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Qui étaient vraiment les mousquetaires du roi ?

Histoire par Hervé -  5 min - 80 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Louis XIII crée le corps des mousquetaires du Roi en 1622.
  • D'Artagnan a vraiment existé, avant de devenir un héros de roman.
  • Alexandre Dumas s'est inspiré de cette troupe d'élite pour sa légende.

Une casaque bleue, une épée au côté et une devise que tout le monde connaît. Les mousquetaires font partie des images les plus célèbres de l'histoire de France. Pourtant, ce que l'on sait d'eux vient surtout d'un roman. Derrière la légende d'Alexandre Dumas se cache une vraie troupe d'élite, restée au service du roi pendant plus de cent cinquante ans.

Une garde d'élite créée par Louis XIII

Le corps des mousquetaires du Roi naît en 1622. Louis XIII décide alors d'ajouter à sa maison militaire une compagnie de cavaliers d'élite. Ces hommes portent le mousquet, une arme à feu encore récente et prestigieuse à l'époque. Ils se déplacent à cheval mais savent mettre pied à terre pour tirer, un double savoir-faire qui demande un entraînement poussé.

Un recrutement réservé aux familles aisées

Intégrer les mousquetaires n'était pas à la portée du premier venu. Il fallait être noble, ou du moins issu d'une famille assez aisée pour payer son équipement, monture comprise. L'État ne fournissait qu'une partie du matériel. Le corps est ainsi devenu un passage obligé pour les jeunes nobles de province ambitieux. On y venait pour se faire remarquer à la cour, avant d'espérer une carrière militaire plus prestigieuse encore.

Deux compagnies, deux couleurs

Sous Louis XIV, à partir de 1660, le corps compte deux compagnies. La seconde était jusque-là au service personnel du cardinal Mazarin, avant de passer à celui du roi. On les distingue de loin grâce à la couleur des chevaux. La première compagnie, celle des mousquetaires gris, se déplace sur des bêtes à la robe claire. Sa voisine préfère des montures sombres, qui lui valent son surnom : les noirs. Plus qu'une différence de rang, ce code permettait de repérer chaque troupe d'un coup d'œil lors des parades.

La casaque bleue à croix blanche

Les deux compagnies portent la célèbre casaque bleue, ornée d'une croix blanche aux branches fleurdelisées. Ce vêtement devait impressionner autant qu'identifier la troupe d'élite du roi. Le pari est réussi : il reste aujourd'hui l'image même du mousquetaire, bien après la disparition de la compagnie.

Les mousquetaires du Roi

D'Artagnan a vraiment existé

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le héros de Dumas n'est pas une pure invention littéraire. Charles de Batz de Castelmore, dit d'Artagnan, naît en Gascogne vers 1611. Il entre chez les mousquetaires sous Louis XIV et gravit un à un les échelons. En 1667, il devient capitaine-lieutenant de la première compagnie, un commandement de très haut rang. Il meurt en 1673 au siège de Maastricht, touché par une balle.

Du soldat gascon au héros de roman

Plus d'un siècle et demi plus tard, en 1844, Alexandre Dumas fait de lui le héros des Trois Mousquetaires. Il s'appuie sur de faux mémoires publiés en 1700 par Gatien de Courtilz de Sandras, un écrivain qui avait librement romancé la vie du véritable d'Artagnan.

Athos, Porthos et Aramis

Ses trois compagnons de fiction ont eux aussi existé, du moins par leur nom : des gentilshommes béarnais appelés Athos, Porthos et Aramis ont bien servi dans la compagnie. La ressemblance s'arrête là. Leur vie réelle n'a presque rien à voir avec celle des personnages que Dumas a construits pour son récit.

Ce que le roman doit à l'histoire

Dumas prend d'immenses libertés avec les faits. Il ne part pas de rien pour autant. Plusieurs épisodes et plusieurs tensions qu'il met en scène reposent sur une réalité historique, qu'il amplifie pour servir l'intrigue.

Le siège de La Rochelle

En 1627 et 1628, le siège de La Rochelle oppose l'armée royale aux protestants rebelles, soutenus par l'Angleterre. Les mousquetaires participent bien aux opérations, et c'est l'un des épisodes les mieux documentés de leurs débuts. Le cardinal de Richelieu, l'adversaire retors du roman, dirigeait réellement le siège aux côtés du roi.

Les gardes du cardinal

La rivalité avec les gardes du cardinal n'est pas une invention non plus. Richelieu entretenait bien sa propre troupe, distincte de celle du roi. Les tensions entre les deux corps étaient réelles, et parfois vives. Dumas n'a fait que les pousser à l'extrême.

Les duels malgré l'interdiction

Le roman fourmille de duels, et c'est l'un de ses traits les plus fidèles à l'époque. Louis XIII avait pourtant interdit ces affrontements. Les édits royaux se succédaient pour limiter les pertes inutiles dans la noblesse, sans grand succès. En 1627, le comte de Montmorency-Bouteville est même décapité pour s'être battu en plein Paris. L'exemple ne suffit pas. Les duels restaient malgré tout monnaie courante chez les jeunes gentilshommes des compagnies d'élite.

Une devise rendue célèbre par Dumas

La devise « Tous pour un, un pour tous », associée d'instinct aux mousquetaires, n'a jamais été celle du corps royal. C'est le roman de Dumas qui l'a rendue célèbre, comme un symbole de fraternité entre ses quatre héros. Elle a pourtant si bien marqué les esprits qu'elle éclipse aujourd'hui tout ce que l'on sait réellement de la troupe.

La fin d'un corps prestigieux

L'histoire du corps n'a rien d'un long fleuve tranquille. Il est dissous, rétabli, puis supprimé, au gré des économies budgétaires et des réformes militaires. Sa suppression la plus marquante intervient quatorze ans avant la Révolution.

Dissolutions et retours

Une première dissolution intervient en 1646, à l'initiative de Mazarin, pendant la minorité de Louis XIV, et le jeune roi rétablit la compagnie en 1657. Louis XVI supprime le corps en 1775, dans le cadre d'une vaste réforme destinée à réduire les dépenses de la cour. Les mousquetaires réapparaissent brièvement en 1814, sous la Restauration, avant de disparaître pour de bon au début de 1816.

Une légende plus forte que l'histoire

La troupe aura servi les rois de France pendant environ 150 ans, mais son image lui a survécu. Le succès du roman de Dumas au XIXe siècle, puis ses innombrables adaptations au cinéma et à la télévision, en ont fait l'un des symboles de la France d'Ancien Régime dans le monde entier. Aujourd'hui, on connaît bien mieux la légende des mousquetaires que leur véritable histoire militaire.