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Forêt de Redwood : les séquoias géants de Californie

Nature Publié le 06/09/2026 par Camille -  5 min - 179 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Les parcs de Redwood, en Californie, abritent la plus grande forêt de séquoias côtiers au monde.
  • Certains séquoias dépassent 110 mètres de haut et peuvent vivre plus de 2 000 ans.
  • Hyperion, l'arbre le plus haut du monde, pousse dans cette forêt.

Au nord de la côte californienne s'étend la plus grande forêt de séquoias côtiers au monde. Dans ce décor presque irréel, où la brume s'accroche aux troncs et où les cimes disparaissent dans les nuages, poussent les arbres les plus hauts jamais mesurés sur Terre. Bienvenue dans les Redwood National and State Parks.

Le séquoia côtier, un arbre hors normes

Le séquoia à feuilles d'if (Sequoia sempervirens), le redwood des Américains, n'a presque pas de rival végétal sur la planète. Un colosse. Certains spécimens dépassent aujourd'hui les 110 mètres de haut, et peuvent vivre plus de 2 000 ans. Une telle longévité tient en grande partie à son écorce, particulièrement épaisse et riche en tanins. Elle le protège efficacement des insectes, des champignons et même des incendies, un atout précieux dans une région où les feux restent une menace régulière.

Ces arbres appartiennent à une lignée très ancienne, présente sous une forme proche depuis environ 160 millions d'années. À cette époque, leurs cousins peuplaient une grande partie des régions tempérées et humides du globe. Ils se retrouvent aujourd'hui cantonnés à une étroite bande côtière entre le nord de la Californie et le sud de l'Oregon.

Redwood, la forêt des géants

Hyperion, l'arbre le plus haut du monde

C'est dans ce parc que pousse Hyperion, l'arbre vivant le plus haut jamais recensé sur Terre. Découvert le 25 août 2006 par les naturalistes Chris Atkins et Michael Taylor au fond d'une vallée reculée du parc, ce géant culmine aujourd'hui à 116,22 mètres, et continue de grandir chaque année. Son âge est estimé entre 600 et 800 ans, un âge relativement jeune pour un séquoia côtier. Sa cime a toutefois été abîmée par des pics, ce qui pourrait freiner sa croissance.

Sa position exacte est tenue secrète par les gardes, et son accès est désormais interdit au public, sous peine d'une amende pouvant atteindre 5 000 dollars. Les scientifiques ont en effet constaté que le piétinement des curieux, venus en nombre après sa découverte, menaçait ses racines superficielles. Le secret est bien gardé. L'arbre détient un autre record moins connu, celui de la couronne la plus profonde jamais mesurée sur son espèce. Près de 91 mètres séparent son sommet de ses premières branches, qui porteraient à elles seules plus de 550 millions de feuilles.

Le brouillard, complice silencieux des géants

Si les séquoias côtiers ne poussent que sur cette bande littorale précise, ce n'est pas un hasard. Le climat océanique de la région dépose chaque jour un épais voile de brouillard sur la forêt, en particulier durant les mois d'été, quand les pluies se font rares. Cette humidité est captée directement par le feuillage des arbres les plus hauts, en complément de l'eau puisée dans le sol. Elle permet aux séquoias d'irriguer leurs branches les plus élevées, bien au-delà de ce que leurs racines pourraient fournir seules.

Ce brouillard côtier limite aussi l'évaporation et maintient une humidité constante dans le sous-bois. Il favorise une végétation dense de fougères et de mousses au pied des troncs géants, qui contribue elle-même à protéger les lieux des départs de feu.

Une forêt qui a failli disparaître

L'histoire de ces bois n'a pourtant rien d'un long fleuve tranquille. Avant l'arrivée des colons européens, les séquoias couvraient environ 8 000 kilomètres carrés le long de la côte nord-californienne. La ruée vers l'or des années 1850 change radicalement la donne. De nombreux prospecteurs, déçus de ne rien trouver, se reconvertissent dans l'exploitation forestière pour répondre à la demande croissante de bois de villes en plein essor comme San Francisco.

L'exploitation intensive se poursuit sans relâche pendant près d'un siècle. En 1968, lorsque le parc national de Redwood est enfin créé, 90 % de la forêt primaire de séquoias a déjà disparu sous la hache des bûcherons. Un massacre. La mobilisation de la Save-the-Redwoods League, fondée dès 1918, du Sierra Club et de la National Geographic Society finit par payer. Le président Lyndon Johnson signe la loi de création du parc le 2 octobre 1968.

Le parc s'agrandit une première fois dès sa création, puis à nouveau en 1978, pour protéger les bassins versants alimentant la forêt des dégâts causés par l'exploitation forestière pratiquée en amont. En 1994, le National Park Service et l'administration des parcs d'État de Californie unissent leur gestion des quatre sites qui composent aujourd'hui l'ensemble, un dispositif de cogestion unique aux États-Unis.

Le parc aujourd'hui

Inscrit par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité en 1980, puis désigné réserve de biosphère en 1983, l'ensemble couvre aujourd'hui environ 534 kilomètres carrés. Il s'étire entre Eureka et Crescent City, sur les comtés de Humboldt et de Del Norte. Au-delà des séquoias eux-mêmes, il abrite une faune riche et parfois menacée. Lions de mer, aigles à tête blanche et pélicans bruns de Californie trouvent refuge sur cette portion de littoral encore largement préservée. Un vrai sanctuaire.

Aujourd'hui encore, seule une fraction de la forêt primaire originelle subsiste, ce qui rend chaque hectare de vieux peuplement protégé d'autant plus précieux. Se promener sous ces géants plusieurs fois centenaires, la tête renversée vers des cimes qui semblent littéralement se perdre dans les nuages, reste l'une des expériences les plus vertigineuses qu'offre la nature aux États-Unis.