- Le Pont du Gard est un maillon de l’aqueduc qui alimente Nîmes en eau sur 50 kilomètres.
- Ses pierres tiennent sans mortier, par leur seul emboîtement, depuis près de 2 000 ans.
- Avec 48,77 mètres, il reste le plus haut pont-aqueduc romain connu au monde.
Culminant à près de 49 mètres au-dessus du Gardon, le Pont du Gard tient debout depuis environ deux mille ans, sans le moindre mortier pour lier ses pierres. Monument antique le plus visité de France, cet ouvrage hors norme n’était à l’origine qu’un maillon, certes le plus spectaculaire, d’un aqueduc destiné à alimenter Nîmes en eau.
Pourquoi Nîmes voulait-elle un aqueduc ?
Au Ier siècle de notre ère, la Gaule romaine se couvre de villes nouvelles, et chacune rivalise de prestige avec ses voisines. Nîmes ne fait pas exception. Construire un aqueduc y répond à la fois à un besoin pratique et à une ambition politique. Ces deux raisons expliquent l’ampleur du projet.
Une cité romaine en plein essor
Nemausus, nom antique de Nîmes, connaît alors une croissance rapide et approche les 20 000 habitants. La source qui alimentait jusque-là la ville suffit à boire, mais plus aux thermes, aux fontaines publiques et aux jardins des riches demeures. Les autorités décident donc de capter l’eau d’une source située près d’Uzès et de l’acheminer jusqu’à la ville, sur quelque 50 kilomètres.
Un ouvrage de prestige
L’aqueduc n’a rien d’une nécessité vitale : Nîmes dispose déjà de puits et d’une source à proximité. Il sert avant tout de vitrine. Il doit démontrer le savoir-faire de la civilisation romaine urbaine, alors à l’apogée de sa puissance.
Un chantier hors norme
Le Pont du Gard n’est que la partie visible d’un projet bien plus vaste. Sur toute la longueur de l’aqueduc, les ingénieurs romains doivent résoudre des problèmes de pente, de relief et de matériaux. Leurs solutions impressionnent encore les spécialistes. Elles reposent sur des mesures d’une grande précision, une architecture audacieuse et une maîtrise remarquable de la pierre.

Une précision d’orfèvre sur 50 kilomètres
Le vrai tour de force ne tient pas qu’à la longueur. L’eau doit s’écouler par simple gravité, sans aucune pompe, du point de captage jusqu’à la ville. Les ingénieurs doivent donc tenir une pente d’une régularité extrême : 24 à 25 centimètres de dénivelé par kilomètre en moyenne, soit 0,025 %. C’est l’une des plus faibles jamais réalisées à cette époque.
Pour obtenir une telle précision sur un tracé aussi long, les arpenteurs utilisent un chorobate, un instrument de nivellement sophistiqué pour l’époque et ancêtre du niveau de chantier moderne. Résultat : 30 000 à 40 000 mètres cubes d’eau arrivent chaque jour à Nîmes, soit près de 400 litres par seconde.
Trois étages pour franchir le Gardon
Sur l’essentiel de son tracé, l’aqueduc serpente sous terre ou à travers la garrigue, dissimulé dans le paysage. Mais au passage du Gardon, rivière capricieuse sujette à de violentes crues, aucune solution souterraine n’est envisageable : il faut un pont. Ce sera le Pont du Gard, chef-d’œuvre d’architecture antique à trois rangs d’arcades superposées. On compte six arches en bas, onze au milieu et trente-cinq arceaux au sommet, là où passe le canal.
Avec ses 48,77 mètres de hauteur, il reste le plus haut pont-aqueduc romain connu au monde. Son étage supérieur s’étend sur 275 mètres, contre 360 à l’origine : douze arches ont disparu à ses extrémités.
Des pierres assemblées sans mortier
Le pont a nécessité environ 21 000 mètres cubes de calcaire, soit près de 50 000 tonnes. Les blocs viennent de carrières toutes proches, dont celle de l’Estel, à 600 mètres en aval sur la rive gauche du Gardon. Certains pèsent jusqu’à 6 tonnes.
Fait remarquable : ils sont assemblés sans aucun mortier, par simple emboîtement et par la force de la gravité. Cette technique explique en partie l’extraordinaire longévité du monument. Le chantier mobilise entre 800 et 1 000 ouvriers. La construction du pont lui-même aurait duré de trois à cinq ans, celle de l’aqueduc entier près de quinze ans.
| Le Pont du Gard en chiffres | Valeur |
|---|---|
| Hauteur | 48,77 m |
| Longueur de l’étage supérieur | 275 m (360 m à l’origine) |
| Arches par étage | 6, 11 et 35 |
| Calcaire utilisé | 21 000 m³, près de 50 000 t |
| Blocs les plus lourds | Jusqu’à 6 t |
| Ouvriers mobilisés | 800 à 1 000 |
| Durée du chantier du pont | 3 à 5 ans |
Qui a payé le chantier ?
Un tel ouvrage aurait coûté l’équivalent de cent millions de sesterces, soit environ 46 M€ actuels. Pour réunir une somme pareille, toute la société est mise à contribution. Le peuple paie davantage d’impôts. Les riches notables de la cité participent aussi, en échange de la reconnaissance et du prestige que leur vaut un tel geste.
Du déclin à la gloire
Un aqueduc ne vit que s’il est entretenu. Celui de Nîmes fonctionne pendant des générations, puis s’éteint lentement avec l’Empire qui l’a construit. Le pont, lui, connaît un tout autre destin. Il traverse le Moyen Âge, puis devient l’un des monuments les plus admirés du pays.
Cinq siècles de service, puis l’oubli
Une fois achevé, l’aqueduc alimente Nîmes pendant près de cinq siècles. Dès le IVe, l’entretien commence pourtant à faire défaut. Des dépôts calcaires s’accumulent dans la conduite et obstruent jusqu’aux deux tiers, voire aux trois quarts de sa section par endroits. Le débit qui arrive en ville diminue d’autant.
L’aqueduc cesse de fonctionner au début du VIe siècle, avec le déclin de l’Empire romain en Gaule. Le Pont du Gard survit pourtant à l’abandon de sa fonction d’origine. Sa robustesse lui permet de traverser les époques suivantes, et il sert notamment de pont routier au Moyen Âge.
Un monument toujours admiré
Classé au patrimoine mondial de l’Unesco en 1985, le Pont du Gard attire des visiteurs venus du monde entier. Il impressionne aussi les archéologues. Les voussoirs de ses arches portent encore des repères gravés par les tailleurs romains : des lettres et des chiffres qui indiquent la place de chaque bloc dans l’édifice. Cette forme précoce d’organisation de chantier permettait de les tailler en carrière avant de les acheminer. Deux mille ans plus tard, ces marques discrètes racontent encore, pierre après pierre, l’histoire de sa construction.