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Histoire de la tour Eiffel : construction, polémique et sauvetage

Histoire 5 min de lecture par Hervé - 77 lectures

Aujourd'hui symbole de Paris dans le monde entier, la tour Eiffel n'était au départ qu'une structure provisoire, construite pour une exposition et vouée à être démontée vingt ans plus tard. Retour sur l'histoire mouvementée d'un monument que presque tout le monde voulait voir disparaître à sa naissance.

Un pari pour l'Exposition universelle de 1889

Tout commence par un concours. En 1886, l'État français lance un appel à projets pour ériger, sur le Champ-de-Mars, une tour de 300 mètres à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889, elle-même organisée pour célébrer le centenaire de la Révolution française.

C'est le projet de l'ingénieur Gustave Eiffel, déjà réputé pour ses ponts métalliques et sa participation à la structure interne de la statue de la Liberté, qui est retenu. Le concept d'origine vient en réalité de deux de ses ingénieurs, Maurice Koechlin et Émile Nouguier, avant que l'architecte Stephen Sauvestre n'y ajoute les arches décoratives à la base et les touches qui donneront à la tour son allure définitive.

Un ingénieur déjà reconnu avant la Tour Eiffel

Gustave Eiffel n'en est pas à son coup d'essai lorsqu'il remporte le concours. Son entreprise s'est déjà fait un nom dans la construction de ponts et de viaducs métalliques à travers l'Europe, dont le viaduc de Garabit, dans le Cantal, achevé en 1884 et longtemps considéré comme un chef-d'œuvre d'ingénierie. Ses ateliers ont également conçu la structure métallique interne de la statue de la Liberté, offerte par la France aux États-Unis et inaugurée en 1886, trois ans avant la tour parisienne.

C'est cette expertise reconnue en construction métallique qui pèse en sa faveur face aux autres projets soumis au concours de 1886, dont certains proposaient des tours en pierre ou en briques, jugées irréalisables à une telle hauteur avec les techniques de l'époque.

Construction de la Tour Eiffel

Un chantier record pour l'époque

Les travaux démarrent en janvier 1887 et s'achèvent en mars 1889, soit deux ans, deux mois et cinq jours, un délai jugé extrêmement court pour une structure de cette ampleur. Environ 7 300 tonnes de fer puddlé sont assemblées à partir de 18 000 pièces métalliques, reliées entre elles par plus de deux millions et demi de rivets, posés pour beaucoup directement sur le chantier.

À son achèvement, la tour culmine à 300 mètres, ce qui en fait la plus haute structure jamais construite par l'homme, un record qu'elle conservera jusqu'à la construction du Chrysler Building à New York, en 1930. Avec les antennes ajoutées au fil du XXe siècle, elle atteint aujourd'hui environ 330 mètres.

Une inauguration précipitée

Le 31 mars 1889, Gustave Eiffel grimpe lui-même les marches jusqu'au sommet pour y planter le drapeau français, quelques jours seulement avant l'ouverture officielle de l'Exposition universelle. La tour ouvre au public le 6 mai 1889, en même temps que l'exposition qu'elle est censée symboliser, même si certains aménagements intérieurs, comme les ascenseurs hydrauliques, ne sont finalisés que dans les semaines suivantes.

Le succès populaire est immédiat, malgré les critiques des artistes : près de deux millions de visiteurs montent dans la tour pendant les six mois que dure l'Exposition universelle de 1889, un chiffre qui contraste fortement avec le rejet exprimé par la pétition quelques années plus tôt.

La Tour Eiffel vue d'en bas

Une tour détestée par une partie du monde des arts

Le projet ne fait pas l'unanimité, loin de là. Avant même le début des travaux, une pétition intitulée « Protestation des artistes contre la tour de M. Eiffel » circule et rassemble plusieurs signatures prestigieuses : l'écrivain Guy de Maupassant, le compositeur Charles Gounod, ou encore l'architecte Charles Garnier, à qui l'on doit l'Opéra de Paris.

Les signataires y dénoncent une « tour de Babel » de fer, jugée disgracieuse au milieu des monuments historiques de la capitale, et redoutent qu'elle n'écrase de son ombre Notre-Dame, le Louvre ou l'Arc de triomphe. Guy de Maupassant ira jusqu'à raconter qu'il déjeunait régulièrement au restaurant de la tour, non par goût pour l'endroit, mais parce que c'était le seul point de Paris d'où il pouvait manger sans la voir.

Sauvée de justesse... par la radio

L'autorisation de construire accordée à Gustave Eiffel prévoyait explicitement que la tour serait démontée au bout de vingt ans, une fois l'Exposition universelle et sa concession arrivées à leur terme, soit vers 1909. Pendant plusieurs années, sa disparition programmée ne fait guère de doute.

Ce qui la sauve, c'est son utilité inattendue pour les communications sans fil. Dès le début du XXe siècle, la tour sert de support à des antennes de télégraphie, puis de radiodiffusion. Le général Gustave Ferrié, pionnier de la radio militaire française, joue un rôle décisif en installant sur la tour un poste capable de communiquer à très longue distance, démontrant son utilité stratégique bien au-delà du simple symbole touristique.

Son rôle stratégique pour l'armée française, notamment pendant la Première Guerre mondiale, où elle permet d'intercepter des communications ennemies (elle aurait ainsi contribué à l'arrestation de l'espionne Mata Hari), achève de convaincre les autorités de la conserver plutôt que de la démolir comme prévu initialement.

Vue sur Paris depuis la Tour Eiffel

La tour Eiffel aujourd'hui

Plus d'un siècle après avoir échappé à la démolition, la tour Eiffel reste le monument payant le plus visité au monde, avec environ sept millions de visiteurs par an avant la pandémie de Covid-19. Il faut grimper 1 665 marches pour atteindre son sommet à pied, même si la grande majorité des visiteurs empruntent les ascenseurs.

Repeinte tous les sept ans environ pour la protéger de la corrosion, elle change légèrement de teinte à chaque campagne, dans des nuances de brun-rouge appelées « brun Eiffel ». Devenue un symbole international de Paris et de la France, elle continue d'accueillir chaque année de grands événements, des illuminations pour le Nouvel An aux compétitions sportives, comme lors des Jeux olympiques de Paris en 2024, où elle a servi de décor à plusieurs épreuves.