- Google explore lui-même le web et écarte le spam dès la première visite d'une page.
- Avec IndexNow, Bing reçoit chaque nouvelle page, sans garantie de l'indexer.
- L'index de Bing alimente Copilot et une partie des réponses de ChatGPT.
Un article mis en ligne à 9 h, exploré par Google avant midi et déjà visible dans ses résultats : pour beaucoup d'éditeurs, la scène est devenue banale. Chez Bing, le même texte peut attendre des semaines. Parfois, il n'entre jamais dans l'index.
Le contraste a de quoi surprendre. C'est Microsoft qui a lancé IndexNow, un protocole conçu justement pour accélérer l'indexation. Google ne l'a jamais adopté, et c'est pourtant lui qui va le plus vite.
Deux moteurs qui ne découvrent pas les pages de la même façon
Pour figurer dans les résultats d'un moteur de recherche, une page franchit deux étapes. Un robot doit d'abord la trouver et la lire : c'est l'exploration. Vient ensuite la décision de la conserver ou non dans l'index, cette immense base où Google et Bing puisent leurs réponses. Sur chacun de ces points, ils ont fait des choix presque opposés.
Google explore lui-même et trie dès la première visite
Googlebot n'attend pas qu'on lui signale une nouveauté. Il suit les liens, relit les plans de site (les fichiers sitemap) et repasse d'autant plus souvent qu'un éditeur publie régulièrement. Un média qui sort plusieurs articles par jour voit ainsi le robot revenir à de nombreuses reprises dans la journée.
Cette cadence tient à un tri effectué très tôt. Le moteur s'appuie sur SpamBrain, un système d'intelligence artificielle chargé de repérer le spam. Le contrôle a lieu dès l'exploration : un contenu jugé indésirable n'entre même pas dans l'index. Selon le bilan publié par Google en avril 2023, plus de 99 % des visites issues de son moteur aboutissent ainsi sur des pages saines.
Bing mise sur les signalements des éditeurs
Bing explore lui aussi le web, mais Microsoft a fait un autre pari : que les sites préviennent eux-mêmes le moteur à chaque nouveauté. Plutôt que de repasser sans cesse sur des pages inchangées, son robot viendrait chercher ce qu'on lui indique.
L'idée a un intérêt réel, celui d'économiser des ressources des deux côtés. Elle a aussi une limite. Être prévenu de l'existence d'un article ne dit rien de sa valeur. Le moteur doit encore décider s'il le garde, et c'est là que tout se joue.

IndexNow, un protocole que Google n'a jamais adopté
IndexNow est au cœur de la stratégie de Bing. Gratuit et ouvert, il est intégré à de nombreux outils, des réseaux de diffusion comme Cloudflare aux extensions WordPress. Son principe tient en une ligne : à chaque page créée, modifiée ou supprimée, le site envoie une notification. Reste à savoir ce que devient ce signal une fois reçu.
Un signal instantané, sans garantie d'indexation
Lancé par Microsoft et Yandex le 18 octobre 2021, IndexNow a depuis été rejoint par d'autres moteurs, comme le sud-coréen Naver ou le tchèque Seznam. Une adresse signalée à l'un est automatiquement partagée avec tous les autres. En 2024, Microsoft indiquait que 17 % des nouvelles URL cliquées dans ses résultats avaient été découvertes grâce à ce protocole.
La documentation de Bing est pourtant claire. Utiliser IndexNow ne garantit pas qu'une page soit explorée ou indexée. Le protocole accélère la découverte, il ne vaut pas admission. Depuis mars 2024, Bing Webmaster Tools propose d'ailleurs un rapport dédié qui détaille les URL signalées puis écartées, avec des motifs comme la qualité du contenu.
Testé par Google en 2021, puis laissé de côté
En novembre 2021, quelques semaines après le lancement, un porte-parole de Google avait confirmé que le moteur allait tester le protocole, au nom d'une exploration plus efficace. Près de 5 ans plus tard, il ne l'a toujours pas adopté.
Il n'en a pas vraiment besoin. Son robot suffit à repérer les nouveautés d'un site actif. Son seul outil de notification directe, l'API d'indexation, reste réservé aux offres d'emploi et aux vidéos diffusées en direct. Chez Google, la vitesse vient de la régularité des publications plutôt que d'un message envoyé à chaque mise en ligne.
Communication et intelligence artificielle, les autres écarts
La vitesse n'est pas la seule différence. Un éditeur dont les articles restent hors de Bing cherche d'abord à comprendre pourquoi. Il se demande ensuite ce qu'il perd. Sur ces deux questions, l'écart entre les moteurs s'est nettement creusé ces dernières années.
Google détaille ses mises à jour, Bing reste discret sur ses critères
Google communique énormément. Son blog Search Central documente en détail l'exploration et l'indexation. Depuis décembre 2022, un tableau de bord public recense les incidents de la recherche et chaque mise à jour du classement, avec sa date de début et de fin. Des porte-parole comme John Mueller ou Danny Sullivan répondent aussi directement aux éditeurs sur les réseaux sociaux.
Bing parle volontiers de ses outils. Fabrice Canel, responsable produit chez Microsoft et l'un des auteurs d'IndexNow, en fait régulièrement la promotion. Les raisons pour lesquelles une page signalée reste dehors sont en revanche bien moins expliquées. L'éditeur obtient un motif dans un rapport, rarement une marche à suivre.
L'index de Bing nourrit Copilot et ChatGPT
Bing ne pèse que quelques points de part de marché dans la recherche mondiale. Son index compte pourtant bien davantage. Copilot, l'assistant de Microsoft, s'y appuie entièrement pour citer ses sources. ChatGPT y puise aussi, en complément de son propre robot d'exploration, OAI-SearchBot.
Un article absent de Bing a donc moins de chances d'apparaître dans ces réponses. Être rapide sur Google ne suffit plus à être visible partout.
Quelques vérifications simples permettent au moins d'écarter les causes techniques. Le fichier robots.txt ne doit pas bloquer Bingbot, le site a besoin d'être validé dans Bing Webmaster Tools et son sitemap y être déclaré. L'inspection d'URL et le rapport IndexNow montrent ensuite où en est chaque page. Si tout est en ordre et que les articles restent dehors, la décision appartient au moteur, et seule la régularité des publications peut encore faire pencher la balance.