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Bondrée apivore : ce rapace s’attaque aux nids de frelons asiatiques

Nature 5 min de lecture par Camille - 44 lectures

Une information étonnante circule actuellement à propos d’un rapace discret que l’on peut observer en France : la bondrée apivore. Présentée comme un nouvel ennemi naturel du frelon asiatique, cette espèce serait capable d’attaquer directement les colonies de Vespa velutina pour récupérer leur couvain. L’information est bien réelle, mais elle mérite d’être remise dans son contexte : ce comportement n’a rien de nouveau et les chercheurs l’étudient depuis plusieurs années.

Un rapace spécialisé dans les insectes sociaux

La bondrée apivore (Pernis apivorus) est un rapace migrateur qui ressemble superficiellement à une buse. Elle est pourtant très spécialisée dans la recherche de nids d’insectes sociaux. Son régime alimentaire comprend notamment des guêpes, des abeilles et d’autres hyménoptères. Pour atteindre les larves et les nymphes, elle peut fouiller le sol ou s’attaquer à des structures abritant des colonies.

L’espèce est bien présente en France, où elle se reproduit notamment dans les milieux boisés avant de migrer vers l’Afrique à la fin de la saison estivale. Les données naturalistes françaises recensent régulièrement sa présence, y compris dans l’Ouest du pays. Son arrivée et son départ sont donc liés à son cycle migratoire : il ne faut pas imaginer un rapace présent toute l’année autour des nids de frelons.

La Bondrée apivore s'attaque aux frelons asiatiques

Le frelon asiatique fait réellement partie de son menu

Le lien entre les deux espèces est documenté depuis plusieurs années. Dès 2019, une étude menée en Catalogne avait montré, grâce à l’analyse génétique de restes de proies retrouvés dans des nids de bondrées, que le rapace pouvait exploiter des colonies actives de frelons asiatiques. Les chercheurs avaient alors identifié la bondrée apivore comme un prédateur particulièrement intéressant du fait de sa spécialisation pour les colonies de guêpes sociales.

Une autre étude publiée en 2023 a apporté des données particulièrement parlantes dans le nord-ouest de l’Espagne. Les chercheurs ont suivi neuf nids de bondrées en 2018 et 2019. Des restes de nids de frelons ont été retrouvés dans les zones étudiées et la consommation du frelon asiatique a été détectée dans tous les nids de bondrées examinés. En 2018, chaque couple étudié avait attaqué entre 34 et 61 colonies de frelons au cours de la saison ; en 2019, la fourchette était de 15 à 28 colonies.

Une étude plus récente confirme l’importance du comportement

Le phénomène ne s’est pas arrêté à ces premières observations. Une étude publiée en 2025 dans Pest Management Science a utilisé des caméras et des balises GPS pour suivre onze bondrées reproductrices dans le nord-ouest de l’Espagne. Les chercheurs ont pu localiser les nids de frelons attaqués par les rapaces et mesurer les conséquences de cette prédation.

Le résultat est spectaculaire à petite échelle : 89,3 % des nids de frelons attaqués qui ont été retrouvés étaient détruits. Les chercheurs ont également constaté une diminution significative de l’abondance des ouvrières de frelons à proximité des nids de bondrées, dans un rayon étudié allant jusqu’à environ un kilomètre. En revanche, ils n’ont pas observé de diminution statistiquement significative de la densité des nids adultes de frelons à l’automne.

Une prédation efficace mais pas une solution miracle

C’est précisément là que les publications scientifiques apportent une nuance importante aux messages circulant sur les réseaux sociaux. Oui, la bondrée apivore est capable de s’attaquer à des colonies de frelons asiatiques et d’en détruire une partie. Oui, cette prédation peut réduire localement le nombre d’ouvrières. Mais cela ne signifie pas que le rapace pourrait, à lui seul, faire disparaître le frelon asiatique d’une région.

La bondrée n’est présente en Europe que pendant sa période de reproduction. Elle est également discrète et ses populations restent relativement peu denses. Son action dépend donc fortement de la présence de couples reproducteurs et de l’accessibilité des colonies. L’étude de 2025 montre d’ailleurs un effet surtout local autour des territoires occupés par les bondrées.

Et cette histoire d’immunité au venin ?

C’est probablement l’un des points à prendre avec le plus de prudence dans les publications virales. La bondrée possède des adaptations qui lui permettent de s’attaquer à des insectes sociaux et à leurs colonies, notamment un plumage particulièrement dense sur certaines parties du corps et des caractéristiques anatomiques qui limitent les risques de piqûres. Mais parler d’une véritable « immunité au venin » est une formulation beaucoup plus catégorique que ce que permettent d’affirmer les études consultées.

Autrement dit, la bondrée est remarquablement adaptée à ce type de proies, mais cela ne signifie pas qu’elle serait insensible aux piqûres comme pourrait le laisser entendre une publication spectaculaire sur les réseaux sociaux.

Un allié naturel à observer avec intérêt

La véritable découverte n’est donc pas qu’un rapace « vient de découvrir » le frelon asiatique. Les chercheurs savent depuis plusieurs années que la bondrée apivore exploite cette ressource. Ce qui est nouveau, ce sont surtout les travaux qui permettent de mieux mesurer l’ampleur et les conséquences de cette prédation.

La bondrée constitue ainsi un élément intéressant de l’écosystème face à une espèce invasive arrivée en Europe au début des années 2000. Elle ne remplacera évidemment pas les méthodes de surveillance et de gestion des populations de frelons, mais son comportement montre une fois encore que les espèces locales peuvent parfois développer des réponses étonnantes face à l’arrivée d’un nouveau prédateur ou d’une nouvelle proie.

La prochaine fois qu’une grande silhouette apparaît au-dessus d’un bois ou d’une prairie, il pourrait donc être utile de lever les yeux. La discrète bondrée apivore n’a peut-être pas l’allure d’un redoutable prédateur de frelons, mais les études scientifiques montrent qu’elle sait parfaitement où trouver leur couvain.