- Les lettres A et B sont réservées aux lecteurs de disquettes des premiers PC.
- Le disque dur prend le C à son arrivée, et Windows garde cette convention.
- Aujourd'hui, Internet et le cloud remplacent presque tous les supports physiques.
Ouvrez l'explorateur de fichiers d'un PC sous Windows : le disque principal s'appelle « C: ». Sur l'ordinateur du bureau, sur celui de la maison, sur le portable acheté la semaine dernière, toujours la même lettre. Une question revient alors régulièrement sur les réseaux sociaux : qu'est-il arrivé à A et à B ?
La réponse remonte aux débuts de l'informatique personnelle, à une époque où les ordinateurs n'avaient pas de disque dur. Elle raconte au passage quarante ans d'évolution, de la disquette au cloud, en passant par le CD gravé.
A et B, les lettres des disquettes
Au début des années 1980, l'ordinateur personnel entre dans les entreprises puis dans les foyers. Les données ne sont pas stockées dans la machine, mais sur des disquettes que l'on insère dans un lecteur. Ce sont ces appareils qui reçoivent les premières lettres de l'alphabet, selon une convention héritée des systèmes de l'époque.
Les premiers PC n'ont pas de disque dur
Le PC d'IBM, lancé en 1981, fonctionne avec un ou deux lecteurs de disquettes. Le premier s'appelle A, le second B. Pour démarrer la machine, on glisse celle du système d'exploitation, MS-DOS, dans le lecteur A ; pour travailler, on place ses fichiers dans le B.
Cette habitude vient de CP/M, un système d'exploitation très répandu avant l'arrivée du PC, qui désignait déjà ses lecteurs par une lettre suivie de deux points. MS-DOS, conçu pour faciliter le passage des logiciels de CP/M vers le PC, en reprend le principe.
Avoir deux lecteurs est alors un vrai confort. Sans eux, copier une disquette oblige à jongler sans cesse entre l'original et la copie, en les échangeant dans le même lecteur à chaque étape. Les disquettes de 5,25 pouces, souples et fragiles, ne contiennent que quelques centaines de kilo-octets.

Le disque dur arrive en troisième position
En 1983, le PC XT d'IBM embarque un disque dur de 10 mégaoctets, un luxe à l'époque. A et B étant déjà pris par les lecteurs de disquettes, il reçoit tout simplement la lettre suivante : C. MS-DOS, puis Windows, conservent cette règle pour rester compatibles avec les logiciels et les habitudes des utilisateurs.
La convention a si bien survécu que le disque principal s'appelle encore C aujourd'hui, alors que plus aucun ordinateur n'a de lecteur de disquettes. Windows permet d'ailleurs toujours d'attribuer la lettre A ou B à une clé USB, depuis l'outil de gestion des disques. Rien ne l'interdit, c'est seulement l'habitude qui veut le contraire.
De D à E, l'âge d'or du CD gravé
Chaque nouveau périphérique prend la lettre disponible suivante. Dans les années 1990, le lecteur de CD-ROM s'installe dans les tours des ordinateurs familiaux et bouscule l'usage des disquettes. Puis vient le graveur, qui fait entrer la copie de CD dans tous les foyers.
Le lecteur de CD hérite du D
Logiquement, le lecteur de CD prend la lettre D. Avec ses 650 mégaoctets, un seul disque remplace plusieurs centaines de disquettes. La version de Windows 95 vendue sur disquettes en demandait 13, qu'il fallait insérer une à une pendant l'installation, en priant pour qu'aucune ne soit défectueuse.
Le CD-ROM apporte aussi les encyclopédies multimédias et les jeux en vidéo. Plus rigide, la disquette de 3,5 pouces résiste encore un temps pour les petits fichiers grâce à sa capacité de 1,44 mégaoctet.
Le duo lecteur et graveur
À la fin des années 1990, les graveurs deviennent abordables. Beaucoup d'ordinateurs en reçoivent un en plus du lecteur, et il prend naturellement la lettre E. Le rituel devient familier : le CD d'origine dans le D, le CD vierge dans le E, puis la copie « disque à disque » qui dure de longues minutes.
Le moindre choc pendant la gravure peut tout faire échouer, et transformer le disque vierge en dessous de verre. Les plus prudents évitent même d'utiliser l'ordinateur tant que l'opération n'est pas terminée.
Des ordinateurs sans lecteur, tout passe par Internet
En quelques années, les supports physiques disparaissent presque tous. Les clés USB remplacent les disquettes, puis Internet remplace les CD. Installer un logiciel, regarder un film ou sauvegarder ses photos ne demande plus aucun disque.
La disquette ne survit que dans une icône
Sony, l'un des derniers fabricants, cesse de produire des disquettes en 2011. Les lecteurs de CD disparaissent à leur tour de la plupart des ordinateurs portables. Les logiciels se téléchargent, les fichiers se rangent dans le cloud, et les clés USB elles-mêmes servent de moins en moins.
Ces clés ont pourtant connu leur heure de gloire au début des années 2000. Glissées dans une poche ou accrochées à un porte-clés, elles prennent la première lettre libre, souvent F ou G, et remplacent à elles seules des dizaines de CD.
La disquette, elle, connaît une seconde vie inattendue. Dans de nombreux logiciels, le bouton « Enregistrer » a toujours la forme d'une disquette, un objet que beaucoup de jeunes utilisateurs n'ont jamais tenu entre leurs mains.
Allumer un ordinateur, c'est d'abord le mettre à jour
Aujourd'hui, Windows est préinstallé sur les ordinateurs, avec le strict minimum pour démarrer. Dès le premier démarrage, la machine se connecte à Internet pour télécharger les dernières mises à jour du système, souvent avant même de laisser son propriétaire en profiter. Les Mac font de même : le premier écran propose fréquemment une mise à jour de macOS avant toute autre chose.
Sur Mac, d'ailleurs, la question des lettres ne se pose pas : les disques y portent simplement des noms. Sur PC, le C reste le dernier témoin d'une époque où l'on rangeait ses fichiers dans une boîte de disquettes, à côté du clavier. Une simple lettre, qui en dit long sur le chemin parcouru.