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Après Adobe, un développeur clone Office grâce à l'IA

Internet par Hervé -  5 min - 29 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Un développeur publie des clones gratuits des logiciels Adobe, puis de Word, Excel et PowerPoint.
  • Les applications sont écrites avec l'aide de l'IA et ouvrent les vrais fichiers Office et PSD.
  • Encore en version de test, elles restent loin d'égaler les originaux sur de nombreux points.

Photoshop, Illustrator, Premiere Pro, puis Word, Excel et PowerPoint. En l'espace de quelques semaines, un seul développeur américain a publié des copies gratuites des logiciels les plus utilisés au monde. Son nom est Brandon Thomas, et il ne cache pas sa méthode : l'essentiel du code a été écrit par une intelligence artificielle.

Sur les réseaux sociaux, l'affaire déchaîne les passions. Les uns y voient la fin des abonnements hors de prix, les autres une simple démonstration technique sans lendemain. La réalité se situe entre les deux, et elle dit beaucoup de la façon dont l'IA est en train de changer la fabrication des logiciels.

Toute la suite Adobe recréée en quelques semaines

Tout est parti de la gamme Creative Cloud d'Adobe, utilisée par des millions de graphistes, photographes et vidéastes. Brandon Thomas, quinze ans de métier dont une dizaine dans le langage Rust, dirige ArtCraft, un petit studio qui développe des outils de création d'images et de vidéos. Il a décidé de s'attaquer à toute la gamme d'un coup.

Un logiciel libre pour chaque outil Adobe

Début octobre, ArtCraft a publié sept applications. PhotoCraft remplace Photoshop, VectorCraft vise Illustrator, FilmCraft s'attaque à Premiere Pro. LightCraft reprend Lightroom, EffectCraft imite After Effects, DesignCraft cible InDesign et PrintCraft s'occupe des PDF comme Acrobat.

Les interfaces reprennent volontairement les menus, les panneaux et les raccourcis d'Adobe, pour qu'un habitué s'y retrouve tout de suite. PhotoCraft gère les calques, les masques et ouvre de vrais fichiers PSD. Le code est publié sous licence libre, et les applications fonctionnent sans compte ni abonnement, sur Windows, Mac et Linux.

Clônage des suites Adobe et Office

Une colère contre les abonnements

Le développeur ne cache pas sa motivation : les frais de résiliation d'Adobe, souvent dénoncés par les utilisateurs. En mars 2026, l'éditeur a accepté de verser 150 millions de dollars aux autorités américaines pour clore une affaire de frais cachés et de résiliations compliquées, sans reconnaître de faute.

Le projet n'est pas pour autant une œuvre de charité. ArtCraft compte se financer en vendant l'accès à ses propres modèles d'IA de création d'images, proposés à l'intérieur des applications. La gratuité des logiciels sert aussi de vitrine à ce modèle économique.

Word, Excel et PowerPoint à leur tour

Quelques jours plus tard, le développeur a changé de cible. Après la création graphique, c'est la bureautique qui y passe, avec la suite la plus installée de la planète. Le clin d'œil n'a échappé à personne : ces copies d'Office sont publiées sur GitHub, la plateforme de partage de code qui appartient à Microsoft.

Des copies fidèles de Word, Excel et PowerPoint

Les nouvelles applications portent des noms transparents : WordCraft, GridCraft et DeckCraft. Elles reprennent le ruban, les raccourcis et les boîtes de dialogue d'Office, et surtout, ces logiciels ouvrent et enregistrent les vrais fichiers .docx, .xlsx et .pptx.

Les 10 et 11 octobre, les trois logiciels sont passés en version 0.5, avec des installateurs prêts à l'emploi. Les essayer ne demande plus aucune compétence technique : un téléchargement et un double-clic suffisent.

Construits avec des agents d'IA

La méthode porte un nom : le vibe coding. Le développeur décrit ce qu'il veut en langage courant, et l'IA écrit le code. Brandon Thomas a utilisé Claude Opus 5.5, le modèle de la société Anthropic, en faisant travailler plusieurs agents en parallèle. Lui se charge de diriger, de vérifier et de corriger.

Le terme a été popularisé début 2025 par Andrej Karpathy, l'un des pionniers de l'IA moderne. Il désignait alors une façon détendue de programmer, en laissant la machine écrire presque tout. Un an et demi plus tard, l'exemple d'ArtCraft montre jusqu'où la méthode peut aller entre les mains d'un développeur expérimenté, capable de juger ce que produit l'IA.

Pour éviter les ennuis juridiques, les applications sont présentées comme des recréations à partir de zéro. Le code de Microsoft ou d'Adobe n'a jamais été copié : tout a été reconstruit à partir des spécifications publiques des formats de fichiers et du comportement visible des logiciels.

Des copies encore loin des originaux

Les images des interfaces impressionnent, au point de faire croire que les géants du logiciel sont menacés. Il faut pourtant regarder de plus près l'état réel de ces applications. Elles restent des versions de test, et leur avenir dépendra de bien plus que de leur prix.

Des versions de test à manier avec prudence

Le développeur le reconnaît lui-même : ses applications Adobe sont des versions alpha, encore instables. FilmCraft serait à peu près à mi-chemin de Premiere Pro. Côté bureautique, GridCraft couvre l'essentiel des commandes et des fonctions de calcul d'Excel, mais WordCraft n'atteint qu'environ deux tiers des possibilités réelles de Word.

Utiliser ces outils pour un document important ou un travail client reste donc risqué. Mieux vaut les tester sur des copies de fichiers, le temps qu'ils mûrissent grâce aux retours de la communauté.

Les contributeurs affluent à vue d'œil. Sur GitHub, PhotoCraft a déjà dépassé les 50 000 étoiles, un indicateur de popularité que de nombreux projets mettent des années à atteindre. Chaque utilisateur peut signaler un bug ou proposer une amélioration, ce qui accélère d'autant le développement.

La gratuité ne suffit pas toujours

Des alternatives gratuites existent pourtant de longue date. LibreOffice concurrence Office depuis plus de quinze ans, GIMP fait de même face à Photoshop. Elles n'ont jamais détrôné les logiciels payants, car les habitudes, les échanges de fichiers avec les clients et les formations pèsent souvent plus lourd que le prix.

Certains reprochent d'ailleurs au développeur de disperser les efforts au lieu de soutenir ces projets libres existants. Lui assume et vise déjà plus loin : sa communauté vote pour la prochaine suite à cloner, et Autodesk arrive en tête. Pour les éditeurs de logiciels, le vrai signal est peut-être là. Ce qui demandait des années de travail à des équipes entières tient désormais en quelques semaines pour une seule personne aidée par l'IA.