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Les bouquets d’encens de Thủy Xuân font le tour du monde

Voyages par Charline -  5 min - 30 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Près de Huế, le village de Thủy Xuân fabrique de l'encens depuis plusieurs siècles.
  • Ses bouquets de bâtonnets colorés, posés à sécher dans les rues, attirent les photographes.
  • La visite se combine facilement avec le tombeau de Tự Đức et la colline de Vọng Cảnh.

On le sent avant de le voir. En arrivant à Thủy Xuân, à environ 7 kilomètres au sud-ouest de Huế, un parfum de cannelle et de bois flotte déjà dans l'air, alors qu'aucun bâtonnet n'est encore en vue. Puis les premiers bouquets apparaissent, posés en éventail le long de la route : rouges, jaunes, verts, violets.

Ce village du centre du Vietnam vit de l'encens depuis des générations. Il est devenu l'une des étapes les plus photographiées de la région, au point de figurer désormais dans les reportages des télévisions étrangères. Derrière les couleurs, il y a pourtant un vrai métier, et une tradition qui dépasse de loin le simple décor.

Un savoir-faire transmis depuis plusieurs siècles

Thủy Xuân s'étire le long de la route Huyền Trân Công Chúa, au pied de la colline de Vọng Cảnh, tout près de la rivière des Parfums. Ici, presque toutes les familles participent à la fabrication. Les ateliers donnent directement sur la rue, et le travail se fait sous les yeux des passants. Le métier a changé avec le temps, mais il garde ses gestes essentiels.

Une origine qui fait débat

L'âge exact de la tradition reste difficile à fixer. Selon les anciens du village, le métier remonte à la dynastie Nguyễn, qui a régné sur le pays de 1802 à 1945 depuis Huế, alors capitale impériale. D'autres sources vietnamiennes évoquent une tradition bien plus ancienne, de plusieurs centaines d'années.

Un point fait l'unanimité : Thủy Xuân a longtemps fourni l'encens de la cour, des mandarins et des familles de toute la région. Le village a ainsi grandi au rythme de la ville impériale voisine, dont il alimentait les temples et les autels.

Le village de Thủy Xuân fabrique de l'encens

Des gestes qui ont évolué

Pendant longtemps, tout se faisait à la main. Aujourd'hui, les machines ont pris le relais pour une partie du travail, notamment pour enrober les bâtonnets. Les artisans gardent pourtant la main sur les étapes qui font la qualité : le choix des bois, le dosage des poudres et le séchage.

Le principe reste simple. Une fine tige de bambou est d'abord teinte à sa base, puis recouverte d'une pâte parfumée faite de poudres de bois et d'écorces. Le soleil fait le reste : les bâtonnets sèchent en plein air pendant de longues heures avant d'être mis en paquets.

L'activité dure toute l'année, mais elle s'emballe à l'approche du Têt. Dans chaque foyer vietnamien, l'encens brûle sur l'autel des ancêtres, et la demande explose pendant les semaines qui précèdent le Nouvel An. Les ateliers tournent alors à plein régime, et les rues se couvrent de bouquets plus nombreux que jamais.

Des bouquets de couleurs alignés au soleil

C'est cette étape du séchage qui a rendu le village célèbre. Pour que l'air circule, les artisans rassemblent les bâtonnets en gros bouquets, ouverts en corolle, la base colorée vers le haut. Alignés par dizaines sur les trottoirs et dans les cours, ils transforment les rues en tableau. La presse vietnamienne les compare volontiers à des massifs d'hortensias.

Des teintes qui ont un sens

Les bases des bâtonnets sont teintées de jaune, de vert, de violet et surtout de rouge, couleur de la chance et de la prospérité au Vietnam. Cette teinte domine largement à l'approche du Têt, le Nouvel An lunaire. Les autres couleurs servent aussi à distinguer les parfums et les gammes.

Cannelle, citronnelle, jasmin ou bois d'agar : chaque atelier propose plusieurs senteurs. Ce dernier, appelé trầm en vietnamien, reste le plus recherché et le plus cher. Les produits de Thủy Xuân sont vendus dans les grandes villes du pays, et une partie part à l'étranger.

Au Vietnam, l'encens n'a rien d'un simple parfum d'ambiance. Il accompagne les prières dans les pagodes, les cérémonies familiales et les hommages rendus aux défunts. Pour beaucoup, sa fumée relie les vivants à leurs ancêtres. C'est ce qui explique la place de ce métier dans la vie du village, et la fierté des familles qui le perpétuent.

L'huile essentielle récoltée à la louche

Le parfum vient en partie des huiles essentielles, que certains ateliers extraient eux-mêmes. Dans un reportage diffusé sur TF1, un artisan prélève ce précieux liquide à la louche, à la surface de la cuve. Son repère est visuel : plus il est jaune, plus il est de qualité.

Ce geste résume bien l'esprit du village. Malgré les machines, une bonne partie du savoir-faire repose encore sur l'œil et le nez de l'artisan, et sur une expérience transmise d'une génération à l'autre.

Visiter Thủy Xuân pendant un séjour à Huế

Longtemps, les voyageurs ne faisaient que traverser le village, en route vers les tombeaux impériaux. Les photos partagées sur les réseaux sociaux ont changé la donne : Thủy Xuân attire désormais pour lui-même. La visite ne demande que peu de préparation, à condition de respecter le travail des familles.

Un détour facile depuis la ville impériale

Le village se rejoint en une vingtaine de minutes depuis le centre de Huế, à moto-taxi, en voiture ou à vélo pour les plus courageux. Il se combine très bien avec le tombeau de l'empereur Tự Đức, l'un des plus beaux de la région. La colline de Vọng Cảnh, toute proche, offre ensuite une vue dégagée sur la rivière des Parfums.

Les bouquets sont surtout de sortie par temps sec et ensoleillé, puisqu'ils servent au séchage. Mieux vaut donc éviter les grosses journées de pluie, fréquentes à Huế en fin d'année. Le matin, la lumière douce met en valeur les couleurs, et la chaleur reste supportable.

Le geste qui fait plaisir aux artisans

Les familles accueillent volontiers les visiteurs, mais leurs bouquets ne sont pas un décor. Ils représentent leur travail et leur revenu. Acheter un paquet d'encens avant de sortir l'appareil photo est le meilleur moyen de remercier l'artisan pour son accueil.

C'est aussi un souvenir original à rapporter, léger et peu encombrant. Allumé une fois rentré, il suffit d'une fumée de cannelle pour se retrouver, le temps d'un instant, dans les rues colorées de Thủy Xuân.