- Le kWh de bois bûche coûte environ 2 fois moins cher que celui du gaz, en forte hausse cet automne.
- Les ventes de poêles n'ont pas retrouvé leur niveau de 2022, freinées par la baisse des aides.
- Acheter son bois au printemps reste le meilleur moyen de le payer moins cher.
Le froid s'installe et les factures de chauffage suivent le mouvement. Depuis janvier, le prix du gaz a grimpé d'environ 30 %, selon la présidente de la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Le fioul domestique a battu un record à la mi-septembre. L'électricité, elle, reste la plus coûteuse au kilowattheure.
Dans ce paysage, le bois fait figure d'exception. Bûches ou granulés, il reste de loin l'énergie la moins chère pour se chauffer. Près de 7 millions de foyers français l'utilisent déjà. Pourtant, les ventes de poêles et de chaudières peinent à repartir. Entre un mauvais souvenir, des aides en recul et des contraintes bien réelles, beaucoup de ménages hésitent encore à franchir le pas.
Sur la facture, le bois garde une large avance
Pour comparer des énergies aussi différentes, il faut raisonner en prix du kilowattheure (kWh). C'est la seule unité commune entre un litre de fioul, une tonne de granulés et un mètre cube de gaz. Sur ce terrain, l'écart s'est encore creusé depuis le printemps. Les énergies fossiles ont bondi pendant que le bois restait relativement sage.
Gaz et fioul flambent depuis le début de l'année
Au 1er octobre 2026, le prix repère du gaz publié par la CRE a encore pris 6,3 %. Pour un foyer qui se chauffe au gaz, le kWh atteint 0,1456 € TTC, soit 8 % de plus qu'en septembre. Cette hausse découle des cours observés sur les marchés de gros au mois d'août. Elle touche d'abord les contrats indexés sur cette référence. Les offres à prix fixe, choisies par environ 40 % des clients résidentiels fin 2025, y échappent pour le moment.

Le fioul suit la même pente. Le 18 septembre, le litre a atteint 1,9374 € TTC, son plus haut niveau depuis le début du suivi de la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) en janvier 2020. Un léger repli a suivi début octobre. Remplir une cuve de 1 000 litres coûte pourtant encore près de 790 € de plus qu'il y a un an. Pour les maisons toujours équipées d'une chaudière au fioul, l'addition devient très lourde.
Un kWh de bois 2 fois moins cher que le gaz
Face à ces hausses, le bois tient bon. Selon la Commission de régulation de l'énergie, le kWh de gaz pour le chauffage vaut 0,1456 € TTC en octobre 2026, contre environ 0,06 € pour le bois bûche. Le granulé se place entre les deux, tout en restant nettement sous le gaz. Le fioul, lui, coûte désormais presque autant que l'électricité.
| Énergie | Prix du kWh (TTC) | Source |
| Bois bûche | environ 0,06 € | Relevés Selectra |
| Granulés en vrac | 0,09 à 0,10 € | Baromètre Selectra (426 à 466 € la tonne) |
| Gaz naturel | 0,1456 € | Prix repère CRE, chauffage |
| Fioul domestique | environ 0,19 € | DGEC (1,89 € le litre au 9 octobre) |
| Électricité | environ 0,20 € | Tarif réglementé, option base |
Ces chiffres portent sur le combustible seul. Le rendement de l'appareil compte aussi : un poêle récent tire bien plus d'énergie de chaque bûche qu'une vieille cheminée ouverte. Même en tenant compte de cet écart, le bois conserve l'avantage. Seule une pompe à chaleur performante peut rivaliser, car elle restitue plusieurs fois l'énergie électrique qu'elle consomme.
Pourquoi tant de foyers hésitent encore ?
Avec un tel écart de prix, on pourrait s'attendre à une ruée vers les poêles. Il n'en est rien. Le marché du chauffage au bois avance au ralenti depuis 3 ans. Deux raisons principales expliquent cette prudence, sans compter les contraintes du quotidien.
L'hiver 2022 a laissé des traces
Beaucoup de Français se souviennent de la crise des granulés. À l'été 2022, la peur d'une pénurie d'énergie a provoqué une course aux stocks. En un an, la tonne de granulés est passée d'environ 300 € à 600 €. Les foyers qui venaient de s'équiper ont vu fondre l'économie promise.
Le coup de frein a été brutal. D'après l'Ademe, les ventes de poêles à granulés sont tombées de 202 000 en 2022 à 74 000 en 2023. Celles des chaudières du même type ont été divisées par 4, de 41 000 à 10 000. Le marché s'est depuis repris : 128 000 poêles ont trouvé preneur en 2025, selon l'association Propellet. On reste toutefois loin du niveau d'avant la crise.
Des aides rabotées depuis 2024
Le second frein est financier. Un poêle ou une chaudière représente plusieurs milliers d'euros, pose comprise. Or l'État a réduit son soutien. Les montants de MaPrimeRénov' pour le chauffage au bois ont baissé de 30 % au 1er avril 2024, puis de nouveau au 1er janvier 2025. En 2026, le poêle à granulés ne figure plus parmi les équipements financés par le parcours par geste.
Les pouvoirs publics privilégient désormais la pompe à chaleur. Les particules fines émises par les vieux appareils pèsent aussi dans la balance. Certaines zones très exposées à la pollution encadrent d'ailleurs l'usage des foyers ouverts. Résultat : l'énergie la moins chère est aussi celle qu'on aide le moins à installer.
Bûches ou granulés : comment payer son bois moins cher ?
Le bois ne convient pas à tous les logements. Il faut de la place, un conduit adapté et un peu d'organisation. Dans une maison où l'on chauffe beaucoup, il représente en revanche un vrai levier d'économies. Encore faut-il choisir le bon combustible et l'acheter au bon moment.
Bûches et granulés n'ont pas les mêmes contraintes
La bûche reste la solution la moins chère. Elle demande en échange du travail : rentrer le bois, le fendre, recharger le poêle plusieurs fois par jour. Elle doit surtout être sèche. Fraîchement coupé, un bois a besoin d'au moins 18 mois de séchage pour descendre sous 20 % d'humidité. Trop humide, il chauffe mal, encrasse le conduit et pollue davantage. Les labels NF Bois de chauffage et France Bois Bûche garantissent ce taux.
Le granulé coûte un peu plus cher mais offre un confort proche du chauffage central. L'appareil s'allume seul et se programme. Il suffit de remplir le réservoir. Les sacs de 15 kg se rangent dans un garage, tandis que le vrac livré par camion souffleur exige un silo. Dans les 2 cas, le ramonage reste obligatoire, souvent 2 fois par an selon le règlement de chaque département.
Commander au bon moment change la facture
Le prix des granulés suit un cycle très régulier. Il grimpe à l'automne, quand tous les foyers passent commande en même temps. Selon le baromètre de Selectra, la tonne en vrac est passée de 388 € fin août à 466 € début octobre 2026. Une hausse de 20 à 50 € entre septembre et janvier est la règle, pas l'exception. Les délais de livraison s'allongent aussi dès le mois d'octobre.
Le bon réflexe consiste donc à remplir sa réserve au printemps, entre avril et juin, quand la demande est au plus bas. Début septembre, les grandes surfaces écoulent souvent leur stock d'été avec des promotions sur les sacs. Pour les bûches, un achat printanier laisse au bois le temps de finir de sécher avant l'hiver. Le lieu de livraison pèse lui aussi : fin septembre, la tonne variait de 406 € à Angers à 475 € à Argenteuil. Comparer plusieurs fournisseurs locaux vaut donc le détour.
Enfin, le chèque énergie peut servir à régler une livraison de bois ou de granulés, au même titre que le fioul. Un détail précieux pour les ménages modestes, à l'heure où chaque kilowattheure compte.