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Lockers à colis : pourquoi les supermarchés en raffolent ?

E-commerce Publié le 26/10/2026 par Hervé -  6 min - 43 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Mondial Relay passe de 300 lockers en 2021 à plus de 10 000 début 2026.
  • Chaque casier attire 70 à 100 clients par jour sur les parkings de supermarché.
  • Les députés veulent encadrer des installations qui se font sur terrain privé.

Un casier à colis posé près des caddies, c’est devenu un décor familier. En quelques années, les consignes automatiques à colis ont gagné les parkings de supermarché, les gares et les stations-service. Derrière cette multiplication, il y a une logique commerciale bien rodée.

Selon la proposition de loi n° 2673 déposée à l’Assemblée nationale en avril 2026, Mondial Relay est passé de 300 lockers en 2021 à 9 000 en 2025. Les supermarchés accueillent ces casiers parce que chacun attire entre 70 et 100 clients par jour, d’après Mondial Relay, et que ce passage peut se transformer en achats.

Sur le parking, le colis fait venir le client

Le supermarché n’a pas choisi ses voisins au hasard. Un parking offre de la place, de l’électricité et surtout du passage. Pour un opérateur de colis, c’est l’endroit rêvé pour installer un casier.

70 à 100 clients par jour devant chaque casier

Mondial Relay le dit sans détour : ses lockers attirent entre 70 et 100 clients par jour. Charge aux enseignes de transformer ce trafic, précise son directeur général. Autrement dit, quelqu’un qui vient chercher un colis peut repartir avec un sac de courses.

Le calcul est simple pour l’enseigne. Un habitant qui n’aurait pas franchi la porte du magasin la franchit peut-être pour acheter du pain ou un pack d’eau. Le casier joue alors le rôle d’une vitrine posée sur le parking.

Mondial Relay espère aussi toucher une clientèle plus pressée, qui veut retirer ou déposer un colis en quelques secondes. Le casier répond à ce besoin mieux qu’un comptoir avec une file d’attente.

Une installation qui coûte peu à l’enseigne

Mondial Relay installe une bonne partie de ses lockers sur les parkings des enseignes, en partenariat avec elles. L’entreprise se contente de rembourser au magasin les travaux et l’alimentation électrique, selon le Journal du Net.

Pour le transporteur, l’intérêt est tout aussi net. Un casier accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 regroupe des dizaines de colis au même endroit. Il évite les livraisons manquées à domicile et simplifie les tournées.

Les opérateurs ajoutent un argument écologique : un casier réunit les colis de tout un quartier, ce qui limite le nombre de camions sur les routes. L’idée est celle d’un transport en commun pour colis.

Les lockers en forte progression

Des centaines de casiers en 2021, des milliers aujourd’hui

Le mouvement a démarré tard en France, mais il s’accélère. Le directeur général de Mondial Relay expliquait ce retard par la densité des points relais. Des acteurs comme Amazon ont aussi habitué les internautes à retirer leurs achats en casier.

Les voisins européens ont pris de l’avance. D’après le directeur général de Mondial Relay, InPost possède 16 000 lockers en Pologne et DHL en a installé plus de 8 000 en Allemagne. Ces chiffres datent de quelques années, mais ils donnent une idée du potentiel que les opérateurs voient en France.

Mondial Relay passe de 300 à plus de 10 000 consignes

Mondial Relay comptait 300 lockers en 2021 et 9 000 en 2025, indique la proposition de loi n° 2673. Début 2026, l’AFP en compte plus de 10 000. Le réseau en fait sa stratégie prioritaire.

L’entreprise vise l’ouverture de 4 000 consignes en 2026. Dans le même temps, elle compte 7 000 points relais, après en avoir fermé environ 3 500 l’année précédente. Le casier prend donc la place d’une partie des commerçants qui remettaient les colis.

En avril 2024, Mondial Relay a dévoilé à Paris, dans le 15e arrondissement, un espace baptisé Mondial Relay City. Ouvert 7 jours sur 7, de 7 h à 23 h, il permet de retirer et de déposer ses colis en lockers. L’entreprise pense désormais le casier comme un lieu à part entière.

La Poste, Relais Colis et Quadient s’y mettent aussi

Mondial Relay n’est pas seul sur ce terrain. Avec sa filiale Pickup, La Poste est passée en 3 ans de 800 à 6 000 consignes. Son objectif : 8 500 casiers fin 2026.

Du côté de Relais Colis, plus de 200 consignes ont été livrées dans les supermarchés, hypermarchés et drives Auchan depuis novembre 2023, d’après une analyse de Xerfi de 2024. Relais Colis vise à en dépasser 400. Elles viennent de Quadient, qui exploite un réseau ouvert à plusieurs transporteurs.

Les supermarchés ne sont pas les seuls hôtes. Quadient avait déjà équipé 62 magasins Decathlon en 2022, selon le Journal du Net. Ses casiers se trouvent aussi dans des stations-service, des laveries et des petits commerces, d’après Xerfi.

Les points relais et les mairies face aux casiers

Le succès des lockers ne fait pas que des heureux. Les points relais installés chez les commerçants voient arriver un concurrent qui ne ferme jamais. Les communes, elles, découvrent que ces casiers s’installent souvent sans qu’elles aient leur mot à dire.

Des casiers posés sur terrain privé

L’exposé des motifs de la proposition de loi n° 2673 le note : sans réglementation encadrée, l’installation des lockers se fait surtout sur le domaine privé, comme les parkings de supermarché. Déposé en avril 2026, le texte vise à réguler l’implantation des consignes dans les communes et à soutenir les commerces de proximité.

Il s’intéresse aussi aux distributeurs automatiques de pizzas, de pain ou de produits agricoles, installés aux mêmes endroits. Les auteurs soulignent que ces équipements répondent à une logique d’accessibilité en voiture.

Les auteurs du texte jugent par ailleurs imminent le déploiement de lockers Shein. Au-delà de l’enjeu économique, ils évoquent l’occupation du territoire et la publicité commerciale.

Au Sénat, Édouard Courtial, sénateur de l’Oise, a interrogé le gouvernement en février 2026. Il évoque des communes démunies face aux lockers posés sur des terrains privés en zone résidentielle, avec des questions de nuisances et de tranquillité publique. Le ministère du Commerce a répondu en juin 2026.

Une taxe d’un euro par colis proposée

La députée socialiste Mélanie Thomin a déposé une proposition de loi pour réguler l’installation des consignes. Elle souhaite notamment une taxe communale de 1 € sur chaque colis, rapporte l’AFP. Le but affiché est de soutenir les commerces de proximité.

En attendant, les casiers continuent de se multiplier sur les parkings. Le supermarché y trouve du passage, l’opérateur des tournées plus simples et les habitants un retrait rapide.