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La fabuleuse histoire de la Citroën 2CV

Histoire par Hervé -  9 min - 63 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • La 2CV naît d'une idée datant de 1936 : transporter deux paysans et leurs récoltes.
  • Moquée au Salon de 1948, elle motorise la France rurale pendant plus de quarante ans.
  • Arrêtée en 1990, la 2CV revient en version électrique, avec un lancement prévu en 2028.

Avec sa carrosserie en tôle ondulée, son toit en toile et sa suspension qui tangue dans les virages, la Citroën 2CV ne ressemble à aucune autre voiture. Pendant plus de quarante ans, elle transporte des familles, des artisans et des agriculteurs sur toutes les routes de France. Son histoire commence pourtant bien avant 1948, dans les bureaux d'études d'une marque décidée à mettre l'automobile à la portée des campagnes.

Retour sur la naissance, le succès et la longévité d'une voiture que personne ne prend au sérieux à ses débuts, et qui devient l'un des symboles les plus attachants de l'industrie française.

Un simple idée pour la France paysanne

Au milieu des années 1930, la France reste un pays largement rural. Dans les campagnes, on circule encore à cheval, à vélo ou en charrette, car l'automobile coûte bien trop cher. Michelin, qui vient de reprendre Citroën, y voit un immense marché à conquérir. Pierre-Jules Boulanger, le nouveau patron de la marque, lance alors un projet au nom évocateur : la TPV, pour « toute petite voiture ».

Quatre roues sous un parapluie

Le cahier des charges de 1936 reste célèbre. La voiture doit transporter deux cultivateurs en sabots et cinquante kilos de marchandises à 60 km/h, en consommant trois litres aux cent kilomètres. Elle doit aussi traverser un champ labouré avec un panier d'œufs à bord, sans en casser un seul. Boulanger résume l'idée en une formule : quatre roues sous un parapluie.

Paysan posant ses oeufs dans sa 2CV

L'ingénieur André Lefèbvre et le designer Flaminio Bertoni se mettent au travail. Pour gagner du poids, tout est réduit à l'essentiel. Un seul phare sur les premiers prototypes, des sièges en hamac, une carrosserie en tôle ondulée et un toit en toile qui s'ouvre jusqu'au coffre.

Boulanger teste lui-même chaque prototype, avec une exigence restée célèbre. Grand de taille, il tient à pouvoir monter à bord sans retirer son chapeau. Le toit de la future 2CV est dessiné en conséquence, ce qui lui donne cette silhouette haute si reconnaissable.

Des prototypes cachés pendant la guerre

En 1939, environ 250 exemplaires de présérie sont prêts à être dévoilés au Salon de Paris. La déclaration de guerre balaie tout. Pour éviter que l'occupant ne s'empare du projet, Citroën détruit la plupart des prototypes et en cache quelques-uns. Trois d'entre eux refont surface en 1994, dissimulés dans une grange du centre d'essais de La Ferté-Vidame.

Pendant l'Occupation, les ingénieurs continuent de travailler en secret. Ils profitent de cette période pour revoir leur copie, notamment le moteur, qui abandonne l'eau au profit d'un refroidissement par air, bien plus simple à entretenir. C'est le motoriste Walter Becchia qui signe ce bicylindre, appelé à une longévité exceptionnelle.

1948, une présentation qui fait rire tout Paris

Le 7 octobre 1948, la 2CV fait enfin ses débuts au Salon de l'automobile de Paris, en présence du président Vincent Auriol. Le public découvre une voiture minuscule, grise, au dessin déroutant. La presse se moque volontiers de son allure de cabane sur roues. Un journaliste américain aurait même demandé si elle était livrée avec un ouvre-boîte.

Un moteur bicylindre increvable

Sous le capot, un petit bicylindre de 375 cm³ refroidi par air développe 9 chevaux. Il emmène la voiture à 65 km/h environ, sans se presser, mais il ne craint ni le gel ni la surchauffe. Sa simplicité devient un argument : n'importe quel garagiste de village sait le réparer, avec quelques outils et un peu de bon sens.

Un papa et son fils réparent une 2CV

Mieux encore, son propriétaire peut s'en occuper lui-même. Pas de radiateur ni de liquide de refroidissement, et un moteur accessible dès l'ouverture du capot : vidange, bougies ou réglage de l'allumage se font dans la cour de la ferme. Les ailes, les portes et le capot se démontent en quelques boulons, ce qui simplifie les réparations après un accrochage. Des générations de conducteurs apprennent la mécanique sur une 2CV, avec une caisse à outils réduite et un peu de patience.

La suspension fait le reste. Les roues avant et arrière sont reliées entre elles, ce qui permet à la 2CV d'avaler les chemins de terre avec une douceur étonnante. La voiture penche beaucoup dans les virages, mais elle tient la route bien mieux que son allure ne le laisse croire.

Des années d'attente pour une voiture

La production démarre en 1949 à l'usine de Levallois, aux portes de Paris. Malgré les railleries, les commandes affluent. La demande dépasse tellement l'offre que les délais de livraison se comptent en années au début de la décennie 1950. Citroën sert alors en priorité ceux qui en ont un vrai besoin professionnel : médecins de campagne, vétérinaires, agriculteurs ou sages-femmes.

Faute de stock disponible, une 2CV d'occasion peut même se revendre plus cher qu'un modèle neuf. La voiture moquée au Salon devient l'une des plus convoitées du pays.

Au quotidien, la 2CV séduit par mille astuces. Les sièges se démontent en quelques secondes pour servir de banc lors d'un pique-nique, et le toit en toile se replie pour transporter une armoire ou un veau. Les vitres avant se relèvent en deux parties, faute de place pour un mécanisme de lève-vitre.

Pique-nique en famille à côté d'une 2CV

Comment la 2CV devient-elle une icône populaire ?

Au fil des décennies, la 2CV évolue sans jamais renier son esprit. Le moteur gagne en puissance, les finitions s'améliorent, et la gamme s'élargit pour répondre à tous les usages. Elle quitte peu à peu les fermes pour séduire les étudiants, les familles et les voyageurs en quête de liberté.

Fourgonnette, Sahara et Charleston

Dès 1951, une version fourgonnette rejoint la gamme, avec sa caisse en tôle ondulée et sa grande porte arrière. Elle devient vite l'outil de travail des campagnes. Le boulanger en tournée en fait son fourgon de livraison, et son coup de klaxon annonce l'arrivée du pain frais dans les hameaux trop petits pour avoir leur propre boutique. Les facteurs, les agents EDF, les artisans et les épiciers ambulants l'adoptent à leur tour, au point qu'elle fait partie du décor de tous les villages de France.

En 1970, la 2CV6 reçoit un moteur de 602 cm³ et dépasse enfin les 100 km/h. Dix ans plus tard, la Charleston et sa peinture bicolore bordeaux et noir apportent une touche rétro qui séduit une nouvelle clientèle.

2CV Charleston devant un café provençal

Une voiture fabriquée aux quatre coins du monde

Le succès dépasse vite les frontières françaises. La 2CV est assemblée en Belgique, en Grande-Bretagne et en Argentine, mais aussi au Chili, en Iran ou au Portugal, avec des adaptations locales. Elle parcourt les pistes africaines, les routes de montagne d'Amérique du Sud et les villes d'Europe.

Partout, elle conserve les mêmes qualités : un entretien minimal, une consommation raisonnable et une robustesse à toute épreuve. Dans les régions où les routes goudronnées se font rares, ces atouts valent bien plus que la vitesse ou le confort.

Du cinéma aux raids au bout du monde

La 2CV devient aussi une star de l'écran. Dans Le Gendarme de Saint-Tropez, en 1964, une religieuse au volant d'une 2CV dévale les routes de la presqu'île à un train d'enfer. Elle prend les virages sans lever le pied, sous le regard effaré de Louis de Funès et de ses gendarmes. La scène fait rire toute la France et colle durablement à la voiture une image espiègle.

Un an plus tard, dans Le Corniaud, la 2CV de Bourvil part en morceaux après un choc avec la Rolls de Léopold Saroyan. En 1981, James Bond s'en sert à son tour pour une course-poursuite mémorable dans Rien que pour vos yeux, au volant d'un modèle jaune.

Citroën organise de son côté de grands raids pour prouver son endurance. Le Paris-Kaboul-Paris de 1970 voit des centaines de jeunes équipages traverser l'Europe et l'Asie au volant de 2CV et de Dyane. La petite voiture des campagnes devient un symbole de liberté pour toute une génération.

2CV au rallye Paris-Dakar

La 2CV s'attaque même au Dakar, la course la plus redoutée du monde. Plusieurs passionnés tentent l'aventure sans atteindre l'arrivée, comme les frères Marques en 2007 avec un modèle de 1963. Il faut attendre 2024 pour qu'une 2CV de 1979 surnommée « Duckar », pilotée par deux Tchèques, boucle enfin le parcours dans la catégorie Classic.

La fin d'une époque et une seconde vie

Dans les années 1980, la 2CV paraît bien fragile face aux nouvelles normes de sécurité et de pollution. Les ventes reculent, et Citroën prépare doucement sa sortie. La fin de la production ne signe pourtant pas la fin de l'histoire : la voiture entame une nouvelle vie, celle d'un objet de collection et de passion.

Les derniers exemplaires sortent du Portugal

L'usine de Levallois ferme ses portes en 1988. La production se poursuit quelque temps au Portugal, à Mangualde, où la toute dernière 2CV sort de chaîne le 27 juillet 1990. Au total, plus de cinq millions d'exemplaires sortent d'usine, fourgonnettes comprises, dont environ les trois quarts en berlines.

Une passion toujours bien vivante

Des milliers de 2CV roulent encore en France. Les clubs organisent des rassemblements, des balades et même des courses, comme le 2CV Cross, où les voitures s'affrontent sur des pistes de terre. Les pièces détachées restent faciles à trouver, et des artisans proposent des conversions électriques pour prolonger leur carrière.

Balade à Paris en 2CV

À Paris, des visites guidées en 2CV font découvrir la capitale aux touristes, toit ouvert sur les monuments. La voiture des campagnes devient ainsi une ambassadrice de la France tout entière. Sur le marché de la collection, les modèles bien restaurés prennent régulièrement de la valeur, signe que l'attachement du public ne faiblit pas.

Un retour annoncé en version électrique

L'histoire ne s'arrête pas là. Le 21 mai 2026, Citroën officialise le retour de la 2CV, cette fois en version 100 % électrique. Le modèle doit inaugurer une nouvelle plateforme de Stellantis pensée pour des gabarits à batterie abordables, avec un prix visé autour de 15 000 euros. La production est prévue en Italie, près de Naples, pour une commercialisation en 2028.

Un premier concept est attendu au Mondial de l'Auto de Paris, du 12 au 18 octobre 2026. Près de quatre-vingts ans après ses débuts au même salon, la 2CV y revient avec la même ambition : mettre la voiture à la portée du plus grand nombre.

2CV sur une route de campagne

Imaginée pour des paysans qui découvrent l'automobile, la 2CV finit par séduire tout le monde. Sa recette tient en trois mots : simplicité, robustesse et bonne humeur. Plus de trente-cinq ans après le dernier exemplaire, elle fait encore sourire sur son passage, et s'apprête même à reprendre la route. Preuve qu'une voiture modeste peut marquer durablement les mémoires.