- Sur une place de cinéma, la salle ne garde qu'environ 40 % du prix une fois tout payé.
- Le pop-corn et les boissons, sans partage avec personne, font vivre de nombreux exploitants.
- Avec moins de 157 millions d'entrées en 2025, la fréquentation retombe au niveau des années 2000.
Le noir se fait, le logo du distributeur s'affiche, le seau de pop-corn est calé sur les genoux. Pour le spectateur, la soirée commence. Pour la salle, le calcul a déjà eu lieu au guichet. Et contrairement à une idée répandue, l'essentiel du prix du billet ne reste pas dans la caisse du cinéma.
Entre les taxes, les droits d'auteur et la part du distributeur, il ne reste qu'une fraction de la somme à l'exploitant. Pour tenir, les salles comptent sur tout ce qui se vend autour du film, et sur quelques grosses sorties qui font leur année.
Comment se fait la répartition d'une place de cinéma ?
Un ticket de cinéma coûte en moyenne un peu plus de 7 euros en France, avec de gros écarts selon la ville, l'heure ou l'abonnement. Cette somme passe ensuite entre plusieurs mains, dans un ordre bien établi. L'État et les ayants droit se servent d'abord, puis le reste se partage entre la salle et celui qui lui loue le film.
TVA, taxe du CNC et Sacem
Premier prélèvement : la TVA, au taux réduit de 5,5 %. Vient ensuite la taxe spéciale additionnelle, d'environ 10,7 %, reversée au Centre national du cinéma. Cet argent finance directement la production de nouveaux films français. Chaque spectateur d'un blockbuster américain contribue donc, sans le savoir, à la prochaine œuvre d'auteur hexagonale.
La Sacem prélève enfin un peu plus de 1,5 % pour rémunérer les compositeurs des musiques de film. À ce stade, sur une place à 7 euros, près d'un sixième du prix est déjà parti.
Jusqu'à la moitié pour le distributeur
Le reste se divise entre l'exploitant et le distributeur, la société qui fournit le film. La loi encadre ce partage : la part de ce dernier se situe entre 25 et 50 % de la recette nette. Pour un gros film attendu, elle frôle le maximum, surtout lors des premières semaines d'exploitation.
Le distributeur reverse ensuite une partie de cette somme au producteur. Au bout du compte, la salle conserve moins de 3 euros sur un billet à 7. Avec ce montant, elle doit payer ses employés, son loyer, son chauffage, l'entretien de ses projecteurs numériques et le confort de ses fauteuils.

Le pop-corn rapporte plus que les films
Si les cinémas tiennent debout, ils le doivent en grande partie à ce que les spectateurs achètent avant d'entrer. Confiseries, boissons et pop-corn ne se partagent avec personne. Ni taxe spéciale, ni distributeur ne viennent réclamer leur part. Pour beaucoup d'exploitants, le comptoir compte autant que l'écran.
Quelques centimes de maïs revendus plusieurs euros
Quelques grammes de maïs, un peu d'huile et de sucre, un carton : un grand seau de pop-corn coûte quelques dizaines de centimes à produire et se revend plusieurs euros. Aucun autre produit de la salle ne rapporte autant. Voilà pourquoi les comptoirs se sont agrandis et les menus associant boisson et friandise multipliés.
Le spectateur peste volontiers contre le prix d'un soda, mais c'est pourtant lui qui permet à une petite salle de rester ouverte. Sans le comptoir, bien des cinémas de quartier n'existeraient plus.
Comment remplir les salles le mardi après-midi ?
L'autre défi, ce sont les fauteuils vides. Le samedi soir, une salle peut afficher complet. Le mardi à 14 h, elle tourne parfois pour une poignée de spectateurs, alors que le personnel, l'électricité et le chauffage coûtent la même chose.
Pour attirer du monde hors des heures de pointe, les exploitants rivalisent d'idées. Cartes illimitées et tarifs réduits en journée côtoient les avant-premières, les retransmissions d'opéras ou de concerts, voire la location de salles aux entreprises. Les opérations nationales jouent aussi leur rôle. En mars 2025, le Printemps du cinéma a ainsi attiré 2,2 millions de spectateurs en quelques jours.
Moins de spectateurs qu'au temps de Gabin et de Funès
Pour mesurer le chemin parcouru, il faut regarder en arrière. Le cinéma a longtemps été la sortie familiale par excellence, bien avant la télévision dans chaque salon. Les salles de quartier se comptaient alors par milliers, et l'on y allait jusqu'à deux ou trois fois par semaine.
En 1957, plus de 400 millions d'entrées
En 1957, la France enregistre son record absolu : plus de 400 millions d'entrées en un an. On ne se déplace pas pour un titre, on va voir Jean Gabin, Fernandel, Bourvil ou Lino Ventura. Simone Signoret, Brigitte Bardot puis Philippe Noiret remplissent les salles sur leur seul nom.
La séance a alors son rituel. Les actualités filmées, un court métrage, puis l'entracte, quand l'ouvreuse descend l'allée avec son panier d'esquimaux et de bonbons. Elle guide aussi les retardataires à la lampe de poche, en espérant une petite pièce. Le grand film ne commence qu'ensuite, dans une salle où l'on fume encore.
Le sommet de cette époque s'appelle « La Grande Vadrouille ». En 1966, le duo Bourvil-de Funès attire plus de 17 millions de spectateurs, un record qui tiendra plus de trente ans. Avec l'arrivée de la télévision, la fréquentation fond pourtant au fil des décennies.
157 millions d'entrées en 2025, le niveau des années 2000
Aujourd'hui, le moteur a changé. Une poignée de films à gros budget, souvent des suites ou des univers à épisodes, fait l'essentiel de l'année. Quand ils manquent, toute la profession tremble. En 2025, les salles françaises n'ont vendu que 156,79 millions de billets, soit une baisse de 13,6 % sur un an. Selon le Centre national du cinéma, ce niveau ramène la fréquentation à celle du début des années 2000. Signe des temps, le plus gros succès de l'année en France est un film d'animation américain, « Zootopie 2 », avec 6,2 millions d'entrées en quatre semaines.
Le constat du CNC est frappant : ce sont surtout les seniors qui ont déserté les salles, tentés par les plateformes de streaming et les grands écrans du salon. Les premiers mois de 2026 montrent un net rebond, porté par quelques grosses sorties. Mais le modèle reste fragile. Une salle de cinéma ne vit pas d'un film, elle vit d'une habitude : celle de sortir de chez soi pour partager une histoire dans le noir.