- L'hameçonnage représente près d'un tiers des demandes d'aide des particuliers, en hausse de 71 %.
- Aucun organisme public ne demande de numéro de carte bancaire par mail ou par SMS.
- En cas de clic, il faut prévenir sa banque, changer ses mots de passe et signaler l'arnaque.
Un remboursement d'impôts de 247,18 € en attente. Une carte Vitale à renouveler sous 48 heures. Une amende à régler avant majoration. Ces courriels arrivent chaque jour dans des millions de boîtes de réception, avec le logo de l'administration et un gros bouton bien visible. Ils sont faux, et pourtant ils fonctionnent.
Selon le rapport d'activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr, publié en mars 2026, l'hameçonnage représente près d'un tiers des demandes d'assistance des particuliers, en hausse de 71 % sur un an. C'est de loin la première menace en ligne en France. Bonne nouvelle : un faux se démasque presque toujours, à condition de savoir où regarder.
Quels organismes les escrocs imitent-ils le plus ?
Les fraudeurs ne choisissent pas leurs cibles au hasard. Ils copient les services avec lesquels tout le monde est en relation, parce qu'un courrier de leur part paraît normal. Personne ne s'étonne d'avoir des nouvelles du fisc ou de sa caisse de santé. Le but, lui, ne change pas : obtenir un numéro de carte, des identifiants ou une copie de pièce d'identité.
Impôts, Assurance maladie, CAF : les prétextes les plus courants
Le faux remboursement fiscal reste le scénario le plus répandu. La somme annoncée n'est jamais ronde, pour donner l'impression d'un calcul précis. Viennent ensuite la fausse mise à jour de dossier, qui réclame une pièce d'identité accompagnée d'un selfie, et la fausse accusation de fraude, censée faire peur.
Côté santé, le prétexte tourne autour de la carte Vitale à renouveler ou d'un versement bloqué. La CAF sert d'appât de la même façon, avec une prime à percevoir ou un trop-perçu à rendre. Dans tous les cas, le scénario mène vers une page qui imite le vrai site à la perfection.
Colis, amendes, Crit'Air : les arnaques du quotidien
D'autres messages imitent des services moins administratifs mais tout aussi familiers. Un colis serait bloqué faute de frais de livraison réglés. Une contravention aux couleurs de l'ANTAI exigerait un paiement immédiat. Même la vignette Crit'Air sert de prétexte.
Ces arnaques circulent surtout par SMS. Sur un petit écran, l'adresse complète du lien se lit mal, et le réflexe de toucher le bouton arrive vite. C'est précisément ce que cherchent leurs auteurs.

Quels signes trahissent un faux message ?
Une imitation soignée reprend le logo, les couleurs et parfois le texte exact d'un vrai courrier. L'apparence ne prouve donc rien. Les fautes d'orthographe, longtemps le premier indice, se font aussi plus rares : beaucoup de ces messages sont désormais rédigés sans erreur. Quelques vérifications rapides suffisent pourtant à repérer l'immense majorité des tentatives. Deux endroits concentrent presque tous les signaux d'alerte : l'adresse d'envoi et ce que le texte réclame.
L'expéditeur et le lien, deux indices décisifs
Le nom affiché dans la boîte de réception se falsifie en un clic. L'adresse complète, beaucoup moins. L'Assurance maladie, par exemple, écrit uniquement depuis des domaines en ameli.fr ou assurance-maladie.fr, parfois précédés d'un préfixe comme info ou app. Ses SMS viennent du 38 663 et commencent par « ASSURANCE MALADIE ».
Pour le bouton, il suffit de passer la souris dessus sans cliquer. La vraie destination s'affiche alors en bas de l'écran. Une seule lettre différente du site officiel signe l'arnaque, tout comme un nom de domaine qui n'a rien à voir avec l'organisme.
Une urgence et une carte bancaire : l'alerte rouge
Un délai de 24 ou 48 heures, une menace de suspension, une sanction annoncée : la pression est le premier outil de l'escroc. Elle empêche de prendre le temps de vérifier.
Le second signal ne trompe jamais. Aucun organisme public ne demande un numéro de carte bancaire par mail ou par SMS. La DGFiP le rappelle : un remboursement d'impôts arrive directement sur le compte déjà enregistré, sans aucune démarche à faire. L'Assurance maladie ne réclame pas davantage de mot de passe ni d'informations médicales.
Que faire face à un message suspect, avant et après avoir cliqué ?
Le bon réflexe tient en une phrase : ne jamais utiliser le lien reçu. Ce qui suit dépend de la situation. Tant que rien n'a été saisi, il suffit de vérifier puis de signaler. Si des données ont déjà été transmises, chaque heure compte, car les fraudeurs les exploitent très vite.
Avant de cliquer : vérifier par soi-même
Pour savoir si un remboursement ou une démarche existe vraiment, il faut saisir l'adresse officielle à la main ou ouvrir l'application. Les pièces jointes inattendues ne s'ouvrent pas non plus. Un avis réellement envoyé par l'administration figure aussi dans l'espace personnel, sur impots.gouv.fr comme sur ameli.fr. Pour un contrôle par téléphone, l'Assurance maladie conseille de composer le 3646 plutôt que le numéro indiqué.
Le courriel suspect peut ensuite être signalé sur Signal Spam, et un SMS transféré au 33700, gratuitement chez la plupart des opérateurs. Le site frauduleux lui-même se déclare sur Phishing Initiative. Les faits peuvent aussi être portés sur internet-signalement.gouv.fr, la plateforme Pharos de la police.
Après avoir cliqué : les gestes qui limitent les dégâts
Si des coordonnées bancaires ont été saisies, le premier appel est pour la banque, ou pour le serveur interbancaire d'opposition au 0 892 705 705. Le mot de passe du compte visé doit être changé tout de suite, comme celui de chaque service où il était réutilisé.
Mieux vaut conserver les captures d'écran et les courriels reçus. Ils serviront pour la plainte et pour réclamer à sa banque le remboursement des opérations frauduleuses. La plateforme 17Cyber, gérée par Cybermalveillance.gouv.fr, guide les personnes touchées dans leurs démarches. Info Escroqueries répond au 0 805 805 817, et France Victimes accompagne au 116 006.
Les escrocs changent de prétexte au fil des saisons et de l'actualité. Les règles, elles, restent les mêmes : un organisme sérieux ne presse jamais, ne réclame aucune carte bancaire par message, et tout se vérifie depuis le site officiel.