- Ratu et Delilah, deux rhinocéros de Sumatra, attendent chacune un petit pour le mois de mai.
- Il reste moins de 80 rhinocéros de Sumatra à l’état sauvage, tous en Indonésie.
- Chaque naissance compte pour cette espèce classée en danger critique d’extinction.
La nouvelle est tombée ce dimanche, et elle a fait le tour du monde des défenseurs de la nature. Le ministère indonésien des Forêts annonce que deux femelles rhinocéros de Sumatra sont gestantes. Pour cet animal parmi les plus rares de la planète, deux naissances d’un coup représentent un événement.
Selon le ministère, ces grossesses ne sont pas seulement une bonne nouvelle pour l’Indonésie, mais pour le monde entier. La formule n’a rien d’exagéré. Il reste moins de 80 rhinocéros de Sumatra à l’état sauvage, et l’espèce est classée en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Certaines estimations ne retiennent même qu’une trentaine d’adultes en âge de se reproduire.
Deux grossesses très attendues
Les deux futures mères ne sont pas des inconnues pour les spécialistes. Elles vivent dans le sanctuaire du parc national de Way Kambas, à la pointe sud de l’île de Sumatra. Une équipe de vétérinaires et de soigneurs les suit de près depuis l’annonce. La moindre complication pourrait coûter cher à l’espèce.
Ratu et Delilah, mère et fille
Ratu est l’une des femelles les plus précieuses du programme de sauvegarde. Elle a déjà donné naissance à Andatu en 2012, puis à Delilah en 2016. Sa fille a pris le relais : en 2023, Delilah a elle-même mis bas un petit mâle de 25 kilos, découvert un matin par un garde, dix jours avant la date prévue. Deux générations attendent donc un petit en même temps.
Une gestation de plus d’un an
Chez le rhinocéros de Sumatra, la gestation dure environ quinze à seize mois. Les deux bébés sont attendus en mai. Une femelle ne met au monde qu’un seul petit à la fois, et seulement tous les trois à quatre ans. Ce rythme très lent explique pourquoi chaque grossesse est suivie avec autant d’attention.

Pourquoi le rhinocéros de Sumatra est-il autant menacé ?
Il y a encore un siècle, cet animal vivait dans une grande partie de l’Asie du Sud-Est, de l’Inde à la Malaisie. Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’à Sumatra et dans la partie indonésienne de Bornéo. Les populations sont minuscules et éparpillées. Plusieurs causes se sont additionnées pour en arriver là.
Le plus petit des rhinocéros
C’est la plus petite des cinq espèces encore vivantes. Un adulte pèse entre 600 et 950 kilos environ, bien loin des deux tonnes de son cousin blanc d’Afrique. Il porte deux cornes et une peau gris sombre couverte de poils roussâtres, clairsemés chez l’adulte et bien plus fournis chez les jeunes. C’est le plus proche parent vivant du rhinocéros laineux, disparu à la fin de la dernière glaciation.
Animal solitaire, il vit dans les forêts denses et humides des collines. Il se nourrit de feuilles, de fruits et de jeunes pousses, et passe de longues heures à se rouler dans des mares de boue. Cette couche le rafraîchit et le protège des piqûres d’insectes.
Braconnage et forêts disparues
Sa corne a longtemps été recherchée par la médecine traditionnelle asiatique, ce qui a alimenté un braconnage intense. Dans le même temps, la forêt tropicale de Sumatra a reculé face aux plantations de palmiers à huile et à l’exploitation du bois. En Malaisie, le dernier rhinocéros de Sumatra est mort en 2019 : l’espèce y a totalement disparu.
Aujourd’hui, la plus grande menace est devenue l’isolement. Les rares survivants vivent si loin les uns des autres que les mâles et les femelles ne se croisent presque plus. Sans rencontre, il n’y a pas de naissance, et la population continue de fondre même sans braconnage.
Way Kambas, le refuge de la dernière chance
Face à des animaux trop dispersés pour se rencontrer, les défenseurs de l’espèce ont changé de stratégie. Plutôt que d’attendre des naissances en pleine forêt, ils regroupent quelques individus dans un espace protégé. C’est le rôle du sanctuaire de Way Kambas. Il est géré avec le soutien de la Fondation internationale pour les rhinocéros.
Une reproduction semi-naturelle
Les rhinocéros y vivent dans de vastes enclos de forêt, au plus près de leur milieu naturel. Les soigneurs organisent les rencontres entre mâles et femelles au bon moment du cycle, sous surveillance vétérinaire. Ce suivi est indispensable : privées de gestation trop longtemps, elles développent souvent des kystes qui les rendent stériles.
Des naissances encore rares
Le sanctuaire a déjà vu naître plusieurs petits depuis 2012, dont ceux de Ratu et de Delilah. Chaque naissance y est fêtée comme une victoire. Delilah elle-même est née sur place, et la voilà prête à donner la vie à son tour : la preuve que le programme peut produire plusieurs générations successives. La Fondation internationale pour les rhinocéros salue d’ailleurs l’annonce comme une étape importante dans la lutte pour sauver l’espèce.
Que peuvent changer ces deux naissances ?
Deux petits ne suffiront pas à sauver l’espèce à eux seuls. Mais à cette échelle, chaque individu pèse lourd dans les chances de survie. Les scientifiques le savent : une population aussi réduite reste fragile face à la moindre maladie. Ces naissances renforcent un programme qui a fait ses preuves.
Chaque petit compte
Avec moins de 80 animaux à l’état sauvage, deux naissances représentent une hausse sensible de la population. Elles apportent aussi de nouveaux reproducteurs pour les années à venir, et un peu plus de diversité génétique. Pour une espèce aussi menacée, chaque petit qui survit éloigne un peu le risque de disparition.
Protéger aussi la forêt
Le sanctuaire ne sera jamais une fin en soi. Le but reste de voir un jour des rhinocéros de Sumatra se reproduire seuls dans de grandes forêts protégées. Cela passe par la lutte contre le braconnage, mais aussi par la préservation de ce qu’il reste de la forêt tropicale indonésienne. En attendant, rendez-vous au mois de mai pour deux naissances que le monde entier guettera.