- Depuis le 24 août, un radar de chantier flashe au-delà de 30 km/h porte de Montreuil.
- Surnommé le radar fou, il déclenche une vive polémique sur les réseaux sociaux.
- Face au tollé, la préfecture de police annule toutes les infractions déjà dressées.
Depuis le 24 août, un radar installé porte de Montreuil, sur le périphérique parisien, flashe tous les automobilistes qui dépassent 30 km/h. Vidéos à l'appui, l'appareil est devenu en quelques jours l'un des sujets les plus commentés sur les réseaux sociaux, où certains internautes l'ont vite surnommé le radar fou. Face à la polémique, la préfecture de police vient d'annoncer l'annulation de tous les procès-verbaux déjà dressés.
Une vitesse abaissée à 30 km/h
La porte de Montreuil est en plein chantier. La Ville de Paris y a lancé un projet de réaménagement de grande ampleur : la première phase doit durer jusqu'en juin 2027, et l'ensemble des travaux ne sera terminé qu'en 2030. Environ 80 000 véhicules empruntent chaque jour ce tronçon du périphérique.
Le radar contrôle les automobilistes sur une portion où le nombre de voies a été réduit pour laisser la place au chantier. C'est cette configuration resserrée qui justifie, aux yeux des autorités, un abaissement temporaire de la vitesse le temps des travaux.
Depuis le 1er octobre 2024, la vitesse maximale autorisée sur l'ensemble du périphérique parisien est de 50 km/h. Mais au niveau des travaux, un panneau à message variable impose une limite bien plus stricte, en affichant « Zone chantier = 30 km/h ».

Un radar qui ne s'arrête jamais
Ce qui distingue ce radar des autres dispositifs de chantier, c'est qu'il fonctionne en continu, jour et nuit, week-ends compris, même quand aucun ouvrier ne travaille sur la zone. La plupart des radars de chantier sont désactivés en dehors des horaires de travail, justement parce que le danger qu'ils sont censés prévenir (la présence d'ouvriers à proximité de la circulation) disparaît avec eux. Celui de la porte de Montreuil, lui, reste actif 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Résultat : des automobilistes se retrouvent flashés en pleine nuit ou un dimanche, alors qu'aucun chantier n'est visible aux alentours. Beaucoup racontent avoir été surpris par le passage brutal de 50 à 30 km/h, sans avoir eu le temps de bien voir la signalisation avant le radar.
Une association dénonce une machine à cash
L'association 40 millions d'automobilistes s'est emparée du sujet. Son délégué général, Pierre Chasseray, parle d'une « limitation de vitesse totalement abusive » et d'« une machine à cash, une machine à flash ». Selon des images filmées de nuit par l'association, jusqu'à 18 véhicules seraient flashés en quatre à cinq minutes.
À partir de cette estimation, plusieurs médias ont avancé des projections de recettes vertigineuses : jusqu'à 750 000 € par jour, ou entre 52 et 131 millions par an selon les hypothèses retenues. Ces chiffres restent des extrapolations, construites à partir de quelques minutes de vidéo, et ne reflètent pas forcément le nombre réel de PV envoyés ni les sommes effectivement recouvrées.
Ils ont quand même suffi à mettre le feu aux réseaux sociaux. Les vidéos montrant le radar flasher voiture après voiture, à intervalles très rapprochés, ont été partagées des milliers de fois. Elles ont alimenté un flot de commentaires moqueurs ou indignés contre ce qui est perçu comme un piège plus qu'un outil de prévention.
Chaque infraction constatée dans la zone à 30 km/h expose à une amende forfaitaire de 135 €, ramenée à 90 € en cas de paiement rapide, et au retrait d'un point sur le permis. Une petite tolérance technique existe, puisque le déclenchement interviendrait à partir de 32 km/h environ.
Face à la polémique, la préfecture recule
Sollicitée par TF1info, la préfecture de police de Paris a annoncé l'annulation de tous les procès-verbaux déjà dressés par ce radar. Une décision rare, qui confirme que la mise en place du dispositif a posé un vrai problème, au-delà de la simple grogne en ligne.
La préfecture n'a en revanche donné aucune précision sur les critères qui pourraient conduire à désactiver le radar en dehors des heures de chantier, ni sur l'avenir du dispositif à plus long terme. Rien n'indique, à ce stade, que les prochains flashs seront eux aussi automatiquement annulés.
Peut-on encore contester une amende de radar ?
Pour ceux qui recevraient malgré tout un avis de contravention lié à un radar, la procédure de contestation reste la même partout en France. La requête en exonération se dépose en ligne sur le site de l'Antai (Agence nationale de traitement automatisé des infractions), dans un délai de 45 jours à compter de l'envoi de l'avis. Plusieurs motifs sont recevables : véhicule volé ou cédé, erreur d'identification de la plaque, ou encore signalisation jugée insuffisante ou trompeuse. Ce dernier argument prend justement tout son sens dans une zone où la vitesse chute de 50 à 30 km/h sur une distance courte.
Dans le cas de la porte de Montreuil, la question ne se pose plus pour les PV déjà émis, puisqu'ils sont annulés d'office. 40 millions d'automobilistes va toutefois plus loin. L'association réclame aussi le remboursement des amendes déjà réglées par les conducteurs les plus prompts à payer. La préfecture ne s'est pas encore prononcée sur cette demande.
Et maintenant ?
Le radar reste en place, et la limitation à 30 km/h aussi, tant que durent les travaux. Pour les automobilistes qui empruntent quotidiennement ce tronçon du périphérique, la prudence s'impose donc. Mieux vaut ralentir dès le panneau annonçant la zone de chantier, plutôt que compter sur une nouvelle annulation qui ne serait pas garantie.
L'association 40 millions d'automobilistes, elle, ne compte pas en rester là. Elle réclame maintenant le retrait pur et simple du radar, en plus du remboursement des amendes déjà payées, et promet de suivre de près l'évolution du dossier dans les prochains jours.