- Le 4 octobre 2026, l’Italie fête les 800 ans de la mort de saint François d’Assise.
- Sa basilique abrite l’un des grands cycles de fresques du Moyen Âge italien.
- De Giotto à Messiaen, le poverello inspire peintres, musiciens et cinéastes depuis huit siècles.
Ce dimanche, jour de sa fête, l’Italie célèbre son saint patron. Mort le 3 octobre 1226, François d’Assise est honoré pour le huitième centenaire de sa disparition, et sa fête redevient un jour férié national, une première depuis la fin des années 1970. Au printemps déjà, près de 400 000 personnes avaient réservé leur visite pour voir ses ossements, exposés au public pour la première fois dans la basilique d’Assise.
Au-delà de la ferveur religieuse, cet anniversaire rappelle une évidence : après le Christ et la Vierge, François est la figure la plus représentée de l’art chrétien. Le « poverello », le petit pauvre d’Assise, n’a jamais cessé d’inspirer les artistes, de la fresque au cinéma.
Assise, un musée à ciel ouvert
Tout commence dans sa ville natale, perchée sur les pentes du mont Subasio, en Ombrie. François est canonisé le 16 juillet 1228, moins de deux ans après sa mort. Dès le lendemain, le pape Grégoire IX pose la première pierre d’une basilique à sa mémoire. Le chantier va attirer les meilleurs peintres de son temps.
Une basilique sur deux niveaux
L’édifice superpose deux sanctuaires, consacrés en 1253. Celui du bas, sombre et recueilli, abrite le tombeau du saint. Cimabue, Simone Martini et Pietro Lorenzetti y ont laissé des fresques majeures. Celui du haut, vaste et lumineux, raconte la vie de François sur ses murs.
Les 28 fresques de la Légende
Le cycle de l’église supérieure compte 28 scènes, peintes à la fin du XIIIe siècle : le don du manteau, la prédication aux oiseaux, les stigmates. La tradition l’attribue à Giotto, même si les historiens de l’art débattent encore de la part exacte du maître et de son atelier. Fragilisée par le séisme de septembre 1997, qui avait fait s’effondrer une partie des voûtes, la basilique a rouvert en 1999 et figure depuis 2000 au patrimoine mondial de l’Unesco.

Un saint qui a changé la façon de peindre
François n’a pas seulement servi de sujet aux artistes. Sa manière de vivre et de prier a fait évoluer l’art religieux lui-même. Les peintres cherchent désormais à toucher le fidèle, plus qu’à l’impressionner. Ce virage annonce la Renaissance.
Des visages enfin humains
Dans la Maestà de l’église inférieure, Cimabue représente François en petit homme maigre, au visage creusé, loin des saints figés de l’art byzantin. Giotto pousse l’idée encore plus avant : ses personnages ont du poids, des émotions, des gestes vrais. La spiritualité franciscaine, tournée vers l’humilité et le quotidien, pousse la peinture vers le réalisme.
La crèche de Greccio
On doit aussi à François une tradition que tout le monde connaît. À Noël 1223, dans le village de Greccio, il fait installer une mangeoire, un bœuf et un âne pour que les habitants revivent la naissance du Christ. Cette scène vivante est considérée comme l’ancêtre de nos crèches. Giotto l’a d’ailleurs représentée dans le cycle d’Assise.
Le Cantique des créatures, un poème fondateur
François n’était pas qu’un sujet de tableaux : il était aussi poète. Vers la fin de sa vie, malade et presque aveugle, il compose un chant de louange à la nature. Ce texte court a eu une portée immense. Il marque à la fois la littérature italienne et la pensée écologique.
L’un des premiers textes en italien
Écrit vers 1225, le Cantique des créatures célèbre « frère Soleil », « sœur Lune », le vent, l’eau et le feu. Il est rédigé dans la langue du peuple d’Ombrie, et non en latin. C’est pour cette raison qu’on le compte parmi les textes fondateurs de la littérature italienne, un siècle avant Dante.
Le patron des écologistes
Ce regard fraternel sur la nature lui vaut d’être proclamé patron des écologistes par Jean-Paul II en 1979. En 2015, le pape François, le premier à prendre son nom, intitule son encyclique sur l’environnement Laudato si’, d’après les mots qui ouvrent le Cantique.
De Liszt à Rossellini, huit siècles d’inspiration
L’influence de François dépasse largement la peinture médiévale. Compositeurs et cinéastes se sont emparés de sa figure, chacun à sa manière. Certains y voient un mystique, d’autres un rebelle qui a renoncé à la richesse. Tous retiennent sa simplicité.
En musique
En 1863, Franz Liszt compose pour piano « La prédication aux oiseaux », où les trilles de l'instrument imitent leurs chants. Charles Gounod lui consacre un oratorio en 1891, longtemps perdu puis retrouvé dans un couvent du Val-d’Oise. Mais le sommet reste l’opéra d’Olivier Messiaen, Saint François d’Assise, créé au palais Garnier en 1983 après huit ans de travail.
Au cinéma
Roberto Rossellini signe en 1950 « Les Onze Fioretti de François d’Assise », tourné avec de vrais moines franciscains. Franco Zeffirelli en tire en 1972 « François et le chemin du soleil », un film plus lyrique qui séduit toute une génération. Le saint d’Assise devient alors une figure de la contre-culture.
Que voir à Assise cet automne ?
Les célébrations du huitième centenaire se prolongent bien au-delà du 4 octobre. La ville d’Assise multiplie les rendez-vous culturels autour du saint. Pour un amateur d’art, c’est l’occasion de voir réunies des pièces rarement montrées. Le voyage vaut d’autant plus la peine que la foule de l’été est passée.
L’exposition de la Portioncule
Jusqu’au 25 octobre 2026, l’exposition « Saint François à la Portioncule » réunit pour la première fois son bréviaire et celui de sainte Claire. On y voit aussi un portrait attribué à Cimabue qui, selon la tradition, servait de couvercle au premier cercueil du saint, ainsi qu’un crucifix peint par Giunta Pisano vers 1236. La Portioncule, petite chapelle abritée dans la basilique Sainte-Marie-des-Anges, est le lieu même où il s’est éteint.
Une fête nationale retrouvée
Le retour du 4 octobre comme jour férié dit l’attachement des Italiens à leur saint patron. Huit cents ans après sa mort, l’homme qui avait tout abandonné continue de remplir les églises, les musées et les salles de concert. Peu de figures du Moyen Âge peuvent revendiquer une telle postérité artistique.