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Gifi s’apprête à déposer le bilan, 513 magasins en sursis

Actualités Publié le 19/10/2026 par Camille -  5 min - 283 lectures
Ce qu'il faut retenir
  • Gifi s’apprête à solliciter la protection du tribunal de commerce de Toulouse, selon Sud Ouest.
  • L’enseigne compte 513 magasins et environ 6 000 salariés, dont l’avenir se joue au tribunal.
  • Les boutiques restent ouvertes pendant la procédure, les cartes cadeaux sont à utiliser vite.

Le discounter aux 513 magasins vit des heures décisives. D’après le quotidien Sud Ouest, Gifi s’apprête à demander la protection du tribunal de commerce de Toulouse, faute d’argent pour honorer ses échéances. Un comité social et économique extraordinaire est convoqué ce mardi 20 octobre. Les représentants du personnel y découvriront l’ampleur des difficultés.

Pour beaucoup de Français, l’enseigne fait partie du paysage. On y entre pour une bougie, un cadre photo ou les guirlandes de Noël, souvent à deux pas du supermarché. Cette image familière cache pourtant une entreprise fragile depuis plusieurs années, dont le siège se trouve à Villeneuve-sur-Lot.

Une enseigne qui n’a plus de trésorerie

La nouvelle est tombée en fin de semaine. Le groupe serait en cessation des paiements : il ne peut plus régler ses dettes exigibles avec l’argent disponible. Selon la presse régionale, ses réserves ne lui laisseraient qu’environ 3 mois d’autonomie. Les mandataires judiciaires ont déjà été avisés. Reste à savoir quelle procédure le tribunal ouvrira.

Que signifie un dépôt de bilan ?

Cette démarche fait peur, à tort. Elle consiste à déclarer officiellement au tribunal qu’on ne peut plus payer. La loi l’impose dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements. Ce n’est ni une faillite ni une fermeture.

Les juges choisissent ensuite entre deux voies. Le redressement judiciaire ouvre une période d’observation de 6 mois, renouvelable, pendant laquelle l’activité continue et les créanciers attendent. La liquidation, elle, intervient quand plus aucun sauvetage n’est jugé possible. Pour le discounter, la presse évoque d’abord la première option, sans écarter un démantèlement du réseau.

Gifi en faillite

4 patrons depuis le début de 2025

La valse des dirigeants en dit long. Le fondateur Philippe Ginestet, qui avait créé l’enseigne en 1981, s’est mis en retrait fin 2024. Depuis, les présidents se succèdent à un rythme rare dans la distribution. Christophe Mistou, ancien patron de Castorama, n’est resté que 5 mois. Son successeur n’a pas tenu davantage.

Le dernier en date, Patrick Puy, a pris la présidence du directoire le 12 octobre. Ce spécialiste des entreprises en crise arrive à un moment où les marges de manœuvre sont quasi nulles. Sa mission ne consiste plus à relancer les ventes, mais à sauver ce qui peut l’être.

Comment le roi du petit prix en est-il arrivé là ?

La chute ne date pas d’hier. Plusieurs causes se sont additionnées, et la plupart sont connues des spécialistes du commerce depuis longtemps. Certaines viennent de choix internes. D’autres tiennent à un marché devenu saturé, où chaque euro de panier se dispute âprement. Ensemble, elles ont vidé les caisses.

Le rachat de Tati a pesé lourd

En 2017, le groupe met la main sur l’enseigne mythique au vichy rose et blanc. L’opération devait offrir des adresses en centre-ville. Elle a surtout ajouté des boutiques déficitaires à porter. Le spécialiste de la grande distribution Olivier Dauvers cite aussi un changement de système informatique qui a désorganisé l’approvisionnement.

Sous l’impulsion de son fondateur, le groupe a longtemps grandi à marche forcée. Les ouvertures s’enchaînaient, jusqu’à dépasser les 500 adresses en France. Ce modèle supposait une fréquentation toujours en hausse pour couvrir les loyers. Quand les visiteurs se sont faits plus rares, la machine s’est grippée.

Un premier plan d’économies avait été lancé en 2025, avec la suppression de 5 % des effectifs. Il a été interrompu en juillet. Faute de mesures abouties, les pertes ont continué de creuser la dette.

Action et Temu chassent sur les mêmes terres

Le cœur du problème reste la concurrence. Le géant néerlandais du discount vend la même chose, souvent moins cher, et ouvre des points de vente partout en France. Décoration, rangement, petits jouets, produits ménagers : les deux catalogues se ressemblent beaucoup. Le client, lui, va au plus offrant.

Les plateformes chinoises comme Temu ont achevé de brouiller la donne. Un objet de déco à quelques euros arrive désormais à domicile en une semaine. Pour un bazar de zone commerciale, qui paie loyers, stocks et personnel, l’équation devient intenable.

Ce qui change pour les clients et les employés

À court terme, rien ne bouge en rayon. Les portes restent ouvertes et les achats continuent normalement. Les vraies questions portent sur la suite : combien de boutiques survivront, et que deviendront les sommes déjà versées par les clients ? Voici ce que prévoit le droit dans ce type de procédure.

Les magasins vont-ils fermer ?

Pas du jour au lendemain. En redressement, l’entreprise poursuit son activité sous le contrôle d’un administrateur judiciaire. Celui-ci peut ensuite proposer un plan de continuation, chercher un repreneur ou fermer les adresses les moins rentables. Selon Sud Ouest, l’avenir de 513 magasins et d’environ 6 000 salariés dépend désormais du tribunal de commerce de Toulouse.

Les commerces voisins suivent eux aussi le dossier de près. Dans bien des zones commerciales, cette enseigne joue le rôle de locomotive et attire du passage. Un rideau baissé laisserait une cellule vide, parfois longue à relouer.

Côté personnel, les paies sont protégées. Si l’employeur ne peut plus les verser, l’AGS, le régime de garantie des salaires financé par les entreprises, prend le relais. Les salariés gardent leur rémunération pendant la période d’observation.

Que faire d’une carte cadeau Gifi ?

C’est le point le plus sensible pour le public. Un bon d’achat prépayé représente de l’argent déjà encaissé par le vendeur. Pendant la procédure, l’enseigne peut continuer à l’accepter, sans y être forcément tenue. Le plus sage consiste à la dépenser rapidement.

En cas de refus, le détenteur devient créancier. Il doit déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire dans les 2 mois suivant la publication du jugement au Bodacc. La garantie légale de conformité, elle, reste due sur les articles achetés. Mardi, le comité de l’entreprise dira enfin si l’histoire de ce pilier du discount se poursuit.