Le contenu éditorial nouvelle génération

Voiture électrique : et si l’avenir était à l’auto-recharge ?

Vie pratique par Charline -  7 min - 109 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Toyota teste des panneaux solaires intégrés à la carrosserie de ses voitures.
  • Le toit solaire du concept FT-Me ajouterait 20 à 30 km d'autonomie par jour en ville.
  • L'objectif : recharger beaucoup moins souvent, sans viser une voiture totalement autonome.

Pendant des décennies, faire le plein d’une voiture a signifié passer par une station-service. Avec l’électrique, le rituel a changé : il faut désormais brancher le véhicule ou trouver une borne. Mais une troisième voie commence à prendre forme : et si l’auto pouvait produire elle-même une partie de l’énergie dont elle a besoin ?

Toyota travaille depuis longtemps sur cette idée. Le constructeur japonais expérimente les panneaux solaires intégrés aux carrosseries. Il a présenté en Europe le concept FT-Me, une petite citadine électrique dont le toit solaire peut, selon la marque, ajouter entre 20 et 30 kilomètres d’autonomie par jour en usage urbain. Ce modèle reste un concept, mais il illustre une évolution bien réelle : transformer une surface jusqu’ici passive, le toit, en source d’énergie.

De la Prius au solaire embarqué

Toyota n’est d’ailleurs pas arrivé à cette idée par hasard. La marque a été l’un des constructeurs qui ont le plus tôt travaillé sur la récupération d’énergie avec la Prius, lancée à la fin des années 1990. Son système hybride récupère une partie des pertes liées aux décélérations et au freinage pour recharger la batterie.

Le solaire ajoute une autre logique : au lieu de récupérer l’énergie produite par le déplacement, il s’agit de capter directement celle que fournit l’environnement. Garée dehors, une voiture peut ainsi continuer à produire de l’électricité, même lorsqu’elle ne roule pas.

Une technologie particulièrement adaptée aux véhicules légers

Le concept FT-Me va encore plus loin dans cette logique parce qu’il est très léger et compact. Toyota indique que son système de propulsion consomme trois fois moins d’énergie par kilomètre qu’une voiture électrique équipée d’une batterie de grande capacité. Avec une consommation aussi faible, quelques dizaines de kilomètres d’autonomie solaire quotidienne prennent une importance considérable.

Toyota qui se recharge seule

C’est probablement l’une des clés du sujet. Une voiture solaire n’a pas besoin de produire des centaines de kilomètres d’autonomie chaque jour pour être intéressante. Si ses trajets quotidiens restent courts et qu’elle en compense une partie grâce au soleil, les passages à la prise peuvent devenir beaucoup moins fréquents.

Pas encore une voiture totalement autonome

Cela ne signifie pas pour autant qu’une voiture actuelle peut fonctionner indéfiniment grâce au soleil. La surface disponible sur une automobile reste limitée, et l’ensoleillement varie énormément selon les saisons et les régions. Garée à l’ombre, une voiture ne produira évidemment pas autant d’électricité qu’en plein soleil.

Les chiffres annoncés par Toyota s’entendent pour un modèle très compact, un usage urbain et une météo variable. Le FT-Me n’est pas une voiture familiale capable de parcourir plusieurs centaines de kilomètres uniquement grâce à son toit solaire. C’est un concept destiné à montrer ce que cette technologie peut apporter lorsqu’elle est associée à un véhicule sobre.

Toyota n’est pas seul sur cette piste

En Europe, le projet de recherche SolarMoves a étudié pendant plusieurs années le potentiel des panneaux photovoltaïques intégrés directement aux véhicules. Les travaux réunissant notamment TNO et Fraunhofer ISE montrent que la contribution peut devenir importante lorsque les panneaux sont intégrés au toit, au capot ou à d’autres surfaces disponibles.

Dans les meilleurs scénarios étudiés, une voiture particulière pourrait produire elle-même jusqu’à 55 % de ses besoins énergétiques annuels en Europe centrale et jusqu’à 80 % dans le sud de l’Europe. Ces chiffres correspondent à des configurations et à des conditions précises : ils ne signifient pas que tous les modèles atteindraient ces niveaux. Ils montrent toutefois que le photovoltaïque embarqué n’est plus une simple curiosité.

L’objectif pourrait être de recharger beaucoup moins souvent

L’intérêt principal serait finalement moins de supprimer totalement la recharge que de la rendre beaucoup moins fréquente. Une voiture qui récupère chaque jour quelques kilomètres grâce au soleil accumule progressivement de l’énergie sans nécessiter une intervention de son propriétaire.

Sur une semaine, puis sur un mois, ces kilomètres peuvent représenter un apport significatif. Le conducteur ne cherche alors plus forcément à faire le plein d’électricité : la voiture capte une petite partie de ce dont elle a besoin pendant qu’elle est stationnée. Le réseau électrique reste nécessaire, mais son utilisation peut diminuer.

Vers 500 ou 600 kilomètres sans recharge extérieure ?

Cette évolution ouvre une perspective intéressante pour les véhicules de demain. Si les batteries progressent, si les moteurs deviennent plus efficaces, si les carrosseries sont allégées et si les cellules photovoltaïques gagnent en rendement, la quantité d’énergie nécessaire pour parcourir un kilomètre pourrait continuer à diminuer.

On peut alors imaginer, à long terme, des véhicules capables de parcourir plusieurs centaines de kilomètres entre deux recharges extérieures, tout en récupérant quotidiennement une partie de leur énergie. Atteindre 500 ou 600 kilomètres d’autonomie sans branchement régulier ne signifie pas que le soleil fournirait en une journée toute l’énergie nécessaire à un tel trajet. Cela pourrait plutôt résulter de l’accumulation progressive de petites productions quotidiennes, d’une consommation très basse et d’une batterie suffisamment importante pour stocker cette énergie.

La recharge pourrait devenir un complément

Aujourd’hui, l’automobiliste électrique pense encore en termes de borne : où est-elle, combien de temps faut-il attendre et quelle puissance est disponible ? Avec une voiture capable de produire régulièrement une partie de son électricité, la question pourrait devenir moins centrale.

La recharge extérieure ne disparaîtrait pas nécessairement. Elle deviendrait simplement un complément, utilisé lorsque les besoins dépassent la production solaire. Pour certains usages urbains, il serait même possible d’imaginer des périodes très longues sans branchement, pourvu que la consommation quotidienne reste faible et que l’ensoleillement soit favorable.

Une révolution qui pose aussi une question fiscale

Cette perspective pose cependant une question qui dépasse largement la technologie : celle de la fiscalité automobile. Aujourd’hui, une partie importante des recettes liées à l’utilisation des voitures thermiques passe par les taxes sur les carburants. Si les véhicules consomment de moins en moins de pétrole, puis utilisent de plus en plus leur propre énergie solaire ou une électricité produite ailleurs, cette logique devient progressivement moins adaptée.

Le Royaume-Uni donne déjà un aperçu concret de ce que pourrait devenir cette fiscalité. À partir du 1er avril 2028, les voitures électriques britanniques seront soumises à une taxe kilométrique de 3 pence par mile. Le conducteur devra fournir son kilométrage, estimer la distance parcourue sur la période suivante et une régularisation sera effectuée à partir du relevé réel. Les données enregistrées lors des contrôles techniques constituent déjà une source de vérification. Le principe est simple : lorsque la consommation de carburant ne permet plus de mesurer la contribution du conducteur, c’est l’usage du véhicule lui-même qui peut devenir la référence.

Le dispositif britannique ne signifie évidemment pas que la France adoptera le même modèle. Il montre simplement qu’une fiscalité fondée sur les kilomètres parcourus est déjà en train de devenir une réalité dans un grand pays européen.

Une voiture qui produit aussi une partie de son énergie

Le véhicule qui fabrique lui-même une partie de son électricité ne relève plus tout à fait de la science-fiction. Toyota en apporte une démonstration avec son FT-Me, tandis que les recherches européennes montrent que le photovoltaïque embarqué pourrait prendre une place plus importante à mesure que les véhicules deviennent plus légers et plus économes.

Il faudra encore progresser sur le rendement des panneaux, le stockage, le poids et le coût pour que cette technologie dépasse le stade des concepts et des solutions de niche. Mais l’idée fondamentale est déjà là : une voiture électrique pourrait demain ne plus seulement consommer de l’énergie. Elle en produirait aussi une partie.

Et si cette évolution se confirme, le changement ne sera pas seulement technique. La voiture aurait progressivement moins besoin d’une station de recharge pour poursuivre sa route. En revanche, il lui faudrait toujours un compteur pour déterminer sa contribution à la collectivité.