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Anthropic prépare son entrée en Bourse : ce qu'il faut retenir

High-tech par Hervé -  5 min - 161 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Anthropic, qui développe l'IA Claude, prépare une introduction en Bourse historique.
  • Valorisée près de 965 milliards de dollars en mai 2026, elle viserait plus de 2 000 milliards.
  • Une opération qui servira de test pour tout le secteur de l'intelligence artificielle.

Anthropic, la société qui développe l'intelligence artificielle Claude, s'apprête à franchir une étape symbolique. D'après plusieurs sources concordantes, l'entreprise prépare une introduction en Bourse qui pourrait devenir l'une des plus importantes de l'histoire de Wall Street. Le dossier public serait déposé dès la fin du mois d'août, avec une cotation visée à l'automne. Voici les points essentiels pour comprendre l'opération.

Une valorisation qui donne le vertige

Anthropic ne part pas de zéro. En mai 2026, la société a bouclé un tour de table de 65 milliards de dollars, qui l'a fait grimper à une valorisation proche de 965 Md$. Pour son entrée en Bourse, certains investisseurs évoquent désormais un chiffre encore plus impressionnant : plus de 2 000 Md$. Ce montant reste à confirmer, mais il donne une idée de l'appétit du marché pour les valeurs liées à l'intelligence artificielle. Google, de son côté, détiendrait environ 14 % du capital, sans droit de vote ni siège au conseil d'administration.

Pour justifier une telle somme, Anthropic met en avant ses perspectives de croissance. Selon des informations relayées par la presse américaine, l'entreprise viserait un chiffre d'affaires compris entre 190 et 200 milliards de dollars en 2028. En mai, elle évoquait encore un rythme annuel d'environ 47 milliards. L'écart entre les deux chiffres montre à quel point les projections misent sur une accélération rapide.

Anthropic prépare son entrée en Bourse

Un calendrier qui se resserre

Le 1er juin 2026, Anthropic a confirmé avoir déposé de manière confidentielle un projet de déclaration d'enregistrement auprès du gendarme boursier américain, la SEC. Cette démarche lui laisse la possibilité d'entrer en Bourse une fois l'examen terminé, sans obligation de calendrier précis à ce stade. Plusieurs analystes, dont ceux de Bloomberg, tablent désormais sur une cotation au Nasdaq courant octobre 2026. Selon le New York Times, l'opération viserait une levée de plus de 100 Md$.

Trois banques de premier plan mèneraient l'opération : Goldman Sachs, JPMorgan et Morgan Stanley. Leur présence conjointe est un signal fort pour une opération de cette ampleur, qui demande une coordination poussée entre plusieurs établissements pour absorber un tel volume de titres.

Le record à battre : SpaceX

La référence du moment s'appelle SpaceX. L'entreprise d'Elon Musk, qui avait intégré la start-up d'intelligence artificielle xAI avant son arrivée en Bourse en juin, a levé 85,7 milliards de dollars lors de son introduction. C'est le niveau que doit dépasser Anthropic pour entrer dans l'histoire. L'opération de Visa en 2008, longtemps citée en référence, ne portait que sur 17,9 milliards.

L'action SpaceX offre aussi un exemple instructif pour les investisseurs qui suivront l'opération Anthropic. Après une envolée initiale, le titre est retombé autour de son prix d'introduction, fixé à 135 dollars. Un rappel que l'enthousiasme du premier jour ne garantit rien sur la durée.

Des pertes considérables à assumer

Miser sur Anthropic, c'est aussi accepter de lourdes pertes financières, au moins à court terme. Selon la presse américaine, la société aurait perdu près de 42 milliards de dollars en 2025. Ce niveau de pertes devrait se poursuivre pendant plusieurs années encore, le temps que les revenus rattrapent les coûts colossaux liés à l'entraînement et au fonctionnement des modèles d'intelligence artificielle.

Pour convaincre malgré tout, Anthropic devrait insister sur la taille du marché qu'elle vise, estimé à plus de 300 milliards de dollars. L'argument est le même que celui utilisé par d'autres entreprises technologiques en forte croissance avant elle : les pertes actuelles préparent une rentabilité future, à condition que la demande suive.

Une concurrence directe avec OpenAI

Anthropic a été fondée en 2021 par d'anciens dirigeants d'OpenAI, qui jugeaient que les risques liés à l'intelligence artificielle n'étaient pas pris assez au sérieux par leur ancienne entreprise. Le nom Anthropic, qui renvoie à ce qui est propre à l'être humain, reflète cette volonté affichée de placer la sécurité au centre du développement des modèles.

À sa tête, Dario Amodei détonne dans le paysage des patrons de la tech. Natif de San Francisco, il est titulaire d'un doctorat en biophysique de l'université de Princeton, un parcours scientifique assez éloigné de l'informatique pure que l'on retrouve chez la plupart de ses homologues. Sous sa direction, Anthropic s'est imposée comme le principal rival d'OpenAI, la société derrière ChatGPT, qui vise pour sa part une cotation en 2027.

Cette rivalité directe pèsera sur la façon dont les investisseurs évalueront Anthropic. Les deux entreprises se disputent les mêmes clients professionnels et les meilleurs talents. Elles chercheront bientôt aussi à séduire les marchés.

Un contexte politique sous tension

L'opération ne se déroule pas dans un climat neutre. Les relations entre Anthropic et l'administration américaine actuelle sont marquées par des tensions, notamment autour des positions de l'entreprise sur l'encadrement de l'intelligence artificielle. Ce conflit latent avec Washington fait partie des éléments que les investisseurs surveilleront de près, tant la régulation du secteur peut influencer directement les perspectives commerciales d'Anthropic dans les mois à venir.

Un test pour tout le secteur de l'IA

Au-delà du cas Anthropic, cette introduction en Bourse sera observée comme un baromètre pour l'ensemble de l'industrie de l'intelligence artificielle. Une opération réussie, avec une valorisation proche des attentes les plus optimistes, confirmerait la confiance du marché dans le potentiel économique de l'IA générative. À l'inverse, une demande plus timide qu'annoncé obligerait sans doute les investisseurs à revoir à la baisse leurs attentes sur d'autres entreprises du secteur, cotées ou non.

Pour Anthropic elle-même, l'enjeu dépasse la simple levée de fonds. L'entreprise devra démontrer que Claude peut devenir une activité rentable et durable, et pas seulement un produit en forte croissance mais toujours déficitaire. La réponse à cette question, les marchés financiers commenceront à l'écrire dès l'automne, quand les premières cotations donneront le ton.