- Ligue 1+ diffuse désormais l'intégralité des matchs de Ligue 1 pour sa deuxième saison.
- Un seul abonnement suffit, sans passer par beIN Sports pour l'affiche du samedi soir.
- La chaîne n'est toujours pas distribuée par Canal+.
Le championnat de France de football a repris ses droits le week-end du 21-22 août, et avec lui, une nouvelle donne dans la manière de le regarder. Ligue 1+, la chaîne créée par la Ligue de football professionnel (LFP), entame sa deuxième saison avec un changement de taille : elle diffuse désormais l'intégralité des matchs, du premier au dernier.
La fin d'un abonnement à rallonge
L'an dernier, suivre toute une journée de championnat obligeait à cumuler deux abonnements. Ligue 1+ couvrait huit rencontres sur neuf, mais le match du samedi soir restait la propriété de beIN Sports, qui payait 78,5 millions d'euros par an pour ce seul créneau. Cette saison, ce montage disparaît. Ligue 1+ récupère les neuf matchs de chaque journée, y compris cette fameuse affiche du samedi soir. Le multiplex, qui avait disparu avec les précédents diffuseurs, fait son retour.
Concrètement, ça veut dire qu'un seul abonnement suffit pour tout voir. Fini de jongler entre deux plateformes, deux mots de passe, deux factures.

Le prix de cette simplification
Cette exclusivité totale a un coût pour l'abonné. Le tarif public passe de 14,99 à 19,99 € par mois, soit cinq euros de plus que l'an dernier. Une offre promotionnelle à 14,99 € reste accessible jusqu'au 6 septembre pour les nouveaux venus, avant le passage au tarif plein.
La LFP justifie cette hausse par l'élargissement du contenu. L'offre compte désormais neuf matchs au lieu de huit, le multiplex du samedi soir revient, et le championnat de National (la troisième division) s'ajoute à la grille. Elle mise sur 200 000 à 300 000 abonnés supplémentaires malgré cette augmentation.
Un million d'abonnés, et après ?
Ligue 1+ comptait environ 1,1 million d'abonnés à la reprise de la saison. Elle en vise 200 000 de plus cette année. À plus long terme, le directeur général de LFP Media évoque un cap de 2,25 millions d'ici la saison 2028-2029, ce qui reviendrait quasiment à doubler la base actuelle.
Pour y arriver, la chaîne mise sur ce qu'elle appelle l'hyperdistribution : être présente partout plutôt que de miser sur un distributeur unique. Orange, SFR, Free et Bouygues la proposent. DAZN, Prime Video, Molotov et Samsung aussi. L'idée est simple : quel que soit l'endroit où un supporter a l'habitude de regarder la télévision ou de streamer, il doit y trouver le championnat sans rien changer à ses réflexes.
Le trou qui reste : Canal+
Un acteur manque encore à l'appel, et pas des moindres. Canal+, diffuseur historique du football français pendant des décennies, n'a toujours pas d'accord avec Ligue 1+. La chaîne cryptée reste pourtant incontournable pour beaucoup de fans, puisqu'elle diffuse la Ligue des champions. Le sujet revient régulièrement dans les discours des dirigeants de LFP Media, qui se contentent pour l'instant de formules prudentes du genre "nous sommes en conversation avec l'ensemble du marché".
Les tensions entre la LFP et la chaîne cryptée ne sont pas récentes. Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, dans une interview donnée il y a quelques mois, avait qualifié Ligue 1+ de "succès éditorial mais échec économique", une formule qui résume assez bien la situation. La chaîne a réussi son pari sur le plan du contenu et de l'audience, mais l'équation financière reste tendue, notamment à cause de l'absence de gros distributeurs comme Canal+.
Pourquoi est-ce important pour les clubs ?
Derrière ces chiffres d'abonnés, il y a un enjeu direct pour les 18 clubs de l'élite. Les revenus de Ligue 1+ leur sont reversés, et ce sont eux qui financent une bonne partie des budgets des équipes, des salaires aux infrastructures. Or, la LFP elle-même a prévenu que les deux premières saisons de cette nouvelle chaîne seraient compliquées financièrement, avec des reversements aux clubs nettement inférieurs à ce qu'ils touchaient avec les anciens diffuseurs.
C'est tout l'enjeu de cette deuxième saison. Plus Ligue 1+ gagne d'abonnés et signe de nouveaux distributeurs, plus les clubs français peuvent espérer voir leurs revenus remonter. À l'inverse, si la progression reste timide, la pression financière sur le football français pourrait continuer encore un moment.
Pour l'instant, la chaîne avance prudemment. Elle a atteint son objectif de la première année, elle vise plus haut pour la seconde, mais elle sait que la vraie bataille, celle de la rentabilité durable, ne fait que commencer.
Ce qui a changé sur le terrain sportif aussi
Cette réorganisation de la diffusion tombe la même année qu'un calendrier resserré. Aucune journée ne se jouera en milieu de semaine cette saison, un choix qui simplifie la vie des abonnés autant que celle des clubs engagés en coupes européennes. La dernière journée de l'année civile est fixée au week-end du 12-13 décembre, avant une reprise début janvier et une clôture de la saison fin mai 2027.
Ce genre de détail compte plus qu'il n'y paraît pour une chaîne qui mise sur la fidélité de ses abonnés. Un calendrier lisible, sans matchs éparpillés en pleine semaine, aide à construire une habitude de visionnage régulière, plutôt que de la consommation ponctuelle au gré des grosses affiches.
Un modèle encore jeune, à observer dans la durée
Il faut garder à l'esprit que Ligue 1+ n'a qu'une saison d'existence complète derrière elle. Auparavant, les chaînes achetaient les droits à prix fixe et portaient seules le risque commercial, comme l'a montré la faillite de Mediapro en 2020. La formule actuelle est inédite en France : c'est la Ligue elle-même qui assume ce risque avec sa propre chaîne.
Ça change la nature du pari. Si ça fonctionne, les clubs récupèrent une plus grande part de la valeur qu'ils créent, sans intermédiaire qui capte une marge au passage. Si ça ne fonctionne pas, c'est directement le football français qui en absorbe le choc, sans filet de sécurité extérieur. Les prochains mois, avec ou sans Canal+ dans la boucle, diront dans quel sens penche la balance.