- Septembre Bouge, piloté par les ministères des Sports et de la Santé, promeut l'activité physique.
- Selon l'Anses, 95 % des adultes français présentent un risque lié au manque d'activité.
- L'objectif : 30 minutes d'activité par jour pour un adulte, 60 pour un enfant.
Depuis le début du mois, la France a un rendez-vous dédié à l'activité physique. Septembre Bouge est piloté par les ministères des Sports et de la Santé dans le cadre de la stratégie nationale sport-santé 2025-2030, et présenté comme un héritage des Jeux de Paris. Concrètement, une tournée de dix-huit villes-étapes en métropole et outre-mer a été lancée le 3 à Villeneuve-d'Ascq, avec des villages gratuits de découverte et d'ateliers. S'y ajoutent une carte interactive des initiatives locales, l'appui des 589 Maisons Sport-Santé et un temps fort le 14, avec la deuxième Fête du sport. Le message tient en un chiffre : trente minutes par jour pour un adulte, soixante pour un enfant.
Les chiffres qui justifient l'opération viennent de l'Anses. Selon son expertise de 2022, 95 % des adultes français présentent un risque pour leur santé lié à un manque d'activité physique ou à un temps assis trop long, en moyenne sept heures quotidiennes. Le ministère chiffre les conséquences à 38 000 décès évitables et 62 000 nouvelles pathologies par an, pour un coût social de 140 milliards d'euros. Chez les 11-17 ans, deux sur trois cumulent chaque jour plus de deux heures d'écran et moins de soixante minutes d'activité.
Sédentaire et inactif, ce n'est pas la même chose
La distinction est au cœur de la campagne et elle échappe à la plupart des gens. L'inactivité physique, c'est ne pas atteindre les 150 minutes hebdomadaires d'activité modérée recommandées par l'OMS. La sédentarité, c'est le temps passé assis ou allongé pendant la journée, quelle que soit la pratique sportive par ailleurs. Les deux se cumulent, mais l'un ne corrige pas l'autre. Quelqu'un qui court trois fois trente minutes par semaine respecte la recommandation de l'OMS tout en restant sédentaire s'il passe neuf heures assis entre deux séances. Le rapport du Sénat de novembre 2025 sur le sport-santé insiste précisément sur ce point, parce que les politiques publiques n'ont longtemps compté que le sport.

Ce qui se passe dans le corps quand on reste assis
Assis, les grands muscles des jambes et du dos ne se contractent presque plus. Or ce sont eux qui, en travaillant, captent le sucre du sang et brûlent les graisses circulantes. Au bout d'une heure sans bouger, la capacité des muscles à absorber le glucose baisse, le taux de sucre et de triglycérides reste plus élevé après les repas, et la circulation dans les jambes ralentit. Répété tous les jours pendant des années, ce mécanisme explique les chiffres des grandes cohortes.
Une méta-analyse de 2023, citée par le Sénat, compare les adultes les plus sédentaires aux plus actifs. Le surrisque atteint 13 % pour le diabète de type 2, et jusqu'à 30 % pour le cancer colorectal et la démence. Une étude menée par des chercheurs norvégiens et parue la même année dans le British Journal of Sports Medicine donne une échelle plus parlante. Sur près de 12 000 adultes équipés d'accéléromètres, elle montre qu'au-delà de douze heures sur une chaise chaque jour, le risque de décès grimpe de 38 %. La comparaison se fait avec des personnes qui n'y restent que huit heures. Les maladies cardiovasculaires, l'obésité et certains cancers du sein suivent la même pente.
Combien de mouvement pour compenser ?
C'est la question qui intéresse tout le monde, et la recherche a une réponse chiffrée depuis peu. Cette même étude norvégienne a établi qu'à partir de 22 minutes par jour d'activité modérée à intense, le surrisque de mortalité lié au temps assis disparaît dans les données. La marche rapide, le vélo ou les escaliers montés d'un bon pas suffisent. En 2020, Ulf Ekelund et son équipe, à partir de 44 000 personnes mesurées par accéléromètre, avaient trouvé un seuil un peu plus haut, 30 à 40 minutes quotidiennes pour les plus sédentaires. Les deux chiffres sont cohérents, et tous deux sont bien en dessous de ce que beaucoup imaginent.
Deux nuances que les mêmes chercheurs tiennent à rappeler. D'abord, le temps assis reste un facteur de risque indépendant : même chez ceux qui font une heure de sport par jour, onze heures assises pèsent encore. La séance du soir aide, elle n'efface pas la journée. Ensuite, la façon de rester assis pèse autant que la durée. Se lever deux ou trois minutes toutes les demi-heures, pour marcher, monter un étage ou simplement se dégourdir, réduit les pics de glycémie après les repas. Une seule séance en fin de journée n'y parvient pas. Les bureaux debout, eux, changent peu de chose s'ils remplacent une posture figée par une autre.
Ce que ça donne dans une journée ordinaire
Traduit en pratique, le seuil de 22 à 30 minutes ne demande ni salle ni équipement. Il suffit de descendre une station de métro ou de bus plus tôt, de prendre l'escalier au lieu de l'ascenseur ou de faire le tour du pâté de maisons à la pause déjeuner. On peut aussi téléphoner en marchant, ou aller chercher le pain à pied plutôt qu'en voiture. Cela correspond à 7 000 à 8 000 pas par jour pour un adulte, le niveau au-delà duquel les grandes études ne voient plus de gain de mortalité significatif. On est loin du mythe des 10 000 pas, né d'une campagne publicitaire japonaise des années 1960.
Pour le temps assis lui-même, la règle des chercheurs est simple : jamais plus d'une heure d'affilée. Un réveil, une bouteille d'eau à aller remplir, une réunion debout, tout ce qui force à se lever fait l'affaire. C'est ce que Septembre Bouge essaie d'installer dans les habitudes, sans compétition ni performance : pas du sport en plus, du mouvement à la place de l'immobilité.