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Templiers : l'histoire, la chute et la légende

Histoire Publié le 15/10/2026 par Hervé -  7 min - 56 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Fondé vers 1120 à Jérusalem, l'ordre du Temple devient en 2 siècles la grande banque d'Europe.
  • Le vendredi 13 octobre 1307, Philippe le Bel fait arrêter tous les Templiers du royaume.
  • Jacques de Molay meurt sur le bûcher en 1314, et la légende du trésor perdu commence.

À l'aube du vendredi 13 octobre 1307, des hommes du roi frappent au même moment aux portes de toutes les maisons templières de France. Partout, le scénario se répète : les frères sont tirés de leur sommeil, arrêtés, enchaînés. Les ordres scellés sont partis un mois plus tôt de la cour, avec interdiction de les ouvrir avant la date fixée. En quelques heures, l'ordre le plus riche et le plus redouté de la chrétienté s'effondre.

Rien ne laissait présager une telle chute. 2 siècles plus tôt, les Templiers n'étaient qu'une poignée de chevaliers sans le sou. Entre-temps, ils sont devenus soldats d'élite, propriétaires terriens, et surtout banquiers des papes et des rois. Leur histoire, faite de gloire, de procès et de mystères, fascine encore aujourd'hui.

Neuf chevaliers sur la route de Jérusalem

Au début du XIIe siècle, Jérusalem est aux mains des croisés depuis 1099. Des milliers de pèlerins venus d'Europe prennent la route de la ville sainte, mais le chemin est dangereux. Brigands et pillards guettent les voyageurs entre la côte et la ville. C'est pour les protéger qu'une petite troupe de chevaliers décide de s'organiser, sans se douter qu'elle fonde l'une des institutions les plus puissantes du Moyen Âge.

Les templiers en pèlerinage à Jerusalem

Hugues de Payns et ses compagnons

Vers 1120, un chevalier champenois, Hugues de Payns, rassemble autour de lui une poignée de compagnons, 9 selon la tradition. Ils font vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, comme des moines, mais gardent l'épée. Le roi de Jérusalem, Baudouin II, leur cède une aile de son palais, bâti à l'emplacement supposé du temple de Salomon. Le nom est trouvé : ils deviennent les « pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon ».

Pendant près de 10 ans, la troupe reste modeste. Son sceau le dit d'ailleurs à sa façon : 2 chevaliers sur un même cheval, symbole d'un dénuement que l'ordre revendique fièrement à ses débuts.

Le soutien décisif de Bernard de Clairvaux

Tout change en 1129. Au concile de Troyes, l'Église reconnaît officiellement l'ordre et lui donne une règle. Son plus ardent défenseur est Bernard de Clairvaux, le moine le plus influent de son temps, qui écrit un éloge enflammé de cette « nouvelle chevalerie ». D'un coup, les Templiers gagnent prestige, recrues et donations.

10 ans plus tard, en 1139, le pape leur accorde un privilège exceptionnel : ils ne répondent plus qu'à lui, échappent aux évêques et ne paient pas la dîme. Vêtus d'un manteau blanc frappé d'une croix rouge, les Templiers deviennent une armée permanente au service de la chrétienté, présente sur tous les champs de bataille d'Orient.

Des moines-soldats devenus banquiers

Pour entretenir des chevaliers, des chevaux et des forteresses à des milliers de kilomètres, il faut de l'argent, beaucoup d'argent. Les Templiers bâtissent donc à l'arrière, en Europe, un immense réseau de domaines agricoles et de maisons. Peu à peu, cette logistique de guerre se transforme en véritable puissance financière, au point de faire de l'ordre l'un des acteurs économiques majeurs de son époque.

Des centaines de commanderies en France

Grâce aux dons des nobles et des bourgeois, l'ordre reçoit des terres, des moulins, des fermes et des vignes. Il les organise en commanderies, des exploitations dirigées par un commandeur, dont les revenus partent vers l'Orient. On en compte bientôt des centaines en France. La plupart des membres de l'ordre ne sont d'ailleurs pas des chevaliers, mais des frères sergents, des paysans et des artisans.

Beaucoup de ces lieux existent encore. Au cœur du Larzac, le village fortifié de La Couvertoirade a gardé ses remparts. Dans le Loir-et-Cher, la commanderie d'Arville se visite toujours, avec sa chapelle et sa grange dîmière.

L'ancêtre du chèque et du coffre-fort

Avec leurs maisons fortifiées réparties dans toute l'Europe, les Templiers offrent un service inédit. Un pèlerin peut déposer son argent dans une commanderie en France et le récupérer à Acre ou à Jérusalem, grâce à un simple document. C'est l'ancêtre de la lettre de change, qui évite de traverser la Méditerranée les poches pleines d'or.

Les templiers à Paris

Les puissants leur confient bientôt leur fortune. À Paris, l'enclos du Temple, avec son donjon massif, abrite le trésor du roi de France pendant des décennies. Les Templiers prêtent aussi aux souverains, gèrent leurs comptes et financent leurs guerres. Une position enviable, mais dangereuse : on ne se fait pas que des amis en tenant les cordons de la bourse royale.

Le coup de filet du vendredi 13 octobre 1307

En 1291, la chute d'Acre, dernière place forte chrétienne en Terre sainte, prive l'ordre de sa raison d'être. Les Templiers se replient sur Chypre et sur leurs domaines européens. Riches, puissants mais désormais sans mission, ils deviennent une proie. En face, un roi a désespérément besoin d'argent.

Philippe le Bel, un roi aux abois

Philippe IV, dit le Bel, règne sur la France depuis 1285. Ses guerres contre l'Angleterre et la Flandre ont vidé les caisses. Pour les remplir, il a déjà dévalué la monnaie, puis expulsé les juifs du royaume en 1306 en confisquant leurs biens. Les Templiers, dont il est le débiteur, représentent une cible idéale.

Son conseiller Guillaume de Nogaret prépare l'opération dans le plus grand secret. Le 14 septembre 1307, des ordres scellés partent vers tous les baillis du royaume. Ils ne doivent être ouverts qu'au dernier moment. Le 13 octobre au matin, l'arrestation est simultanée : le grand maître Jacques de Molay est appréhendé à Paris avec des dizaines de frères.

Arrestation des templiers

Des aveux arrachés sous la torture

Les accusations sont aussi graves qu'invraisemblables : renier le Christ, cracher sur la croix, adorer une idole mystérieuse baptisée Baphomet. Soumis à la torture, la plupart des frères avouent tout ce qu'on leur demande. Le pape Clément V, installé en France, proteste d'abord, puis cède à la pression du roi et ordonne l'arrestation des Templiers dans toute la chrétienté.

Quand certains frères se rétractent et tentent de défendre l'ordre, la riposte est terrible. En 1310, 54 d'entre eux sont brûlés près de Paris comme relaps. En 1312, au concile de Vienne, le pape dissout l'ordre sans le condamner formellement. Ses biens passent aux Hospitaliers, l'autre grand ordre militaire, mais le roi a déjà récupéré une bonne part de ce qui l'intéressait.

De la malédiction au trésor caché

Reste le sort des dignitaires, enfermés depuis des années. Leur fin va donner naissance à une légende qui court encore, 7 siècles plus tard. Car autour des Templiers, l'histoire et le mythe s'entremêlent au point qu'il devient parfois difficile de démêler le vrai du faux.

Le bûcher de

Jacques de Molay sur le bûcher

Jacques de Molay

Le 18 mars 1314, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, sont conduits sur un îlot de la Seine, face au palais royal. Devant la foule, ils proclament l'innocence de l'ordre. Le soir même, ils sont brûlés vifs. Une plaque rappelle aujourd'hui l'événement, à la pointe de l'île de la Cité, près du Pont-Neuf.

La légende veut que Jacques de Molay ait lancé une malédiction, citant le roi et le pape à comparaître devant Dieu dans l'année. Coïncidence troublante, Clément V meurt un mois plus tard, et Philippe le Bel à la fin de l'année. Le romancier Maurice Druon en fera le point de départ de sa saga « Les Rois maudits », adaptée à la télévision en 1972 avec un immense succès.

Gisors, le trésor et le vendredi 13

Que sont devenues les richesses du Temple ? Les agents du roi n'auraient trouvé que peu de choses dans les maisons de l'ordre. Il n'en fallait pas plus pour imaginer un trésor caché. Le château de Gisors, dans l'Eure, a ainsi été fouillé à plusieurs reprises au XXe siècle, sans jamais rien livrer. Les historiens penchent pour une explication plus simple : la fortune des Templiers était surtout faite de terres et de créances, pas de coffres remplis d'or.

Autre idée reçue tenace : la peur du vendredi 13 viendrait de l'arrestation de 1307. Aucun texte ancien ne le confirme, et cette superstition n'apparaît qu'au XIXe siècle. Le lien n'a été popularisé que récemment, notamment par des romans à succès. En 2001, une historienne a même retrouvé au Vatican un parchemin prouvant que Clément V avait absous les dirigeants de l'ordre dès 1308. 7 siècles après leur fin, les Templiers continuent de faire parler d'eux.