- Que Choisir a trouvé de l'aluminium dans les sept matchas testés.
- Comme on consomme toute la feuille réduite en poudre, le matcha concentre ce problème.
- Le bio ne règle pas tout, mais il n'y a pas lieu d'arrêter d'en boire pour autant.
Longtemps réservé aux amateurs de thé japonais, le matcha s’est installé en quelques années dans les habitudes alimentaires françaises. Sa couleur vert vif, son goût particulier et son image de boisson santé ont largement contribué à son succès. On le retrouve désormais dans les cafés, les boissons végétales, les pâtisseries et jusque dans les rayons des supermarchés.
Cette réputation mérite pourtant d’être nuancée. Une analyse publiée la semaine dernière par Que Choisir met en évidence la présence d’aluminium dans les sept matchas testés, ainsi que différents résidus de pesticides selon les références. Le résultat ne signifie pas que le matcha est à bannir, mais il rappelle une particularité importante de cette poudre : contrairement au thé classique, on avale la feuille entière.
Une poudre qui ne laisse rien de côté
Le matcha est fabriqué à partir de feuilles de thé vert appelées tencha. Quelques semaines avant leur récolte, les théiers sont généralement protégés de la lumière afin de modifier leur composition. Les feuilles sont ensuite séchées puis réduites en une poudre très fine.
C’est précisément cette dernière étape qui change la manière dont les substances présentes dans la feuille sont consommées. Avec un thé vert traditionnel, elles restent dans la théière ou le sachet. Une partie seulement des substances qu’elles contiennent passe dans l’eau. Avec le matcha, la poudre est mélangée directement au liquide et ingérée.
Cette particularité explique à la fois l’intérêt nutritionnel que certains attribuent au matcha et son principal revers. Les composés présents dans la feuille sont consommés dans leur ensemble, mais les contaminants éventuellement accumulés par la plante le sont aussi.

De l’aluminium dans les sept références testées
Pour son comparatif, Que Choisir a analysé sept matchas de qualités et d’origines variées, dont quatre issus de l’agriculture biologique. L’association a recherché plusieurs familles de contaminants. Les principaux résultats portent sur l’aluminium et les résidus de pesticides.
Le premier résultat concerne l’aluminium : les sept produits en contiennent. Quatre dépassent la valeur toxicologique de référence retenue par l’Anses dans le scénario utilisé par Que Choisir, celui d’une personne de 70 kg consommant une tasse de matcha par jour.
Il faut toutefois distinguer une valeur toxicologique de référence d’une limite réglementaire. L’Union européenne n’a pas fixé de teneur maximale légale en aluminium pour les aliments et les boissons. Le dépassement évoqué par Que Choisir ne signifie donc pas qu’un produit est interdit ou qu’une tasse provoque un problème de santé immédiat.
L’Anses a néanmoins abaissé en 2025 sa valeur toxicologique de référence pour l’aluminium à 40 microgrammes par kilogramme de poids corporel et par jour. Cette valeur vise à apprécier l’exposition chronique et non à déterminer un seuil à partir duquel une consommation ponctuelle deviendrait dangereuse.
Pourquoi le matcha concentre-t-il davantage le problème ?
L’aluminium est naturellement présent dans l’environnement, à commencer par les sols. Le théier a la particularité de pouvoir en accumuler une partie dans ses feuilles. Les conditions de culture peuvent avoir une influence sur les concentrations retrouvées dans le produit final.
Dans une tasse de thé vert classique, une grande partie de l’aluminium présent dans la feuille reste piégée dans le marc après infusion. Avec le matcha, la situation est différente puisque la totalité de la feuille réduite en poudre est consommée.
Ce mécanisme ne concerne d’ailleurs pas uniquement l’aluminium. Les analyses de Que Choisir ont aussi porté sur les pesticides. Plus de 700 substances pouvaient être recherchées dans le cadre de l’analyse multi-résidus. Des résidus ont été détectés sur une partie des références.
Le bio ne règle pas automatiquement toutes les questions
Le comparatif comprend quatre références issues de l’agriculture biologique. Ce label apporte des garanties sur les méthodes de production et sur l’utilisation des produits phytosanitaires autorisés, mais il ne signifie pas qu’un aliment est totalement exempt de contaminants.
L’aluminium, par exemple, n’est pas un pesticide appliqué sur les cultures. Il est naturellement présent dans les sols et peut être absorbé par les végétaux. Un matcha biologique peut, lui aussi, en contenir.
Le test montre qu’il serait trop simple d’opposer systématiquement le conventionnel au bio. L’origine, les conditions de culture, la qualité des feuilles et le niveau de contamination réel doivent être considérés séparément.
Une réputation santé à relativiser
Le succès du matcha repose aussi beaucoup sur son image nutritionnelle. La poudre contient de la caféine et de la L-théanine, un acide aminé naturellement présent dans le thé. La culture sous ombrage favorise une teneur importante en L-théanine, qui contribue au goût umami caractéristique du matcha.
Pour autant, les bienfaits prêtés à cette boisson sont volontiers exagérés. Que Choisir rappelle qu’aucune allégation de santé spécifique aux thés et aux matchas n’est actuellement autorisée dans l’Union européenne. Certaines formulations commerciales peuvent toutefois bénéficier du régime européen des allégations encore en attente d’évaluation.
Le matcha n’est donc ni une boisson miracle ni un produit à considérer comme systématiquement nocif. Comme pour beaucoup d’aliments, la réalité se situe entre ces deux présentations simplistes.
Faut-il arrêter d’en boire ?
Les résultats du test ne conduisent pas à considérer qu’une consommation occasionnelle de matcha représente à elle seule un danger immédiat. La question se pose en cas de consommation quotidienne et régulière, puisque l’exposition à l’aluminium s’apprécie sur le long terme. Une tasse par jour correspond d’ailleurs déjà au scénario dans lequel quatre produits dépassent la valeur de référence.
Pour les amateurs, le premier réflexe peut être de varier les boissons plutôt que d’en faire une habitude quotidienne. Il est aussi utile de garder à l’esprit qu’une préparation au matcha, comme un latte ou un dessert, apporte elle aussi la totalité de la poudre utilisée.
Cette alerte permet surtout de regarder différemment une boisson devenue très populaire. Le matcha possède de vraies particularités nutritionnelles et gustatives, mais sa forme en poudre implique aussi d’ingérer tout ce que contient la feuille. C’est ce qui fait son originalité et, en même temps, ce qui justifie de ne pas lui attribuer automatiquement une image de produit forcément sain.