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Le vidéoclub du vendredi soir, un rituel disparu

Loisirs par Charline -  6 min - 59 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Dans les années 1980, le vidéoclub devient le rendez-vous du week-end de millions de familles.
  • La VHS l'emporte sur le Betamax et le V2000, sans être la meilleure techniquement.
  • Le DVD, le téléchargement puis le streaming font disparaître presque tous les vidéoclubs.

Le vendredi soir avait un parfum particulier. Après le travail ou l'école, toute la famille filait au vidéoclub récupérer la nouveauté réservée la semaine précédente. Les plus chanceux repartaient avec deux ou trois cassettes sous le bras, de quoi tenir tout le week-end.

Pendant une vingtaine d'années, ces petites boutiques ont rythmé les loisirs de millions de Français. Elles ont presque toutes disparu. Retour sur une époque où l'on choisissait un film à sa jaquette, et où l'on n'oubliait surtout pas de rembobiner.

Le magnétoscope s'invite dans le salon

Au début des années 1980, un nouvel appareil trône sous le téléviseur. Le magnétoscope permet enfin de regarder un film quand on le souhaite, et plus seulement quand la télévision le programme. Encore fallait-il choisir le bon format, car trois systèmes se disputaient alors le marché.

VHS, Betamax ou V2000 : la guerre des formats

Sony lance le Betamax en 1975, JVC répond avec la VHS l'année suivante, et Philips propose le V2000 en 1979. Les spécialistes jugent l'image du Betamax supérieure. C'est pourtant la VHS qui l'emporte, au point que Sony finit lui-même par adopter le format rival en 1988.

Ses cassettes enregistrent plus longtemps, assez pour contenir un long-métrage entier, et de nombreux fabricants l'adoptent sous licence. Les vidéoclubs suivent naturellement le format le plus répandu. La meilleure technologie ne gagne pas toujours : la plus pratique s'impose.

Un vidéoclub dans chaque quartier

Les boutiques de location fleurissent partout, jusque dans les petites villes. Des murs entiers de jaquettes, classées par genre : comédie, action, horreur, dessins animés. Même certaines stations-service ou épiceries installent leur propre présentoir de location. Un rayon un peu à l'écart, réservé aux adultes, que les adolescents lorgnaient du coin de l'œil.

On s'y inscrit avec une carte d'abonné, parfois une caution. Le prix d'une location reste modeste face à celui d'une cassette neuve, souvent hors de portée à l'époque. Pour beaucoup de familles, louer devient la seule façon de voir les films récents sans aller au cinéma.

Location de DVD chez Vidéo Futur

Le rituel du vendredi soir

Aller au vidéoclub n'avait rien d'une simple course. C'était un rendez-vous, avec ses habitudes et ses petites angoisses. Rater la sortie d'un film attendu pouvait gâcher tout un week-end.

La course aux nouveautés

Les titres les plus demandés n'existaient qu'en quelques exemplaires. Les clients avisés les réservaient donc une semaine à l'avance, puis passaient les récupérer le vendredi ou le samedi. Les autres tentaient leur chance et repartaient souvent avec un second choix.

Le gérant devenait un conseiller de confiance. Il connaissait les goûts de ses habitués, mettait de côté une cassette pour un client fidèle, glissait une recommandation au comptoir. Une forme de suggestion personnalisée, bien avant les algorithmes des plateformes.

Restait à se décider sur la seule foi de la jaquette. Un titre accrocheur, une image spectaculaire, quelques lignes de résumé au dos. Les déceptions étaient fréquentes, les bonnes surprises aussi. Et au retour, une règle sacrée : rembobiner la cassette, sous peine d'une petite amende dans certaines boutiques.

Deux magnétoscopes et une paire de ciseaux

Les films préférés, on voulait les revoir. Beaucoup de foyers ont alors branché deux magnétoscopes l'un sur l'autre pour dupliquer la cassette louée. La pratique était illégale, mais très répandue. Les éditeurs ont riposté au milieu des années 1980 avec des procédés anti-copie qui brouillaient l'image des duplicatas. L'enregistrement des programmes télévisés complétait la collection : on programmait l'appareil avant de sortir, en priant pour que la soirée ne prenne pas de retard.

Pour habiller ces copies, le magazine Télé K7 proposait les jaquettes des films diffusés à la télévision, prêtes à découper. Les étagères se couvraient de cassettes bien rangées, avec parfois un titre écrit au feutre sur la tranche quand la jaquette manquait. Chaque salon avait sa petite vidéothèque maison.

Distributeur automatique de DVD

Du DVD au streaming, la fin d'une époque

À la fin des années 1990, le disque argenté arrive en France. Image plus nette, menus, plus besoin de rembobiner : la cassette prend un coup de vieux. Les vidéoclubs s'adaptent, mais leurs jours sont déjà comptés.

DVD vierges et graveurs d'ordinateur

Avec le DVD, la copie change simplement d'outil. Des logiciels comme DVD Shrink font tenir un film sur un disque vierge, gravé depuis l'ordinateur familial. Les galettes coûtent pourtant cher en France, à cause de la rémunération pour copie privée prélevée sur chaque support. Beaucoup d'acheteurs les commandent alors par piles de cinquante sur des sites allemands, bien moins chers, avec les boîtiers assortis. On se groupe à deux ou trois pour partager les frais de port. Encore faut-il choisir le bon format : DVD-R ou DVD+R, deux standards rivaux que tous les appareils ne lisent pas. Vingt ans après VHS contre Betamax, l'histoire se répète.

Chaque cloche réserve aussi son lot de déceptions : deux ou trois galettes ratées pendant la gravure, aussitôt recyclées en sous-verres. Les autres reçoivent une étiquette ronde imprimée à la maison, collée bien au centre pour ne pas faire vibrer le lecteur.

En 2006, la loi DADVSI interdit expressément de contourner les protections anti-copie des DVD. Le texte transpose une directive européenne de 2001 sur le droit d'auteur. Les logiciels de copie disparaissent peu à peu des magazines informatiques, et le temps de la débrouille s'achève.

Le streaming referme la porte

Le téléchargement sur internet porte un premier coup aux boutiques de location. Puis arrivent la vidéo à la demande et les plateformes de streaming, avec Netflix en France à partir de 2014. Plus besoin de sortir de chez soi : des milliers de films attendent derrière la télécommande. Les nouvelles générations ne connaîtront jamais l'attente d'une nouveauté réservée : une sortie se regarde le soir même, sur le téléviseur comme sur le téléphone.

Les vidéoclubs ferment les uns après les autres. Même la plus célèbre des chaînes françaises, Vidéo Futur, n'y échappe pas. Née en 1982 d'une première boutique ouverte à Sartrouville, dans les Yvelines, elle compte environ 400 magasins à son apogée. Elle dépose pourtant le bilan en 2008, et son repreneur, Netgem, la réoriente vers la location en ligne. Quelques irréductibles subsistent encore, souvent tenus par des passionnés, et des distributeurs automatiques de DVD ont pris le relais dans certaines communes.

Il en reste surtout des souvenirs. Le bruit de la cassette qu'on enfonce dans le magnétoscope, l'odeur du plastique des boîtiers, la file d'attente du vendredi. Le streaming a gagné en confort ce qu'il a perdu en rituel.

Certains n'ont d'ailleurs jamais tourné la page. Les bricoleurs d'hier achètent aujourd'hui leurs films en DVD ou en Blu-ray, pour l'image, les bonus et la certitude de les garder. Sur une plateforme, un titre peut disparaître du catalogue du jour au lendemain. Sur l'étagère, il reste à portée de main, pour les après-midi d'hiver.