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Le culte de Rama V en Thailande

Ses adeptes se recrutent dans les classes moyennes mais aussi parmi les Thaï "nouveaux riches" faisant carrière dans le commerce ou les professions libérales.

A Bangkok, c’est autour de la statue de bronze de Rama V érigée sur la Royal Plaza (face à l’angle sud-est du Palais du trône Vimanmek/Abhisek, d’où le très vénéré roi gouvernait en monarque absolu) que s’exprime le plus ostensiblement l’ardeur des nouveaux catéchumènes. Cette effigie profane, à l’origine simple commémoration historique, se transforme aujourd’hui en véritable autel, où tous les mardi soirs, des milliers de fidèles viennent déposer leurs offrandes. Les dévotions commencent aux alentours de 21h et se poursuivent jusqu’aux premières heures de l’aube.

D’un bout à l’autre de la Thaïlande, on s’arrache les portraits de Rama V. Certains dévots les placent au sein de l’autel domestique, d’autres arborent, autour du cou, à la place de la traditionnelle amulette bouddhiste, une effigie en porcelaine du roi, montée sur une chaîne d’or.

Si, en apparence, aucun événement particulier n’est à l’origine de ce mouvement, il semble néanmoins découler d’un regain de défiance à l’égard de la monarchie constitutionnelle, notamment parmi l’intelligentsia, après le coup d’état de 1991, et la récession économique des années 1990-92. La multiplication des problèmes - celui de la drogue, entre autres - engendra un rejet diffus de la politique moderne, de la technologie et des biens matériels, conduisant certains Thaïlandais à chercher une nouvelle voie spirituelle auréolée d’une vague justification historique.

Ils s’emparèrent alors de Rama V, qui sut, sans l’aide d’un parlement ni l’appui des forces militaires, porter le nationalisme thaï à son zénith et déjouer les menées du colonialisme européen. Il reste aussi, pour beaucoup, le champion des droits du citoyen, ayant aboli l’esclavage et la "corvée".

Paradoxalement, les adorateurs de Rama V ont oublié, pour la plupart, que leur idole, durant son règne, a bradé une part non négligeable de son royaume au profit de l’Indochine française et de la Malaisie britannique, amputant le territoire national plus qu’aucun de ses prédécesseurs ne l’avait fait, depuis Sukhothai. Il est également responsable, pour une grande part, de l’"occidentalisation" du pays. Il fut le premier roi à voyager en Europe, en 1897, puis en 1907.

Après avoir vu les Européens se servir de fourchettes, couteaux et cuillers, il incita ses sujets, qui jusque-là, mangeaient avec leurs doigts, à renoncer aux usages traditionnels. De même, il importa les premières chaises. Au retour d’un de ses séjours en Europe, il exigea de sa concubine favorite qu’elle se laiss‚t pousser les cheveux pour obéir aux critères de la mode occidentale; depuis l’ère ayuthayenne, toutes les femmes thaï portaient, en effet, les cheveux courts.

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Actualité publiée par Ludovic - 587 lectures

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