transformés, sont vendus avec une marge très faible, parfois nulle. Pour compenser, d'autres rapportent davantage.

D'après la commission, les fruits et légumes frais font partie des produits les plus margés. Les références françaises comme les tomates ou les fraises servent à équilibrer les comptes. Le rapport estime que 47 % des ventes aux consommateurs sont marquées par la guerre des prix entre enseignes. Les marges nettes des distributeurs restent pourtant faibles, autour de 0,7 % du chiffre d'affaires en 2023.

Un écart encore plus net sur le bio

Le phénomène est frappant sur l'alimentation biologique. Selon la commission d'enquête du Sénat, un produit bio coûte en moyenne 57 % plus cher que son équivalent non bio en grande surface, contre 12,5 % en circuit court. L'écart de prix ne vient donc pas seulement du coût de production.

Les marques de distributeur, de leur côté, représentent 36 % du marché français. Elles sont vendues 25 à 35 % moins cher que les grandes marques, tout en offrant aux enseignes une rentabilité plus élevée.

Que peut-on attendre maintenant ?

Le rejet du panier à prix coûtant ne clôt pas le dossier. Les associations comptent continuer à défendre l'idée, et le rapport sénatorial a formulé 24 propositions, sans lien avec ce texte. Pendant ce temps, une enquête citée en séance indique que 58 % des ménages réduisent leurs dépenses alimentaires.

Plus de transparence en magasin

Parmi les pistes du rapport figure l'affichage obligatoire des marges sur les produits non transformés, en commençant par les fruits et légumes. La commission propose aussi de publier chaque année une comparaison entre l'évolution des prix en magasin et celle des tarifs négociés avec les fournisseurs. Elle souhaite enfin renforcer l'Observatoire de la formation des prix et des marges.

Aucune de ces mesures n'est encore inscrite dans la loi. Elles montrent toutefois que la transparence sur les marges est devenue un sujet de fond, au-delà du seul vote de cette semaine.

Quelques réflexes pour payer moins cher

Sans attendre une nouvelle loi, des habitudes permettent de limiter la note. Les produits de saison sont en général moins chers, car plus abondants. Les marchés et la vente directe à la ferme réduisent le nombre d'intermédiaires, ce qui explique l'écart mesuré sur le bio en circuit court. Congeler une partie des fruits achetés en pleine saison permet aussi d'en profiter plus tard, à moindre coût.

Comparer le prix au kilo reste aussi un bon réflexe, car les conditionnements trompent souvent l'œil. Enfin, les marques de distributeur offrent une alternative moins coûteuse pour les conserves ou les légumineuses, qui gardent leurs qualités nutritionnelles.