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Apnée du sommeil : ces signes qu’il ne faut pas banaliser

Santé par Camille -  6 min - 127 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Ronflements forts, pauses respiratoires et fatigue au réveil peuvent révéler une apnée du sommeil.
  • Le pharynx se ferme à répétition pendant la nuit, provoquant des micro-éveils.
  • Ce trouble fréquent se diagnostique et se traite : il ne faut pas le banaliser.

Une personne qui ronfle très fort chaque nuit, qui semble arrêter de respirer pendant son sommeil ou qui se réveille épuisée malgré de longues heures au lit n’est pas forcément un simple mauvais dormeur. Ces signes peuvent révéler un syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil, un trouble respiratoire fréquent qui reste pourtant largement méconnu.

Pendant le sommeil, les muscles qui maintiennent ouvertes les voies respiratoires se relâchent. Chez les personnes concernées, le pharynx se rétrécit ou se ferme à répétition. La respiration s’interrompt alors pendant quelques secondes ou devient beaucoup moins efficace. Ces épisodes provoquent des micro-éveils, la plupart du temps imperceptibles, et peuvent se répéter de nombreuses fois au cours de la nuit.

Un problème loin d’être rare

L’apnée obstructive du sommeil frappe surtout les personnes âgées, sans se limiter aux seniors. L’Inserm estime que le syndrome touche environ 7,9 % des 20-44 ans, 19,7 % des 45-64 ans et 30,5 % des plus de 65 ans. Ces estimations pourraient toutefois sous-évaluer la réalité, car une partie des malades présente peu de symptômes évidents.

L’âge est un facteur de risque important. Le surpoids ou l’obésité, des particularités anatomiques des voies respiratoires et la consommation d’alcool peuvent aussi favoriser les épisodes. Le trouble s’observe cependant chez des patients qui ne cumulent pas tous ces facteurs.

L'apnée du sommeil

Ronfler ne signifie pas forcément faire des apnées

Le ronflement figure parmi les signes les plus connus, mais il ne suffit pas à lui seul pour diagnostiquer une apnée du sommeil. On peut ronfler sans souffrir d’un syndrome d’apnées-hypopnées. À l’inverse, un malade peut ne pas avoir conscience de ses propres ronflements ou de ses interruptions respiratoires.

Le signal le plus évocateur vient en général de l’entourage : des pauses respiratoires pendant la nuit, suivies d’une reprise de respiration parfois bruyante ou d’une sensation d’étouffement. Le sommeil peut aussi être très agité, avec des micro-éveils répétés, des sueurs nocturnes ou des levers fréquents pour aller aux toilettes.

Les conséquences se voient aussi le jour

C’est fréquemment au réveil que le problème devient le plus visible. On peut avoir l’impression de dormir suffisamment tout en se levant fatigué. Dans la journée, la somnolence peut apparaître devant la télévision, en lisant, lors d’une réunion ou dans les transports. Dans les cas les plus sévères, elle peut même survenir au volant, ce qui pose un vrai problème de sécurité.

La fatigue peut aussi s’accompagner de difficultés de concentration et de mémorisation, d’irritabilité ou de maux de tête au réveil. Ces manifestations ne prouvent pas à elles seules l’existence d’une apnée du sommeil, mais leur association avec des ronflements importants ou des pauses respiratoires doit inciter à consulter.

Pourquoi les apnées perturbent-elles autant le sommeil ?

Lorsqu’une voie respiratoire se ferme, l’organisme réagit pour rétablir la respiration. Le cerveau provoque un bref éveil et les muscles des voies aériennes se remettent en tension. Le dormeur peut ne conserver aucun souvenir de ces épisodes au matin, mais son sommeil est régulièrement fragmenté.

À la longue, ces perturbations peuvent dégrader la qualité du sommeil et entraîner des baisses répétées de l’oxygénation du sang. Un syndrome non traité est associé à des risques métaboliques et cardiovasculaires, comme l’hypertension artérielle ou diverses maladies du cœur.

Comment confirmer le diagnostic ?

Le diagnostic ne repose pas simplement sur les symptômes. Après une consultation, le médecin peut orienter le patient vers un spécialiste ou une unité du sommeil afin de réaliser un enregistrement nocturne.

La polygraphie ventilatoire enregistre entre autres la respiration, les mouvements respiratoires, le débit d’air et la saturation en oxygène. Selon les cas, on réalise une polysomnographie plus complète, qui analyse en plus les différentes phases du sommeil et les micro-éveils.

Les résultats permettent de calculer l’indice d’apnées-hypopnées, ou IAH. Entre 5 et 15 événements par heure, le syndrome est considéré comme léger ; entre 16 et 30, il est modéré ; au-delà de 30, il est sévère.

Quels traitements existent ?

La prise en charge dépend de la sévérité du syndrome, des symptômes et de la situation de chaque patient. Quelques mesures sont recommandées dans tous les cas : pratiquer régulièrement une activité physique, perdre du poids en cas de surpoids et réduire ou éviter l’alcool le soir. Il est aussi conseillé d'arrêter le tabac et adopter de bonnes habitudes de sommeil complètent ces conseils. Chez une partie des patients, dormir sur le côté aide aussi à limiter les obstructions.

Selon la forme du syndrome, une orthèse d’avancée mandibulaire peut être proposée. Cet appareil maintient la mâchoire inférieure légèrement en avant afin d’empêcher le blocage des voies respiratoires.

Lorsque le syndrome est important, la pression positive continue, ou PPC, constitue un traitement de référence. Une machine envoie de l’air sous pression à travers un masque afin de maintenir les voies respiratoires ouvertes pendant la nuit. Le traitement peut demander une période d’adaptation, le temps de trouver le masque et les réglages les mieux tolérés.

La chirurgie reste réservée à des cas précis, par exemple lorsqu’une anomalie anatomique contribue fortement à l’obstruction.

Une prise en charge qui évolue en France

La PPC fait justement l’objet d’une réévaluation en France. En mars 2026, la Haute Autorité de santé a publié ses conclusions sur ces appareils et le service qui les accompagne. Elle propose de mieux distinguer les dispositifs médicaux des prestations de suivi, d’assouplir les règles de reconduction et de moderniser le télésuivi.

La HAS suggère aussi que le renouvellement puisse, sous conditions, être réalisé par le médecin traitant ou un infirmier formé dans le cadre d’un protocole de coopération dès la troisième prescription. Ces propositions s’inscrivent dans une évolution du système de prise en charge et ne signifient pas que chaque patient bénéficie automatiquement de nouvelles règles.

Quand faut-il consulter ?

Ronfler occasionnellement n’est pas forcément inquiétant. En revanche, des ronflements importants et réguliers associés à des pauses respiratoires observées par l’entourage, une fatigue persistante ou une somnolence inhabituelle méritent d’être signalés à un médecin.

Le point essentiel est de ne pas considérer comme normale une fatigue quotidienne qui persiste malgré des heures de repos suffisantes. L’apnée du sommeil peut être discrète pendant la nuit mais avoir des conséquences bien réelles pendant la journée. Un diagnostic permet de mesurer précisément le problème et, lorsqu’un traitement est nécessaire, de retrouver un sommeil plus réparateur et une meilleure vigilance.