Un projet de vente des droits qui a mis le feu aux poudres
Tout est parti d'une initiative baptisée FIFA Forward Enterprise : une nouvelle structure commerciale dont 20% du capital devaient être ouverts à des investisseurs privés. Présenté comme un simple levier de financement pour l'instance mondiale du football, le projet a rapidement pris une tournure explosive lorsque des informations ont fait état de l'implication d'une société liée à la famille du président américain Donald Trump.
Pour beaucoup d'observateurs et d'acteurs du football, il s'agissait ni plus ni moins que d'une tentative de céder une partie du contrôle sur les revenus générés par la Coupe du monde à des intérêts privés américains. La réaction n'a pas tardé : l'UEFA s'est imposée comme le fer de lance de l'opposition, refusant fermement ce qu'elle percevait comme une remise en cause de l'indépendance financière du football mondial. Face à cette levée de boucliers, Gianni Infantino a fini par retirer le projet.
Un retrait qui ne suffit pas à éteindre l'incendie
Abandonner FIFA Forward Enterprise aurait pu clore le chapitre. C'est l'inverse qui s'est produit. Le recul du président de la FIFA a plutôt agi comme un révélateur des tensions internes, mettant au jour un isolement croissant au sein même de l'organisation qu'il dirige.
Selon plusieurs sources, le secrétaire général de la FIFA, Mattias Grafström, aurait évoqué une succession d'événements regrettables pour qualifier cette séquence. Le directeur des opérations, Kevin Lamour, aurait quant à lui estimé que cette initiative ne reflétait pas une décision collective, sous-entendant qu'elle avait été portée sans réel aval des instances dirigeantes. Même Arsène Wenger, pourtant proche du dossier en tant que responsable du développement du football mondial à la FIFA, a tenu à préciser publiquement qu'il n'avait pas participé à son élaboration, et qu'il jugeait son retrait nécessaire.

Ce sont précisément ces prises de distance, venues de l'intérieur, qui pèsent le plus lourd. Un président peut encaisser une fronde externe. Il est beaucoup plus difficile de gouverner lorsque son propre état-major s'exprime publiquement pour se démarquer d'une décision qui lui est attribuée.
L'UEFA en meneuse d'une contestation qui s'élargit
Sur le plan international, l'UEFA continue de jouer un rôle central dans la contestation. Plusieurs fédérations européennes auraient déjà pris leurs distances avec Gianni Infantino, remettant en question un soutien qui semblait pourtant acquis à l'approche de l'élection présidentielle de la FIFA, prévue en 2027.
Plus inquiétant encore pour le président sortant : selon plusieurs médias, des discussions seraient en cours entre l'UEFA, la CONCACAF et la Confédération asiatique de football (AFC) pour accentuer la pression sur la direction actuelle de la FIFA. Aucune de ces trois confédérations n'a confirmé officiellement ces échanges, mais leur simple évocation dans la presse internationale traduit l'ampleur de la défiance qui s'installe.
Le Maroc, terrain diplomatique clé pour Infantino
Dans ce climat tendu, Gianni Infantino a réuni ce mercredi les principaux responsables de la FIFA à Salé, au bureau africain de l'organisation. Un choix qui n'a rien d'anodin : c'est précisément au Maroc que doit se tenir le Congrès électif de mars 2027, celui qui doit désigner le prochain président de la FIFA.
Sur ce terrain, Infantino conserve un appui de poids. La Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) a réaffirmé son soutien, une position partagée par plusieurs dirigeants du football africain. La Confédération africaine de football (CAF), en revanche, n'a pas encore pris officiellement position, ce qui laisse planer une incertitude sur l'attitude du continent dans son ensemble.
Une réélection loin d'être garantie
Reste que la situation demeure fragile pour le président sortant. S'il n'existe à ce jour aucun candidat officiellement déclaré pour l'affronter en 2027, l'absence d'opposant visible ne doit pas être confondue avec un soutien massif. Elle traduit plutôt une période d'attente et d'observation, où les grandes confédérations mesurent leurs options avant de se positionner ouvertement.
L'épisode FIFA Forward Enterprise laissera des traces. Il a cristallisé une défiance qui dépasse le seul projet commercial abandonné : c'est la méthode de gouvernance de Gianni Infantino, perçue par une partie croissante des dirigeants du football mondial comme trop personnelle et insuffisamment collégiale, qui est désormais remise en question. À moins de huit mois de l'ouverture officielle de la campagne électorale, la partie est loin d'être jouée pour le président de la FIFA.
Ce type de crise n'est pas inédit dans l'histoire de la gouvernance du football mondial. Les instances internationales du sport ont déjà connu des épisodes similaires, où un projet financier jugé trop opaque ou trop favorable à des intérêts privés a fini par fragiliser durablement une direction pourtant solidement installée. Ce qui distingue toutefois la situation actuelle, c'est la rapidité avec laquelle la contestation s'est propagée depuis l'intérieur même de l'organisation, touchant à la fois le secrétariat général, la direction opérationnelle et des figures publiques respectées comme Arsène Wenger.
Pour les observateurs du football international, les prochains mois seront déterminants. Si aucune candidature officielle ne s'est encore déclarée face à Gianni Infantino, la multiplication des prises de distance pourrait accélérer l'émergence d'un ou plusieurs challengers d'ici la clôture des candidatures. À l'inverse, un repositionnement habile du président sortant, notamment via le soutien affiché de la CAF et des fédérations africaines, pourrait suffire à stabiliser sa position avant le Congrès électif de mars 2027.