- Les prises en charge de la SPA ont augmenté de 9,8 % sur les cinq premiers mois de 2026.
- L'interdiction de la vente en animalerie n'a pas suffi à faire reculer les abandons.
- Le certificat d'engagement est une bonne idée, mais reste mal accompagné.
Chaque année, les mêmes images reviennent : des chiens attachés à un grillage de refuge, des chats déposés dans un carton devant une fourrière. Le phénomène ne recule pas, il progresse. Selon la SPA, les prises en charge ont augmenté de 9,8 % sur les cinq premiers mois de 2026 par rapport à la même période en 2025. Un chiffre qui interroge, puisqu'il arrive après plusieurs mesures censées justement freiner les abandons.
Les chiffres 2026 confirment la tendance
L'année 2025 avait déjà servi d'alerte, avec plus de 43 000 animaux recueillis par la seule SPA. D'autres études, croisant les données de l'I-CAD et de plusieurs associations, avancent un total national qui dépasse les 340 000 signalements par an, tous organismes confondus. La hausse mesurée début 2026 confirme que la tendance ne s'inverse pas, malgré les campagnes de sensibilisation menées chaque été.
Jacques Gauchy, président de la SPA, résume le problème en une phrase : prendre un animal a un coût, environ 1 000 € par an pour un chien. Un budget que beaucoup de foyers sous-estiment au moment de l'adoption, et qui redevient un argument d'abandon dès les premières difficultés financières.
Interdire la vente en animalerie n'a pas suffi
Depuis le 1er janvier 2024, la vente de chiens et de chats en animalerie est interdite en France. L'objectif était clair : limiter les achats impulsifs, ces coups de cœur en vitrine qui ne tiennent pas compte du caractère de l'animal ni des contraintes réelles qu'il implique. Sur le papier, la mesure avait du sens.

Mais elle n'a fermé qu'une seule porte. Les foires et salons dédiés aux chiots et chatons continuent d'exister, sans être concernés par cette interdiction. Jacques Gauchy le pointe directement : les gens s'y arrêtent et craquent devant une petite boule de poils. Ils n'anticipent pas qu'un chiot deviendra peut-être un molosse, ou qu'un chat au caractère affirmé ne s'entendra pas forcément avec de jeunes enfants. Le mécanisme d'achat impulsif que la loi voulait supprimer s'est simplement déplacé.
Le certificat d'engagement, une bonne idée mal accompagnée
Autre disposition censée responsabiliser les futurs propriétaires : le certificat d'engagement et de connaissance, obligatoire depuis octobre 2022 avant tout achat ou adoption d'un animal de compagnie. Il oblige l'acheteur à attester qu'il connaît les besoins de l'espèce et les contraintes que représente sa présence au quotidien.
L'intention est bonne, mais elle se heurte à un problème plus profond. Ce certificat informe sur le papier, il ne forme pas dans les faits. Or les études sur le sujet montrent que 96 % des Français jugent l'éducation canine indispensable, mais seuls 20 % font réellement appel à un professionnel pour s'en occuper. Cet écart n'est pas anodin : les troubles du comportement que les propriétaires ne savent pas gérer seuls restent l'une des causes majeures d'abandon, aux côtés des ruptures de vie et des difficultés financières.
Autrement dit, on demande aux futurs propriétaires de reconnaître qu'ils sont prêts, sans vraiment les accompagner pour l'être. Un chiot qui grandit mal éduqué devient un chien difficile à vivre, et donc un compagnon qu'on abandonne plus facilement une fois las de la situation.
Des refuges qui absorbent des animaux de plus en plus fragiles
Cette accumulation de causes non traitées a une conséquence directe sur les refuges eux-mêmes. Ils ne se contentent plus d'accueillir des animaux en surnombre. Leurs pensionnaires sont de plus en plus traumatisés ou porteurs de troubles de comportement, et demandent davantage de temps, de soins et de personnel qualifié pour être replacés dans de bonnes conditions. Certains chiens ne peuvent même plus cohabiter dans un même box, ce qui réduit d'autant la capacité d'accueil réelle des structures, déjà sous tension chaque été.
Face à ce constat, la SPA a choisi d'orienter sa stratégie vers la qualité plutôt que le seul volume. Il s'agit de mieux accompagner chaque animal, quitte à en accueillir moins dans l'immédiat, pour espérer en sauver davantage sur la durée. L'association vise d'ici 2030 un accueil de 50 000 animaux dans des conditions jugées exemplaires. Cet objectif suppose de continuer à professionnaliser les équipes et de renforcer le soutien financier aux petites structures locales. Elles aussi sont en première ligne, mais bien moins visibles médiatiquement que les grands refuges nationaux.
Un problème français, pas seulement estival
Autre idée reçue à corriger : l'abandon n'est pas qu'une affaire de départs en vacances. Si l'été concentre effectivement une part importante des signalements, faute de solution de garde anticipée, les chiffres des premiers mois de 2026 montrent que la hausse est déjà là bien avant les grands départs. Les ruptures de vie, les incapacités physiques à s'occuper d'un animal ou les difficultés financières ne suivent pas le calendrier scolaire, elles frappent toute l'année. La France reste malgré tout l'un des pays européens où le taux d'abandon rapporté au nombre d'animaux de compagnie est le plus élevé, un classement qui ne bouge que très lentement d'une année sur l'autre.
Comment limiter les abandons avant qu'ils n'arrivent ?
Les associations insistent sur un point simple : l'essentiel se joue avant l'adoption, pas après. Il faut se renseigner sur les besoins réels de l'espèce et de la race choisie, et anticiper le budget annuel plutôt que le seul coût d'achat. Surtout, il ne faut jamais craquer en foire ou sur une petite annonce sans y avoir réfléchi en amont. Ce sont ces réflexes, plus que les textes de loi, qui pourraient réellement faire baisser les chiffres.
Prendre le temps de consulter un éducateur canin ou félin dès les premiers signes de difficulté, plutôt que d'attendre que la situation devienne invivable, ferait aussi disparaître une bonne partie des abandons liés au comportement. Un chien ou un chat n'est jamais difficile par nature. Il réagit presque toujours à quelque chose qui peut être corrigé avec un accompagnement adapté, souvent plus simple et moins coûteux qu'on ne l'imagine.